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| Auteur | Charlotte Deborsu, MR (08138) |
| Département | Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Coopération au développement |
| Sous-département | Aff. étrangères, Aff. europ. et Coop. dévelop. |
| Titre | Situation au Soudan (QO 010285C). |
| Date de dépôt | 20/11/2025 |
| Langue | F |
| Statut question | Réponses reçues |
| Date de délai | 30/12/2025 |
| Question |
Le Soudan, et plus particulièrement la région du Darfour, est en proie à des massacres d'une violence inouïe de la part des combattants des FSR depuis la chute de la ville d'El-Fasher. La situation y est dramatique depuis des années, mais nous atteignons aujourd'hui des sommets de barbarie et d'impuissance de la communauté internationale. Une communauté internationale paralysée depuis trop longtemps, qui n'a, jusqu'ici, rien fait de concret ni d'efficace pour apaiser les tensions. Les images et vidéos qui nous parviennent, montrent l'horreur à visage découvert: des populations massacrées pour leur appartenance ethnique, des femmes violées, des enfants abattus, des hôpitaux et des centres médicaux devenus eux-mêmes des cibles. 1. La Belgique peut-elle faire quelque chose, sur le plan humanitaire ou diplomatique, pour venir en aide à ces populations en détresse? 2. Quels leviers notre pays peut-il activer, au sein de l'Union européenne ou des instances internationales, pour pousser la communauté internationale à enfin réagir? |
| Statut | 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée |
| Publication réponse |
B036
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| Date publication | 23/12/2025, 20252026 |
| Réponse |
Comme évoqué en commission le 18 novembre dernier, je partage entièrement vos préoccupations: la situation au Soudan est tout simplement catastrophique et elle a été trop souvent ignorée. Des millions de personnes sont prises au piège d'un conflit des plus violents et sont confrontées à la faim, au déplacement forcé et à une violence inimaginable. Le monde ne peut détourner le regard. Nous sommes profondément préoccupés par la crise humanitaire au Soudan. Lors de ma visite en août dans un camp de réfugiés soudanais en Éthiopie, près de la frontière avec le Soudan, j'ai annoncé une contribution belge de 5 millions d'euros au fonds humanitaire des Nations Unies pour le Soudan, répartie sur la période 2025-2026. Cette annonce témoigne du renforcement de l'engagement humanitaire de la Belgique dans la région. Notre pays était déjà engagé dans le soutien à la réponse humanitaire au Soudan, notamment par ses contributions à d'autres fonds multilatéraux. La Belgique figure parmi les dix principaux donateurs du Fonds central d'intervention d'urgence (CERF) des Nations Unies, dont le Soudan a été le principal bénéficiaire en 2024 et 2025. Le montant total des allocations du CERF au Soudan s'élève cette année à près de 47 millions de dollars. Afin de répondre à l'ampleur des besoins, j'ai décidé d'augmenter notre contribution au CERF de 3 millions d'euros supplémentaires en 2025, pour atteindre 20 millions d'euros. Par ailleurs, la Belgique soutient également les ressources générales des organisations humanitaires actives sur le terrain, telles que le Programme alimentaire mondial (PAM), le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), l'OCHA et le Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Ces engagements témoignent de la volonté claire de la Belgique d'apporter une contribution significative à l'aide humanitaire au Soudan, afin de soutenir les populations les plus vulnérables sur place. Grâce à ces ressources, les organisations humanitaires internationales peuvent agir rapidement et de manière coordonnée, sur la base d'une analyse approfondie des besoins. Sur le plan de la diplomatie humanitaire, la Belgique joue un rôle actif dans les groupes de travail du Conseil de l'UE en défendant une approche intégrée qui combine cessation des hostilités, accès humanitaire et transition vers un pouvoir civil. Car, comme mentionné antérieurement, l'aide humanitaire seule ne mettra pas fin aux souffrances. Sur le long terme, la priorité reste les négociations vers un cessez-le-feu et la fin du conflit, afin de permettre à l'aide humanitaire d'être acheminée vers toutes les populations touchées, mais également pour permettre aux personnes déplacées de rentrer chez elles, de retrouver un début de stabilité et de paix. Ainsi, parallèlement à notre engagement humanitaire, nous menons des efforts soutenus sur le plan diplomatique. Nous continuons à inscrire ce dossier avec détermination à l'ordre du jour international et à oeuvrer en faveur d'une réponse internationale forte. Cela a donné lieu, ces derniers mois, à plusieurs déclarations communes de l'Union européenne et des donateurs internationaux. La plus récente date du 10 novembre et j'y ai personnellement apposé ma signature. Lorsque El Fasher a été prise, j'ai également condamné sans ambiguïté les atrocités et les violations du droit international humanitaire au Soudan. Nous condamnons fermement les violations du droit international humanitaire et des droits humains, y compris les violences sexuelles, les exécutions sommaires et les nettoyages ethniques. Nous plaidons sans relâche pour un cessez-le-feu immédiat, la mise en place de couloirs humanitaires sûrs et un accès sûr sans entrave pour les convois dirigés par les Nations Unies et des organisations humanitaires, notamment vers les zones les plus touchées comme le Darfour, où se trouve El Fasher, mais aussi le Kordofan. Au niveau européen, nous plaidons pour une réponse coordonnée et forte, incluant des sanctions ciblées contre les responsables des violences. Après l'adoption de plusieurs séries de mesures restrictives par l'Union européenne, une nouvelle sanction lors du Conseil Affaires étrangères le 20 novembre a été annoncée contre Abdelrahim Hamdan Dagalo, le commandant adjoint des RSF, et un des principaux responsables des opérations militaires et des exactions commises par les RSF, entre autres au Darfour. La Belgique et d'autres États membres plaident pour des sanctions supplémentaires. Une déclaration UE27 a été adoptée lors de ce Conseil, appelant à la cessation des soutiens extérieurs qui se poursuivent. En septembre 2025, la mission d'enquête du Conseil des droits de l'homme a publié un rapport d'enquête accablant, qui a clairement démontré que les forces armées rivales ciblent délibérément les civils et commettent des atrocités pouvant être considérées comme des crimes contre l'humanité. Cette situation est inacceptable. En documentant les crimes commis par toutes les parties, la mission d'enquête contribue à garantir que la responsabilité reste au coeur de la recherche d'une solution durable. Je tiens à vous assurer que la Belgique reste très active au sein du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies. En tant que l'un des 47 membres du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies, notre pays a non seulement voté en septembre en faveur de la prolongation du mandat de la mission d'enquête, mais il a également cosigné, plus récemment, l'appel à la tenue d'une session extraordinaire du Conseil des droits de l'homme sur le Soudan. Cette session extraordinaire s'est tenue le vendredi 14 novembre. Après d'intenses négociations auxquelles la Belgique a activement participé, le Conseil a adopté une nouvelle résolution ferme, cette fois à l'unanimité, ce qui démontre que la communauté internationale est consciente de la gravité de la situation. La Belgique continue, par ailleurs, de soutenir le mandat de la Cour pénale internationale (CPI) au Soudan. Le Bureau enquête sur les crimes qui auraient été commis au Darfour depuis le déclenchement des hostilités en avril 2023. Il travaille intensivement, notamment par des déploiements sur le terrain et un engagement renforcé avec les groupes de victimes et la société civile. Dans le cadre de l'enquête en cours, le Bureau a pris des mesures immédiates concernant les crimes présumés à El Fasher, afin de préserver et de recueillir des éléments de preuve pertinents qui seront utilisés dans le cadre de futures poursuites. La récente condamnation par les juges de la CPI du leader djandjawid, M. Ali Muhammad Ali Abdelrahman, pour des crimes similaires commis au Darfour en 2004, est un avertissement pour toutes les parties qu'il y aura bel et bien des comptes à rendre. Par ailleurs, nous soutenons activement les efforts de médiation de l'Union africaine et de l'IGAD, en appelant à un dialogue inclusif et transparent entre toutes les parties, seule voie vers une solution politique durable. Il s'agit également de soutenir les efforts de médiation menés dans le format Quad, qui est composé des États-Unis, de l'Égypte, des Émirats arabes-unis et de l'Arabie saoudite. Le Soudan figurait à l'ordre du jour du Sommet entre l'Union africaine et l'Union européenne, lors d'une session consacrée aux questions de paix et de sécurité. Le Soudan a aussi été discuté lors de la récente réunion entre le Comité politique et de sécurité de l'Union européenne et le Conseil de paix et de sécurité de l'Union africaine, au cours de laquelle notre pays s'est d'ailleurs exprimé au nom de l'Union européenne à ce sujet. |