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Question et réponse écrite n° : 0621 - Législature : 56


Auteur Sophie Thémont, PS (07262)
Département Ministre de l'Action et de la Modernisation publiques, chargée des Entreprises publiques, de la Fonction publique, de la Gestion immobilière de l'État, du Numérique et de la Politique scientifique
Sous-département Action et Modernisation publ., Entr. publ., Fonction publ., Gestion immo., Numérique, ESF
Titre IA. - Confiance des citoyens et inclusion numérique.
Date de dépôt28/04/2026
Langue F
Statut questionRéponses reçues
Date de délai02/06/2026

 
Question

L'IA s'impose progressivement dans le quotidien des citoyens belges, notamment dans les domaines de l'information, du commerce en ligne, de l'éducation ou encore des services financiers. Une enquête récente menée auprès de près de 2.000 consommateurs belges met toutefois en évidence une relation ambivalente à ces technologies. Si leurs usages se développent rapidement et que leurs bénéfices sont reconnus, la confiance reste limitée. Environ un tiers des répondants déclarent ne pas faire confiance aux entreprises développant des systèmes d'IA et 28 % ne font pas confiance aux autorités publiques pour faire respecter efficacement les règles existantes. Par ailleurs, cette enquête souligne l'existence d'une fracture numérique importante. Les personnes âgées et les personnes moins diplômées rencontrent davantage de difficultés dans l'utilisation de ces outils, ce qui risque d'accentuer les inégalités d'accès aux services numériques. 1. Comment analysez-vous le niveau actuel de confiance des citoyens belges à l'égard de l'IA? 2. Quelles mesures concrètes avez-vous prises ou envisagez-vous de prendre afin de renforcer la confiance du public dans l'utilisation de ces technologies? 3. a) Quelles initiatives spécifiques sont mises en place pour réduire la fracture numérique liée à l'IA, en particulier pour les publics les plus vulnérables? b) Existe-t-il des programmes d'accompagnement ou de formation ciblés? 4. Comment veillez-vous à ce que les règles européennes en matière d'IA soient effectivement appliquées et comprises par les citoyens? 5. Disposez-vous de données ou d'indicateurs permettant de suivre l'évolution de l'utilisation et de la perception de l'IA en Belgique?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B052
Date publication 03/06/2026, 20252026
Réponse

1. Selon des chiffres récents d'Eurostat (2025), 42,01 % des individus en Belgique ont utilisé l'IA générative au cours des trois derniers mois de 2025. Une part importante de la population n'utilise pas encore l'IA. La raison la plus fréquente est "l'absence de besoin" ressenti pour ce type d'applications (39,25 %), un motif fortement lié à l'âge. En ce qui concerne la confiance, 5,54 % des individus en Belgique déclarent ne pas utiliser l'IA en raison d'inquiétudes liées à la vie privée, à la sécurité ou à la sûreté. Raisons de la non-utilisation d'outils de l'IA générative Source: Eurostat 2025 2. Le SPF Économie a participé à l'initiative de l'Université d'Helsinki ayant créé la formation en ligne Elements of AI Belgique, avec une attention aux usages critiques et aux impacts sociétaux. Dans le cadre des AI WEEK, elle a également traité cette problématique au travers d'un panel-débat. Cela s'inscrit dans une stratégie plus large visant à renforcer les citoyens et les agents publics dans leur usage critique et éclairé de l'IA. Enfin, elle travaille également sur un projet pilote avec la Fédération Wallonie-Bruxelles et PIX afin de sensibiliser les agents publics et les citoyens à l'amélioration des compétences numériques. Ce parcours se base sur le DigComp, le cadre européen de référence en matière de compétences numériques. Ces initiatives contribuent à un renforcement structurel plus large des compétences numériques et en IA. La version 3.0 du DigComp intègre désormais la dimension de l'intelligence artificielle, et la nouvelle version de PIX intégrera donc également cet aspect en explorant différents sujets tels que: les bons usages de l'IA, l'évaluation de l'information à l'ère des IA génératives, l'enfermement algorithmique, etc. 3. J'ai fait de l'IA une priorité stratégique, avec une attention particulière pour une transition numérique inclusive et accessible. Cette technologie offre de nombreuses opportunités, mais peut également être détournée à des fins criminelles pour escroquer de manière ciblée des citoyens, des entreprises et des institutions. La Belgique continue dès lors de privilégier une approche globale qui renforce la sensibilisation et la coopération entre les acteurs concernés. Le Centre pour la Cybersécurité Belgique (CCB) intensifie ses efforts via la plateforme Safeonweb, qui joue un rôle crucial dans l'alerte et la prévention des cybermenaces. Par ailleurs, un Conseil de lutte contre la fraude en ligne (Belgian Anti-Fraud Coordination Board) a été créé, coordonné par le CCB en collaboration avec des partenaires publics et privés (notamment l'Autorité des Services et Marchés Financiers, le SPF Économie, l'Institut belge des services postaux et des télécommunications, ING, la police, la Fédération des Entreprises de Belgique et Febelfin). Ce conseil travaille à la cartographie des menaces et à l'élaboration de solutions communes. Le SPF Économie a également organisé des appels à projets, qui s'inscrivent dans les ambitions européennes visant à garantir une transition numérique équitable, à soutenir la transformation numérique des entreprises, à renforcer l'autonomisation économique des citoyens et à lutter contre toutes les formes de discrimination. Ces actions renforcent les compétences numériques et en IA, avec une attention particulière aux publics vulnérables. L'IA entraîne en outre des défis spécifiques pour les filles et les jeunes femmes. C'est pourquoi, le 23 avril 2026, j'ai donné le coup d'envoi de la Journée internationale Girls in ICT Day intitulée AI et ME - ME et AI, entièrement consacrée à l'IA. Cet événement a pour objectif de souligner l'importance de l'intégration des filles et des femmes dans les secteurs numériques et dans l'enseignement STEM, ainsi que de partager des connaissances, des perspectives et de bonnes pratiques actuelles. Ces actions s'inscrivent dans les objectifs européens du programme Digital Decade Policy Programme, qui met l'accent sur les compétences numériques et l'inclusion. 4. Le règlement européen sur l'IA (AI Act) a pour objectif principal de promouvoir une IA centrée sur l'humain et digne de confiance, en mettant l'accent sur la protection de la santé, de la sécurité et des droits fondamentaux des citoyens, sans freiner l'innovation. Pour atteindre ces objectifs, l'AI Act introduit différentes exigences en fonction du niveau de risque des outils d'IA. L'AI Act constitue un levier essentiel pour renforcer la confiance grâce à des règles claires et protectrices. Les personnes physiques dans la sphère privée ne relèvent pas du champ d'application de l'AI Act. Elles font plutôt partie du groupe des "utilisateurs finaux" qui doivent être protégés contre les risques que peut engendrer l'utilisation de l'IA. À cet égard, le contrôle d'une mise en oeuvre correcte et uniforme de l'AI Act est essentiel afin que les citoyens de l'UE puissent bénéficier d'un niveau de protection équivalent. Ce contrôle et cette application des règles relatives aux systèmes d'IA mis sur le marché s'exerceront tant au niveau européen, avec l'AI Office comme organe principal, qu'au niveau national, avec les autorités compétentes nationales en tant qu'autorités de surveillance de l'AI Act. LE SPF Économie administration travaille actuellement à un avant-projet de loi désignant ces autorités compétentes nationales, avec pour priorité une mise en oeuvre claire, accessible et efficace. Par ailleurs, un service d'assistance (helpdesk) sera mis en place en tant que point de contact accessible pour les citoyens et les entreprises ayant des questions sur l'application de l'AI Act. Une obligation importante prévue par l'AI Act est que les travailleurs disposent d'un niveau suffisant de "culture en matière d'IA" (AI literacy), ce qui signifie qu'ils doivent posséder des connaissances suffisantes en IA pour pouvoir exercer leur travail de manière responsable et en toute sécurité. Il s'agit d'une obligation importante qui contribuera au développement de bonnes pratiques en matière d'utilisation responsable et sûre de l'IA. Afin de renforcer davantage la confiance dans une utilisation sûre de l'IA, l'AI Act introduit également le concept de "bacs à sable réglementaires en matière d'IA" (AI regulatory sandboxes) comme mesure en faveur de l'innovation. Les États membres doivent disposer d'au moins un sandbox où des outils d'IA innovants peuvent être testés, sous la supervision d'une autorité compétente et selon une procédure préalablement définie. Mon administration travaille à la mise en place d'un cadre législatif pour l'exécution pratique d'un tel bac à sable réglementaire en Belgique, afin que les entreprises puissent développer et tester leurs innovations en IA dans un environnement contrôlé avant leur mise sur le marché. Cela permet d'identifier les risques en temps utile et d'accompagner l'innovation de manière sûre. 5. Le SPF Économie publie chaque année la Belgian Digital Economy Overview. Cette publication offre un aperçu de l'économie numérique en Belgique, basé sur des statistiques officielles (Eurostat, Statbel) et complété par des comparaisons avec d'autres États membres de l'Union européenne. Elle permet de situer la Belgique dans un contexte européen plus large et donne un aperçu à la fois des progrès réalisés et des défis persistants. L'IA constitue l'un des chapitres abordés dans cette publication. Ces indicateurs permettent, le cas échéant, d'ajuster les politiques de manière ciblée.