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Question et réponse écrite n° : 0495 - Législature : 56


Auteur Anthony Dufrane, MR (06327)
Département Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Coopération au développement
Sous-département Aff. étrangères, Aff. europ. et Coop. dévelop.
Titre Retrait du groupe armé M23 dans l'est de la RDC.
Date de dépôt26/05/2026
Langue F
Statut questionRéponses reçues
Date de délai26/06/2026

 
Question

Le récent retrait des rebelles du M23 de plusieurs localités stratégiques de l'est de la République démocratique du Congo (RDC), notamment le carrefour de Sange, marque une étape fragile dans une région en proie à l'instabilité depuis plus de trente ans. Ce mouvement, opéré sous la pression de la diplomatie américaine, ne concerne toutefois pas la ville frontalière de Kamanyola, maintenant une tension vive aux confins du Rwanda et du Burundi. En tant que partenaire historique de la RDC, la Belgique suit de près ces évolutions qui influencent directement la sécurité régionale, le respect des accords de paix et l'intégrité territoriale du pays. Au-delà des enjeux géopolitiques, la présence de citoyens belges, d'acteurs de la coopération et de membres d'ONG dans les provinces du Kivu nécessite une vigilance constante de nos services diplomatiques. 1. a) Quelle est l'analyse de vos services concernant la portée réelle de ce retrait partiel du M23, et ce mouvement annonce-t-il une volonté sincère de désescalade ou une simple réorganisation tactique sur le terrain? b) La Belgique dispose-t-elle d'informations actualisées sur la situation sécuritaire spécifique à Kamanyola, où les troupes rebelles maintiennent leurs positions à la frontière rwandaise et burundaise? 2. Quels contacts diplomatiques directs avez-vous entretenus avec les autorités de Kinshasa et de Kigali à la suite de ces derniers développements pour encourager le respect de l'accord de paix qui avait été bafoué lors de l'offensive de décembre 2025? 3. a) Concernant nos compatriotes établis ou en mission dans l'est de la RDC, quel est le nombre estimé de ressortissants belges actuellement présents dans les zones directement concernées par ces fluctuations militaires, notamment autour d'Uvira, Sange et Bukavu? b) Les avis de voyage du SPF Affaires étrangères ont-ils été réévalués ou adaptés pour tenir compte des risques de volatilité ou de retour offensif des groupes armés dans ces territoires spécifiques? 4. a) Comment la Belgique collabore-t-elle avec la mission MONUSCO et les autorités locales pour s'assurer que les espaces où opèrent les ONG belges et internationales restent sécurisés malgré le retrait des troupes régulières ou rebelles? b) En cas de dégradation soudaine de la situation sécuritaire, nos représentations diplomatiques disposent-elles de plans de crise et d'évacuation opérationnels pour prêter assistance à nos citoyens isolés dans le Sud-Kivu?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B054
Date publication 26/06/2026, 20252026
Réponse

Selon les informations dont disposent mes services, il serait prématuré d'interpréter le retrait partiel du M23 comme une désescalade durable. Nos analyses montrent plutôt un mouvement fragile et réversible. Depuis plusieurs mois déjà, le conflit est entré dans une phase de consolidation des positions, sans cessez-le-feu effectif. Selon nos informations, le retrait du M23 d'Uvira en février 2026 s'était d'ailleurs accompagné d'un repositionnement à Sange, tandis que les hostilités se poursuivaient dans d'autres zones du Sud-Kivu. Ces éléments ont conduit à considérer ce mouvement avant tout comme un redéploiement tactique, dans un contexte de pression internationale et de rapport de force évolutif sur le terrain. Les informations les plus récentes dont nous disposons concernant ces territoires confirment une très forte volatilité autour de Kamanyola, au point de jonction entre la RDC, le Rwanda et le Burundi. Des mouvements de repositionnement ont eu lieu dans la plaine de la Ruzizi, avec des effets directs sur la population et les axes de circulation. La situation reste donc sécuritairement instable et doit être suivie de manière rapprochée. S'agissant de nos contacts diplomatiques, la Belgique maintient un dialogue soutenu avec les autorités congolaises. Nos échanges avec les autorités de Kinshasa ont constamment visé à encourager un engagement de bonne foi dans les initiatives régionales et internationales, le respect du cessez-le-feu, la neutralisation des FDLR ainsi qu'un dialogue interne permettant de renforcer la cohésion nationale face à la crise. S'agissant de Kigali, la rupture des relations diplomatiques décidée par le Rwanda le 17 mars 2025 ne nous permet plus d'utiliser nos canaux diplomatiques usuels pour dialoguer avec les autorités rwandaises. Des contacts informels ont en revanche repris. Vis-à-vis des conditions sécuritaires des ONG belges actives dans l'est de la RDC, la Belgique agit principalement par le biais de ses contacts diplomatiques avec les Nations unies, les autorités congolaises et les partenaires humanitaires. La mission menée conjointement par la MONUSCO et la CIRGL (Conférence Internationale sur la Région des Grands Lacs) en février dernier pour préparer une présence permanente de suivi et de vérification du cessez-le-feu, avec notamment des observateurs militaires et un appui logistique, s'inscrit dans les efforts internationaux visant à stabiliser le terrain et à créer les conditions minimales de sécurité pour les populations civiles et les acteurs humanitaires. En ce qui concerne le nombre de ressortissants belges actuellement présents dans la région, il demeure difficile d'en établir une estimation précise, l'inscription n'étant pas obligatoire. Le chiffre fluctuerait autour de quelques dizaines de personnes, sans que nous disposions toutefois d'une certitude quant à leur présence effective sur place. Les conseils aux voyageurs du SPF Affaires étrangères reflètent la situation sécuritaire dans les zones concernées et sont mis à jour dès que cela est nécessaire. Les représentations diplomatiques belges disposent de dossiers de crise à jour. Cela dit, la nature imprévisible et volatile de la situation sécuritaire au Sud-Kivu a pour conséquence que des garanties ne peuvent pas être fournies. C'est pourquoi le conseil aux voyageurs du SPF Affaires étrangères déconseille formellement tout voyage dans cette province.