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Question et réponse écrite n° : 1066 - Législature : 56


Auteur Anthony Dufrane, MR (06327)
Département Vice-premier ministre et ministre de l'Emploi, de l'Économie et de l'Agriculture
Sous-département Emploi, Économie, Agriculture
Titre Crise des secteurs chimique, plastique et pharmaceutique belges.
Date de dépôt13/05/2026
Langue F
Statut questionRéponses reçues
Date de délai15/06/2026

 
Question

Les secteurs chimique, plastique et pharmaceutique belges traversent une crise structurelle préoccupante. Selon le bilan annuel publié par Essenscia, les exportations ont reculé pour la troisième année consécutive en 2025, affichant une baisse de 4,6 %. Au cours des deux dernières années, près de 2.735 emplois ont été supprimés dans ces secteurs, qui représentent pourtant près d'un tiers des exportations totales de notre pays. L'utilisation des capacités de production dans la chimie est tombée à 71 % en moyenne depuis 2022, contre 81 % entre 2015 et 2022. Le président d'Essenscia indique que la confiance des entrepreneurs n'a jamais été aussi basse depuis 1980. Si 4,1 milliards d'euros ont été investis dans le secteur en 2025, un record historique, ce montant découle de décisions prises dans un contexte économique antérieur plus favorable. Depuis 2023, aucune grande décision d'investissement dans l'extension ou la construction de capacités de production n'a été prise en Belgique. La recherche et développement résiste, notamment dans la pharma et la biotechnologie, mais les découvertes réalisées en Belgique risquent d'y être de moins en moins fabriquées. En parallèle, la balance commerciale avec les États-Unis et la Chine est devenue structurellement déficitaire. 1. Quelle analyse le gouvernement fédéral fait-il des causes structurelles du recul consécutif des exportations chimiques et pharmaceutiques belges depuis 2023? Des études d'impact ont-elles été commanditées pour identifier précisément les facteurs internes, coûts énergétiques, fiscalité, réglementation, par rapport aux facteurs externes, concurrence chinoise, politique douanière américaine, susceptibles d'être corrigés au niveau belge? 2. D'autres mesures fédérales spécifiques au soutien à l'investissement dans les capacités de production chimique et pharmaceutique sont-elles en cours d'élaboration, au-delà des dispositifs généraux existants? 3. Des produits chimiques ou pharmaceutiques belges à haute valeur ajoutée ont-ils été identifiés comme prioritaires dans une stratégie fédérale de promotion des exportations, face à la montée en puissance de la Chine qui détient désormais 46 % de la production chimique mondiale? La Belgique défend-elle au niveau européen des mesures de protection commerciale ciblées sur ces filières? 4. Des procédures administratives ou des recours juridiques répétés retardent certains grands projets d'investissement industriel en Belgique. Le gouvernement envisage-t-il de renforcer les mécanismes de sécurisation et d'accélération de ces projets, notamment pour les investissements stratégiques dans la chimie et les sciences du vivant?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B054
Date publication 26/06/2026, 20252026
Réponse

1 et 2. La Belgique joue un rôle central dans le transit et la transformation intra-européens de produits chimiques (raffineries, polymères, produits chimiques de base, etc.) et exporte vers les pays hors UE davantage de produits pharmaceutiques. L'importance d'un nombre réduit de produits clés exportés ainsi que le rôle majeur d'un petit nombre de pays, tels que les États-Unis, les Pays-Bas, l'Allemagne et l'Irlande, sont aussi à relever. Bien que la Belgique conserve une position forte dans le commerce international et européen, la compétitivité du secteur chimique belge peut aussi être mise à mal par une dépendance accrue vis-à-vis d'un nombre limité de produits et de destinations d'exportation, ce qui réduit la résilience des secteurs face aux chocs externes. Parmi les autres facteurs susceptibles d'influencer la compétitivité de nos secteurs, il convient de garder à l'esprit l'énergie, la productivité et l'attractivité globale de la Belgique. La Belgique demeure un acteur majeur du secteur pharmaceutique mondial. Dans un contexte de concurrence accrue, il est essentiel de suivre de près la compétitivité du secteur et d'identifier les leviers permettant de la préserver et de la renforcer. L'Observatoire du secteur pharmaceutique, composé de représentants du secteur, des institutions publiques fédérales et du monde académique, a pour mission d'analyser, d'évaluer et de formuler des recommandations sur la position compétitive du secteur pharmaceutique belge. Un nouveau cycle débutera en septembre 2026 et s'articulera autour de la mise en place d'un tableau de bord de la compétitivité, mis à jour régulièrement, et servant de base à des analyses approfondies sur des thématiques ciblées. 3. Sur un marché international de plus en plus concurrentiel et instable sur le plan géopolitique, il est indispensable de connaître nos forces et vulnérabilités afin de valoriser nos atouts et de mitiger, voire, anticiper les risques. Le plan d'actions du Groupe de travail sur la défense des intérêts économiques belges du plan interfédéral de relance de l'industrie MAKE2025-2030 prévoit l'analyse des écosystèmes stratégiques (avec identification des intérêts défensifs et offensifs) et le monitoring des dépendances stratégiques belges. La cartographie détaillée des écosystèmes stratégiques permettra d'identifier nos intérêts offensifs pour les secteurs belges clés (parmi lesquels le secteur chimique et pharmaceutique) et notamment en matière d'exportation. Mon administration travaille actuellement à cette cartographie en étroite collaboration avec les différentes parties prenantes et les régions qui sont compétentes en matière de promotion du commerce extérieur et d'attraction des investissements. Le secteur de la chimie est le secteur pour lequel le plus grand nombre d'enquêtes anti-dumping ont été ouvertes en 2024 et 2025. Face aux importants défis qui menacent la position concurrentielle et la résilience du secteur chimique européen dans sa globalité, le SPF Économie est régulièrement en contact avec l'industrie ayant des activités significatives en Belgique afin de prendre en considération leurs demandes dans l'analyse des dossiers soumis par la Commission européenne. Cela s'inscrit également dans le plan d'actions du Groupe de travail sur la défense des intérêts économiques du plan interfédéral de relance de l'industrie MAKE2025-2030 qui prévoit d'oeuvrer proactivement auprès de la Commission européenne en vue de promouvoir une utilisation appropriée des instruments de défense commerciale pour protéger nos secteurs stratégiques. 4. Le gouvernement est attentif à la nécessité d'offrir un cadre prévisible et attractif pour les investissements industriels. Cette question s'inscrit dans les travaux du plan interfédéral MAKE2025-2030, qui adopte une approche holistique de la compétitivité industrielle. Les différents groupes de travail du plan abordent de manière complémentaire les questions liées à l'investissement, à l'énergie, à l'innovation, aux chaînes de valeur stratégiques et à la défense des intérêts économiques belges. Cette coordination permet d'identifier les freins aux investissements et d'examiner les pistes visant à améliorer la prévisibilité du cadre réglementaire et l'attractivité de la Belgique pour les secteurs stratégiques, notamment la chimie, la pharmacie et les sciences de la vie.