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Bulletin n° : B034 - Question et réponse écrite n° : 0693 - Législature : 56


Auteur Anthony Dufrane, MR (06327)
Département Ministre de la Mobilité, du Climat et de la Transition environnementale
Sous-département Mobilité, Climat, Transition environ.
Titre La COP30 et le réchauffement climatique (QO 009760C).
Date de dépôt03/11/2025
Langue F
Publication question     B034
Date publication 12/12/2025, 20252026
Statut questionRéponses reçues
Date de délai08/12/2025

 
Question

Le secrétaire général de l'Organisation des Nations Unies, Antonio Guterres, a récemment déclaré que le dépassement du seuil de réchauffement climatique de 1,5 °C par rapport à l'ère préindustrielle était désormais inévitable dans les prochaines années. Cette annonce, faite à un mois de la tenue de la COP30 au Brésil, souligne l'urgence d'agir pour limiter les conséquences de ce dépassement et renforcer les engagements climatiques internationaux. Dans ce contexte, il est essentiel de connaître la position de la Belgique face à ce constat alarmant, ainsi que les objectifs concrets que notre pays entend défendre lors de cette conférence. Par ailleurs, la composition et les priorités de la délégation belge à la COP30 revêtent une importance particulière pour assurer une représentation efficace et ambitieuse de nos engagements. 1. Quelle sera la composition de la délégation belge à la COP30, et quelles seront ses priorités en matière de négociation et de coopération internationale? 2. Quel est votre analyse des conséquences du dépassement du seuil de 1,5 °C pour la Belgique? Quelles mesures supplémentaires envisagez-vous pour atténuer ses impacts sur notre pays? 3. Quels sont les objectifs concrets de la Belgique en matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, et comment comptez-vous les atteindre dans les prochaines années? 4. Quels seraient les impacts de cette hausse de la température sur l'économie belge?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B036
Date publication 23/12/2025, 20252026
Réponse

1. La délégation belge, approuvée par le Comité de coordination de la politique internationale de l'environnement, se composait d'une part de 30 représentants gouvernementaux (en particulier ministres, leurs cabinets et cellules de politique, représentants parlementaires, diplomates, les négociateurs des différentes administrations et agences publiques) et d'autre part de représentants de la société civile (chercheurs, ONG, y compris six représentants de la jeunesse, entreprises). La Belgique était représentée à Belém par moi-même, étant chef de la délégation, et par la ministre wallonne Cécile Neven, qui représentait la Belgique au sein de coordinations Union européenne (UE) pendant la première partie de la deuxième semaine. La position belge est par ailleurs établie en amont et en concertation entre le fédéral et les régions. La COP30 a confirmé l'importance du multilatéralisme et de l'Accord de Paris comme cadre central pour l'action climatique internationale, ce qui correspond pleinement à la position belge et qui était particulièrement important après la notification par les États Unis de vouloir quitter l'Accord de Paris et la situation géopolitique actuelle généralement parlant. Dans le cadre de la COP, la Belgique a soutenu le mandat de négociation européen (disponible publiquement sur le site du Conseil de l'UE) en y apportant des accents spécifiques en faveur de la mise en oeuvre complète de l'Accord de Paris, du renforcement du multilatéralisme, et d'une transition climatique juste et socialement équitable, ainsi que de la protection des pays les plus vulnérables. Les résultats de la COP30 reflètent une continuité avec ces priorités, même si certains objectifs plus ambitieux doivent encore faire l'objet de discussions. Tout d'abord, il est important de noter que l'Accord de Paris fonctionne. Les prévisions de température pour la fin du siècle ont été révisées vers le bas depuis l'Accord de Paris: de 4°C de réchauffement à 2,5°C. Et d'ici 2035, les émissions mondiales de gaz à effet de serre devraient diminuer de 12 %. Cela reste insuffisant, mais ce sont des avancées importantes. Lors de la COP30, la Belgique plaidait premièrement pour que la COP30 envoie un signal fort sur l'ambition, et qu'elle lance un plan d'action concret pour combler l'écart entre l'impact des Nationally Determined Contributions (NDC) actuelles et les objectifs de l'accord de Paris. Dans ce cadre, la Belgique plaidait également pour une contribution équitable de tous, en particulier les grands émetteurs et les producteurs de combustibles fossiles et pour un suivi des décisions issues du premier bilan mondial de 2023, notamment en matière de transition énergétique. Les textes adoptés ne reflètent pas suffisamment ces priorités, essentiellement à cause de la pression mise par les grandes économies émergentes et les pays-producteurs d'énergies fossiles, représentés par les groupes de négociations Likeminded Developing Countries et Arab Group. Le maintien d'un langage clair sur l'écart entre les trajectoires actuelles et 1,5°C, ainsi que le rappel des conclusions du bilan mondial vont dans le sens de l'intégrité environnementale défendue par la Belgique. Toutefois, la Belgique aurait souhaité un processus annuel plus robuste et plus explicite pour combler l'écart d'ambition dans le cadre des NDC. En particulier, la COP n'a pas trouvé de consensus sur l'opérationnalisation de la sortie progressive des combustibles fossiles décidée en 2023, même si un très grand nombre de pays étaient en faveur du développement d'un feuille de route pour sortir des énergies fossiles. En revanche, une déclaration plurilatérale lancée par la Colombie en faveur de la sortie des énergies fossiles, ainsi que l'initiative du Brésil, hôte de la COP, qui a promis d'oeuvrer durant l'année suivant la COP pour avancer sur une feuille de route de sortie des combustibles fossiles et sur la lutte contre la déforestation, constituent des bases importantes pour continuer à travailler sur ce chantier crucial. La Belgique s'est jointe à l'initiative colombienne pour oeuvrer pour une sortie des énergies fossiles qui est juste, réaliste et pragmatique. Du côté du financement climatique, la Belgique avait deux priorités: favoriser davantage d'investissements notamment privés dans les pays en développement, tout en reconnaissant l'importance d'un financement public là où le privé n'a pas de modèle économique viable (notamment l'adaptation); ainsi que la reconnaissance de la situation particulière des pays les plus vulnérables, en particulier les pays les moins avancés, les petits États insulaires en développement et les pays africains. À la suite des demandes des pays en développement concernant le financement de l'adaptation, la COP30 a inscrit dans ses textes un appel pour le triplement du financement de l'adaptation d'ici 2035. En revanche, ce triplement cadre dans le contexte du New Collective Quantified Goal tel que décidé à Bakou en 2024. Cette spécification est une demande de contrepartie des pays développés et veut dire qu'elle ne vient pas au-dessus des 300 milliards de dollars décidé à Baku, mais qu'il s'agira d'une réorientation vers plus de financement pour l'adaptation. En ce qui concerne l'adaptation, la Belgique visait l'adoption des indicateurs dans le contexte du Global Goal on Adaptation comme préalablement convenu. Ceux-ci ont été effectivement adoptés, mais feront l'objet d'une évaluation dans deux ans. Enfin, la Belgique attachait une importance particulière à la transition socialement juste, et la protection des travailleurs et des groupes vulnérables dans ce cadre. Sur ce plan, un mécanisme opérationnel a été créé pour encadrer les discussions sur la justice sociale et une transition équitable, dont les détails précis doivent encore être élaborés. 2. Au rythme actuel du réchauffement, on s'attend à ce que la limite de 1,5°C fixée dans l'Accord de Paris soit atteinte avant la fin de la décennie. Nous avons différentes études qui démontrent les effets du dépassement du seuil de 1,5°C pour la Belgique: les résultats du first Belgian Climate Risk Assessment (BCRA) ont été présentés par le Cerac ce 6 novembre 2025. La Région wallonne a également présenté les résultats du diagnostic de vulnérabilités et risques en Wallonie. Ces récents rapports démontrent qu'un dépassement mondial du seuil de 1,5°C conduit à une augmentation de 2,5°C de la température en Belgique. Notre horizon proche sera caractérisé sur le plan climatique par des contrastes forts (étés secs ou pluvieux), des fréquences accrues d'évènements marqués (vagues de chaleur, fortes pluies), des valeurs plus extrêmes (pluies). La Belgique sera confrontée à une série de conséquences graves et interdépendantes qui iront bien au-delà des seuls dommages socio-économiques. Outre la baisse des rendements agricoles, l'augmentation des coûts de santé et les dommages causés aux infrastructures, le BCRA montre que la sécurité nationale, la santé publique et la stabilité écologique seront également mises à mal. Le BCRA identifie 28 risques prioritaires, parmi lesquels la perturbation des infrastructures critiques, la pression sur la sécurité alimentaire et hydrique, la vulnérabilité accrue des services d'urgence et la perte de services écosystémiques. Ces risques peuvent se renforcer mutuellement et conduire à des situations de crise multiples, telles qu'une vague de chaleur combinée à une sécheresse et à une pollution atmosphérique, avec un impact direct sur les groupes de population vulnérables et les systèmes sociaux essentiels. Quelles mesures allons-nous prendre? Le gouvernement fédéral travaille, avec les régions, à la révision du Plan national d'adaptation (PNA) et à l'élaboration d'une nouvelle Stratégie nationale d'adaptation (SNA) afin de renforcer la résilience face au changement climatique. La mise à jour de la SNA sera a priori effectuée en 2026 et le nouveau PNA est attendu pour 2027, en fonction de la coordination avec les régions. Parallèlement, l'étude BE-Adapt (2025-2026) définira en priorité les mesures fédérales pour le Plan fédéral d'adaptation ainsi que les mesures interfédérales pour le PNA et se basera sur les résultats du BCRA, l'analyse des risques wallonne de 2025, des scénarios de réchauffement mondial jusqu'à 3°C, en concertation avec les administrations concernées. Un élément important de cette approche est le plan interfédéral pour les conditions météorologiques extrêmes, tel que prévu dans l'accord de gouvernement. Ce plan comprendra plusieurs volets: les feux de végétation, les inondations, les vagues de chaleur et la sécheresse, et sera intégré dans la SNA et le PNA. L'objectif est ainsi de mettre en place une approche robuste et intégrée qui permettra de mieux armer la Belgique contre les conséquences inévitables du changement climatique. 3. La Belgique n'a qu'un objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre contraignant. Il est défini dans règlement 2018/842 sur la répartition de l'effort entre les États-membres dans les secteurs des bâtiments, transport, agriculture et petites industries. Cet objectif concerne les secteurs non-ETS (Système européen d'échange de quotas d'émission), le règlement imposant à la Belgique de réduire les émissions cumulées sur la période 2021-2030 en vue d'atteindre une réduction de 47 % des émissions en 2030 par rapport à 2005. Les mesures régionales et fédérales prévues pour atteindre cet objectif sont décrites dans le Plan national énergie et climat (PNEC) 2025. Les projections réalisées dans le cadre du PNEC 2025, remis début octobre 2025 à la Commission européenne, indiquent que la Belgique atteindrait bien son objectif de 47 % de réductions cumulées sur la période, conformément aux règles définies dans le règlement 2018/842 sur la répartition de l'effort. Nous irions même légèrement au-delà de cet objectif. Ceci signifie que nos engagements sont conformes aux attentes européennes. L'enjeu restera néanmoins de s'assurer que les mesures que nous allons mettre en oeuvre suffiront pour atteindre cet objectif. Le PNEC décrit l'ensemble de ces mesures qui touchent la fiscalité, les soutiens, les normes, le déploiement d'infrastructures, la promotion des énergies décarbonées, etc. Par ailleurs, l'après-2030 restera un défi, car, en 2030, nous ne serons a priori pas à une réduction de -47 % (mais plutôt de -42,6 %). Nous devrons probablement redoubler d'effort dans la prochaine décennie. Nous attendons maintenant l'évaluation de la Commission européenne du PNEC 2025 qui permettra de déterminer si ce plan est conforme au règlement sur la gouvernance de l'Union de l'énergie et de l'action pour le climat et les recommandations de la Commission. 4. Évaluer l'impact économique du changement climatique demeure extrêmement complexe, tant les paramètres sont nombreux et incertains: ampleur du réchauffement, effets sur la productivité, l'agriculture, les choix politiques futurs, etc. Malgré ces incertitudes, toutes les analyses convergent vers un constat clair: le changement climatique aura un impact négatif sur l'économie belge. Une étude conjointe publiée en 2025 par le Bureau fédéral du Plan et le Cerac qui prend en considération les dernières publications relatives aux fonctions de dommages et utilise une définition élargie de la productivité, intégrant travail, capital et productivité totale des facteurs, qui fournit une vision macroéconomique plus globale, bien que certains éléments majeurs (coûts de santé, points de bascule climatiques) restent exclus. D'après cette étude, et sans politique d'adaptation supplémentaires, les effets chroniques du réchauffement entraîneraient une perte de produit intérieur brut (PIB) allant d'environ -2,8 % dans un scénario à +2°C à -5 % dans un scénario à +3°C dès 2050. Ces contractions du PIB pèseraient directement sur les finances publiques: la dette publique progresserait d'environ 15 points de pourcentage d'ici 2050 dans un scénario à +3°C, tandis que les ajustements budgétaires nécessaires pour maintenir la trajectoire de dette actuelle atteindraient 0,7 à 1,4 % du PIB. Cette estimation ne tient toutefois pas entièrement compte des événements extrêmes (sécheresses, inondations, tempêtes, etc.) compliquant encore l'élaboration des budgets futurs. Enfin, les estimations disponibles pourraient être optimistes, car plusieurs dimensions clés (biodiversité, santé, effets systémiques ou "cocktail", risques de basculement) demeurent partiellement ou totalement exclues des modèles économiques, laissant entrevoir des impacts potentiellement plus sévères.