...

Question et réponse écrite n° : 0473 - Législature : 56


Auteur Britt Huybrechts, VB (07962)
Département Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Coopération au développement
Sous-département Aff. étrangères, Aff. europ. et Coop. dévelop.
Titre La réunion annuelle de l'Assemblée nationale populaire chinoise.
Date de dépôt27/04/2026
Langue N
Statut questionRéponses reçues
Date de délai02/06/2026

 
Question

La réunion annuelle de l'Assemblée nationale populaire s'est ouverte à Pékin. Des milliers de représentants y discutent de la nouvelle politique économique quinquennale. Il est notamment apparu que, pour la première fois depuis plus de trois décennies, le gouvernement chinois abaisse son objectif de croissance à moins de 5 %. Les dirigeants chinois indiquent ainsi qu'ils souhaitent moins miser sur une croissance artificielle financée par l'endettement et des projets d'infrastructure à grande échelle. En revanche, ils veulent investir davantage dans des secteurs stratégiques, l'autonomie technologique et une croissance économique de qualité. 1. Quels signaux percevez-vous quand vous voyez les décisions et les "débats" de l'Assemblée nationale populaire concernant l'orientation économique à venir de la Chine et  ses répercussions sur les relations extérieures de ce pays? 2. Percevez-vous dans la nouvelle politique économique chinoise des indications laissant présager une nouvelle augmentation de la surcapacité industrielle chinoise ou de la pression à l'exportation (dumping) vers l'Europe? 3. Quels secteurs de l'économie belge et européenne considérez-vous aujourd'hui comme les plus vulnérables face à un éventuel dumping chinois ou à une concurrence stratégique? 4. Quelles mesures concrètes la Belgique prend-elle, éventuellement en collaboration avec l'Union européenne, pour protéger notre industrie et nos secteurs stratégiques contre ces menaces? 5. Avez-vous déjà abordé cette réunion de l'Assemblée nationale populaire avec vos collègues européens, et quelles sont leurs conclusions? 6. Quelle est aujourd'hui la position du gouvernement belge concernant le traité d'investissement entre l'Europe et la Chine? 7. Selon vous, quelle stratégie la Belgique et l'Europe doivent-elles adopter dans leurs relations économiques avec la Chine: une plus grande ouverture économique ou plutôt davantage de protection et d'autonomie stratégique?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B052
Date publication 03/06/2026, 20252026
Réponse

Le fait que la Chine ait fixé, pour 2026, un objectif de croissance entre 4,5 et 5 % s'inscrit dans un glissement assumé vers une croissance "qualitative" et une plus grande autosuffisance économique, avec un accent particulier sur les technologies stratégiques et l'autonomie dans l'ensemble des secteurs. Parallèlement, le gouvernement chinois reconnaît des défis intérieurs persistants tels qu'une consommation faible, un secteur immobilier fragilisé et des surcapacités. Dans un contexte où les exportations jouent un rôle de plus en plus déterminant comme moteur de l'économie, cela a conduit à un excédent commercial record de plus de 1.000 milliards de dollars. Cela aura un impact sur une économie ouverte comme la nôtre. Nos vulnérabilités se situent principalement dans les secteurs où les capacités chinoises et le soutien public sont les plus marqués et où notre autonomie stratégique est en jeu: la nouvelle mobilité, certains segments de l'électronique, les produits chimiques, ainsi que les précurseurs pharmacologiques. Je souligne que, pour les entreprises européennes et belges, la Chine demeure un marché important de débouchés et d'approvisionnement. Il ne faut pas oublier qu'au-delà des risques, des opportunités demeurent également pour les entreprises belges actives en Chine. Cependant, l'accent mis par la Chine sur l'autonomie technologique et le recours étendu aux aides publiques rendent l'environnement de marché moins prévisible et accroissent la pression sur les prix dans plusieurs secteurs. Autrement dit, nous sommes confrontés à des conditions de concurrence inéquitables. C'est pourquoi l'Union européenne poursuit une stratégie de derisking: la relation avec la Chine demeure ouverte, mais nous limitons les risques ainsi que la concurrence déloyale. Cela se traduit par une série d'instruments, tels que des mesures de défense commerciale et le suivi des investissements sortants. Par ailleurs, le Règlement pour une industrie "zéro net" (Net-Zero Industry Act), la législation européenne sur les matières premières critiques (Critical Raw Materials Act) et le plan d'action ResourceEU renforcent l'approvisionnement européen au sein des chaînes de valeur stratégiques. Début mars, la législation européenne sur les accélérateurs industriels (Industrial Accelerator Act - IAA) a également été publiée. Cet IAA vise à établir un cadre destiné à renforcer le développement, la compétitivité et la résilience de l'industrie manufacturière européenne. Un débat important porte sur les transferts de technologies dans le cadre de l'attraction d'investissements directs étrangers chinois. De cette manière, le leadership chinois dans certains secteurs stratégiques peut être mis à profit afin de renforcer notre propre industrie. Comme indiqué, l'agenda européen en matière de matières premières et d'industrie, ainsi que nos propres mécanismes de contrôle des investissements et des exportations, doivent permettre de limiter ces risques. La Belgique agit à cet égard à deux niveaux: au niveau de l'UE, au moyen des instruments précités, et au niveau national, via le filtrage interfédéral des investissements étrangers dans les secteurs sensibles. S'agissant de l'accord d'investissement UE-Chine: le Parlement européen a gelé le processus en 2021 tant que les sanctions chinoises visant des acteurs de l'UE restent en vigueur. Même après une levée partielle de ces sanctions l'an dernier, une relance des discussions à court terme demeure peu réaliste. Lors de mon récent déplacement en Chine, à l'occasion de nombreuses visites de terrain et de contacts politiques de haut niveau, j'ai constamment défendu les entreprises belges face à l'intensification de la concurrence résultant de la surcapacité industrielle chinoise, des distorsions de marché et des déséquilibres commerciaux persistants, en mettant l'accent sur une approche européenne. Mon déplacement visait à porter un message clair de fermeté et d'équilibre, fondé sur le respect des règles internationales, la réciprocité économique et la lutte contre les pratiques de concurrence déloyale, tout en réaffirmant, dans le même temps, que la Belgique, dans le cadre de l'Union européenne, est disposée à oeuvrer à une relation plus stable et plus équilibrée avec Pékin.