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Question et réponse écrite n° : 0047 - Législature : 56


Auteur Julie Taton, MR (07800)
Département Ministre de l'Énergie
Sous-département Énergie
Titre Rapport Ember sur la transition énergétique.
Date de dépôt20/05/2025
Langue F
Statut questionRéponses reçues
Date de délai24/06/2025

 
Question

Selon l'analyse du groupe de réflexion Ember (Londres), les sources d'énergie bas carbone, à savoir les énergies renouvelables et le nucléaire, ont été à l'origine, en 2024, de plus 40 % de l'électricité produite dans le monde, dépassant cette barre pour la première fois depuis les années 1940. Depuis 2000, la part des énergies renouvelables dans la production électrique mondiale est passée de 19 % à plus de 30 % en 2023, grâce à l'essor du solaire et de l'éolien. En Europe, cette dynamique est encore plus marquée: près de 47 % de l'électricité produite en 2024 provenait de sources renouvelables, dépassant pour la première fois le charbon. Tous les pays européens ne progressent pas à la même vitesse. La Belgique reste parmi les derniers en termes de consommation d'énergie renouvelable. De nouveaux objectifs ambitieux ont été fixés pour 2030. Pour les atteindre, il faudrait réactiver le développement du photovoltaïque chez les particuliers - il a marqué un ralentissement récent - hors toiture et en zones agricoles. Un appel à la simplification est d'ailleurs lancé par les secteurs éolien et photovoltaïque qui doivent faire face à des difficultés administratives liées à l'octroi des permis. Le développement rapide des énergies renouvelables entraîne parfois une surproduction d'électricité, comme constaté il y a peu avec les panneaux solaires. Ce phénomène met en lumière la nécessité d'améliorer la flexibilité des réseaux électriques et d'investir dans des capacités de stockage adaptées, afin d'éviter des pertes énergétiques importantes. La montée en puissance des énergies renouvelables est indéniable. En Europe comme dans le reste du monde, leur croissance permet non seulement de réduire la dépendance aux combustibles fossiles mais aussi d'économiser des milliards d'euros en importations énergétiques. Cependant, cette transition nécessite une planification stratégique et des investissements massifs pour surmonter les défis techniques et politiques. 1. Que vous inspire l'analyse du groupe Ember au sujet des énergies renouvelables? Partagez-vous en particulier leurs conclusions sur le bulletin plus que moyen de la Belgique? 2. Vous avez fait le choix de relancer le nucléaire et de sortir des dépendances du passé pour assurer une énergie abondante, abordable et durable. Dans votre nouvelle stratégie, portée avec les partenaires européens, quelle place accordez-vous aux énergies renouvelables au cours des prochaines décennies?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B017
Date publication 27/06/2025, 20242025
Réponse

1. Tout d'abord, il convient de noter que l'exécutif fédéral n'a d'autorité exclusive que sur le développement des énergies renouvelables dans les zones maritimes relevant de la juridiction belge dont la zone économique exclusive (ZEE) belge de la mer du Nord au regard des définitions de la directive (UE) 2018/2001 du Parlement européen et du Conseil du 11 décembre 2018 relative à la promotion de l'utilisation de l'énergie produite à partir de sources renouvelables et de la loi spéciale de réformes des institutions du 8 août 1980. Cette compétence se traduit notamment dans le cadre du développement de l'éolien offshore. Dans une moindre mesure, les biocarburants relèvent également de la compétence fédérale ainsi que le marché/développement des réseaux de transport électrique et hydrogène (seul l'hydrogène vert est considéré comme renouvelable suivant la directive REDII/III et les incitants à sa production relève de la compétence des régions) qui ont effectivement un lien direct avec la capacité de développement des énergies renouvelables. Cependant le développement du réseau de transport reste inféodé en partie aux développements des réseaux de distribution et les biocarburants sont en partie régulés et développés au niveau régional. Concernant l'analyse faite sur l'avancée des énergies renouvelables, il convient de modérer le constat d'un retard en Belgique. En effet, en 2023, la consommation réelle en énergies renouvelables en Belgique représentait 14,59% de la consommation finale d'énergie. Il est à noter également qu'au niveau des statistiques, la réglementation en vigueur a été modifiée. En effet, la méthodologie utilisée se réfère désormais depuis 2021 à la directive (UE) 2018/2001 précitée. Cette dernière imposait un pourcentage minimal à atteindre de 13 % en Belgique en énergie renouvelable sur le total de l'énergie globale consommée (incluant toutes les énergies en consommation finale et non pas uniquement l'électricité). Par ailleurs, au niveau du potentiel purement géographique, il est nécessaire de rapporter les mesures relevées au territoire. En effet, la Belgique n'a pas le même potentiel de développement renouvelable que d'autres États membres de l'Union Européenne au vu de la superficie du territoire, de son climat et de son hydrographie. Enfin, l'État Belge a investi énormément dans les interconnexions électriques avec ses pays voisins afin de faciliter l'importation et l'exportation d'électricité bas carbone et ainsi soutenir la transition énergétique et renforcer la sécurité d'approvisionnement en électricité. Suivant le Plan fédéral de développement 2024-2034, plusieurs projets sont en cours ou à l'étude pour accroitre le transport d'électricité entre la Belgique et les pays voisins. Ces efforts s'inscrivent dans une stratégie commune visant à renforcer la coopération régionale via le forum Pentalatéral de l'Energie et via les projets PCI/PMI (label européens - Projects of Common and Mutual Interest). La coopération entre États membres disposant de possibilités de production d'électricité bas carbone plus importante accroit la diversité du mix énergétique, diminue les risques d'évènements de pénuries simultanées ce qui représente un grand intérêt pour un État fort interconnecté comme la Belgique. Concernant la comparaison aux autres États membres, il est opportun de distinguer les différents types d'énergies renouvelables pour permettre un comparatif cohérent : a. énergie éolienne Le rapport Ember fait référence à l'étude de Wind Europe de 2023 pour l'éolien. Il y est fait mention des statistiques suivantes: la moyenne des États de l'Union européenne (UE-27) est de 19% concernant la capacité totale en éolien (onshore et offshore) sur le total de la demande en électricité. En comparaison, la Belgique se situe à hauteur de 18 %. Au niveau de l'énergie éolienne offshore uniquement, sur laquelle le pouvoir fédéral a la compétence, celle-ci représentait 10 % du mix énergétique en Belgique. La moyenne européenne de l'offshore dans le mix énergétique est à 2 %. La part d'éolien offshore en Belgique est donc cinq fois supérieure à la moyenne des États de l'Union Européenne d'après ce rapport. b. énergie solaire Le rapport ne semble faire état que de la part d'électricité générée à partir de l'énergie solaire et ne fait donc pas référence à l'énergie consommée, objet de la question parlementaire. Afin d'expliciter la distinction entre ces deux notions, on peut se référer à l'explication suivante: - la part d'énergie renouvelable consommée correspond au rapport entre énergie renouvelable consommée et énergie consommée totale. Cette dernière (énergie consommée totale) pouvant notamment inclure des importations en électricité; - la part d'énergie renouvelable produite correspond au rapport entre énergie renouvelable produite et énergie produite totale. Ici, le numérateur (l'énergie renouvelable produite) peut également inclure de l'énergie exportée et le dénominateur ne représente que l'énergie produite au niveau national (sans importations) à la différence du rapport précédent. Ces deux notions sont donc bien à distinguer dans cette réponse. La statistique reprise est de l'ordre de 10% pour la Belgique en 2024 suivant les infographies présentes dans le rapport. À titre de comparaison, la moyenne UE est de 11,1 %. Une autre comparaison marquante avec un État membre de l'Union Européenne est l'Italie qui présente une part équivalente à la Belgique suivant la même infographie. À titre d'information, la Hongrie serait le premier État européen producteur d'électricité issue du photovoltaïque à hauteur de 25 % et les derniers États du classement regroupent deux États nordiques: la Suède et la Finlande tous deux à 1 % environ. D'après le Belgian Energy Data Overview 2024 émis par le SPF Économie, environ 60 % de l'énergie solaire provient de petits panneaux photovoltaïques de moins de 10 kW installés chez des particuliers. c. énergie hydroélectrique A nouveau, il n'est fait état dans le rapport que de la part d'électricité générée à partir d'énergie hydraulique. Cette part représente environ 13 % en 2024 au sein des États de l'UE d'après le rapport d'Ember. Un chiffre comparatif pour la Belgique ne se retrouve pas dans ce même rapport. Néanmoins, le Belgian Energy Data Overview décrit une situation n'évoluant pas depuis dix ans. En effet, le potentiel en Belgique reste très limité au vu de l'hydrographie de la Belgique, de l'aménagement de son territoire, des voies d'eau permettant la mise en place de telles infrastructures ainsi que de l'impact environnemental que ces unités de production pourraient engendrer. d. biocarburants: biomasse solide et biogaz L'énergie générée à partir de biocarburants au niveau européen est mesuré à 5,5 % en 2024. Un chiffre comparatif pour la Belgique ne se retrouve pas dans le rapport d'Ember. Néanmoins, le Belgian Energy Data Overview fait état d'une situation identique depuis dix ans pour le biogaz et une baisse importante dans la production à partir de biomasse solide (-37,2 %) en raison de la fermeture d'une des plus importantes centrales biomasse du pays. 2. Le gouvernement fédéral misera sur l'ajout de capacités électriques tant à petite qu'à grande échelle afin de garantir une énergie abordable et compétitive. Nous adoptons une approche technologiquement neutre et optons pour un mix énergétique sûr, fiable et neutre en carbone, composé d'énergies renouvelables, de nucléaire et d'autres sources d'énergie neutres en carbone. Plusieurs mesures traitent directement des énergies renouvelables: - éolien offshore: l'énergie éolienne offshore est un élément crucial tant de l'actuel que du futur mix énergétique de la Belgique. Nous collaborons avec les régions et la ministre chargée de la Mer du Nord pour mettre en place une politique ambitieuse visant à augmenter la part d'énergie offshore, avec un focus sur les possibilités en dehors de nos eaux territoriales; - hydrogène: l'hydrogène jouera un rôle important dans la décarbonation de notre système énergétique. La Belgique ambitionne de devenir un hub européen pour l'hydrogène bas carbone. La stratégie nationale est en cours de mise à jour pour soutenir l'importation, la production et le transport de l'hydrogène; - biocarburants durables: les biocarburants jouent également un rôle essentiel dans la durabilité du système énergétique en remplaçant progressivement les combustibles fossiles; - innovation: l'innovation technologique est cruciale. Afin de maintenir la compétitivité, l'Europe, y compris la Belgique, doit continuer à investir dans l'innovation. Cette approche s'inscrit dans une stratégie à long terme, ancrée dans un pacte énergétique interfédéral, visant à garantir un approvisionnement abordable, sûr et durable pour les générations présentes et futures Pour ce qui est de l'électricité en particulier, il est à noter que l'intégration massive d'énergies renouvelables (couplée à un déclin progressif des unités de production thermique classiques) modifie fondamentalement le comportement du réseau électrique. En effet, la stabilité du réseau de transport est traditionnellement assurée par la présence de centrales conventionnelles. Celles-ci contribuent à la stabilité de trois manières: la présence "d'inertie" dans le système électrique, la génération d'une forme d'onde de tension très "rigide" (stabilité en tension), et la fourniture d'un courant très élevé en cas de court-circuit (indispensable pour la détection rapide de défauts dans le réseau et une déconnexion sélective). Les sources d'énergie renouvelable (solaire et éolien) n'ont pas encore des caractéristiques similaires, d'où la nécessité de prendre les mesures nécessaires pour garantir à tout moment la stabilité du réseau (dispositifs de régulation de la tension, compensateurs synchrones, etc.). Cet aspect est pris en compte par Elia lors de l'élaboration de son plan de développement fédéral et j'y porterai grande attention.

 
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