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Bulletin n° : B051 - Question et réponse écrite n° : 0454 - Législature : 56


Auteur Anthony Dufrane, MR (06327)
Département Ministre de la Défense, chargé du Commerce extérieur
Sous-département Défense, Commerce ext.
Titre Les sas de décompression obligatoires pour les militaires de retour de mission.
Date de dépôt31/03/2026
Langue F
Publication question     B051
Date publication 18/05/2026, 20252026
Statut questionRéponses reçues
Date de délai05/05/2026

 
Question

Des centaines de militaires belges, de retour d'une mission de six mois en Roumanie dans le cadre de l'OTAN, se voient imposer un sas de décompression obligatoire de deux à trois jours dans un hôtel hors de la Belgique avant de retrouver leurs familles. Ces Third Location Decompression (TLD), instaurés pour les missions de longue durée ou particulièrement sensibles, visent à préparer les militaires à leur retour à la vie civile via de la psychoéducation, des entretiens individuels et un accès optionnel à des soins kinésithérapeutiques ou psychologiques. Si les syndicats soutiennent fermement ce dispositif, une partie des militaires concernés s'interroge sur la pertinence de ce passage obligé après des missions jugées intenses mais non traumatisantes. Ce dispositif, encore en phase d'évaluation selon la Défense, soulève des questions sur son coût, son organisation concrète et son efficacité mesurée. 1. a) Quel est le coût total annuel de ces sas de décompression pour la Défense? b) Selon quels critères les hôtels accueillant ces séjours sont-ils sélectionnés et dans quels pays se déroulent-ils généralement? c) Quel programme d'activités concrètes est proposé aux militaires pour justifier ce passage obligatoire plutôt qu'un retour direct accompagné d'un suivi psychologique en Belgique? 2. a) Combien de militaires ayant bénéficié de ces sas ont sollicité un entretien individuel avec un psychologue ou un soin kinésithérapeutique durant cette période? b) Ce taux de recours aux soins proposés a-t-il évolué depuis la mise en place du dispositif et les psychologues de l'armée considèrent-ils que ces deux à trois jours constituent une durée suffisante pour atteindre les objectifs de décompression fixés, notamment pour des missions particulièrement stressantes? 3. Sous quelles conditions une mission est-elle considérée comme sensible et nécessite-t-elle un TLD? 4. a) Le programme étant encore en phase d'évaluation, quels indicateurs ont été définis pour mesurer son efficacité sur le bien-être des militaires à leur retour? b) Une comparaison a-t-elle été réalisée entre les profils psychologiques des soldats ayant bénéficié du sas et ceux qui en avaient été privés comme lors du retour du Mali en 2020? c) Une adaptation du dispositif est-elle envisagée pour le moduler en fonction de la nature et de l'intensité de la mission plutôt que de l'appliquer de manière uniforme à toutes les missions de longue durée?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B053
Date publication 15/06/2026, 20252026
Réponse

1. a) 2024: 163.932,45 euros (hôtel), 25.990,69 euros (bus), total 189.923,14 euros (un Third Location Decompression - TLD). 2025: 553.498,22 euros (hôtel), 89.247,23 euros (bus), total 642.745,45 euros (quatre TLD). 2026: 267.451,59 euros (hôtel), 43.006,87 euros (bus), total 310.458,46 euros (deux TLD). b) Le choix de l'hôtel se font selon les critères suivants: L'emplacement: - aux alentours de la Belgique afin de permettre un retour en Belgique en car (maximum à 500 km de Bruxelles). Cela peut donc se dérouler en Allemagne, en Hollande ou éventuellement en France; - à proximité d'un aéroport (maximum 01H00 de route en car entre l'aéroport et l'hôtel); - idéalement en lieu relativement isolé pour garantir le calme, la tranquillité et la discrétion. La capacité: - offrant une capacité minimale pour accueillir jusqu'à 200 personnes; - avec un minimum de dix salles de réunion pour assurer les activités du programme; - idéalement avec une salle de fitness et une piscine. Le prix: rapport qualité-prix correct. c) Le programme est constitué d'entretiens de groupe, rendus obligatoires pour tous les militaires. Ils sont ensuite amenés à préparer leur retour à la maison grâce à la psychoéducation. Les militaires ont également la possibilité d'avoir un entretien individuel s'ils en ressentent le besoin. En plus de ces entretiens, ils participent à une activité de leur choix, axée sur la détente physique ou mentale. Le TLD constitue ainsi une mesure de prévention collective permettant d'atteindre un maximum de personnes en un minimum de temps, afin de maintenir la résilience de nos militaires sur le long terme. Ce programme est impossible à mettre en place en Belgique, car le détachement est dissous une fois le sol belge atteint. Les militaires partent alors en congé post mission, dont la durée varie selon les sous-sections. 2. a) À l'heure actuelle, 1.340 militaires ont participé au programme TLD. Lors de ces TLD, 157 militaires ont sollicité un entretien individuel, soit 12 % des participants. Ces entretiens peuvent être réalisés avec un psychologue, un infirmier psychiatrique, un assistant social, un conseiller en prévention des aspects psychosociaux, une personne de confiance, un aumônier ou un conseiller moral. Cette diversité permet de répondre au mieux aux besoins de chaque militaire. Par ailleurs, 205 militaires ont choisi de participer à une séance collective avec le kinésithérapeute, ce qui représente près de 15 % des participants. Enfin, 50 militaires ont bénéficié d'un soin kinésithérapeutique individuel durant cette période, soit 4 %. b) Ce taux de recours aux soins varie sensiblement d'un TLD à l'autre. Lors de certains TLD, on observe une demande plus importante d'entretiens individuels (variation entre 6 et 18 %), tandis que le recours aux soins kinésithérapeutiques est plus faible. Pour d'autres TLD, la demande de soins est entièrement inversée. Ces variations mettent en évidence la complexité de la détermination précise, en amont, des besoins de notre personnel dans ce domaine, y compris en ce qui concerne la durée. Les psychologues et les intervenants psychosociaux indiquent en outre qu'ils estiment la durée disponible comme suffisante pour atteindre les objectifs de décompression visés. Même à l'issue de missions particulièrement stressantes, ce laps de temps permet d'identifier les signaux de surcharge mentale, de favoriser la récupération face au stress aigu et, le cas échéant, d'orienter adéquatement les militaires vers un soutien complémentaire. Il convient également de préciser que, sur une base individuelle, un accompagnement psychosocial supplémentaire peut être assuré après le TLD. 3. Une mission est considérée comme sensible sur base de plusieurs paramètres: - Exposition à un environnement opérationnel à risque élevé: zones de conflit ou d'instabilité politique, menaces directes contre les militaires (attaques, tirs, engins explosifs improvisés), ou nécessité de maintenir un niveau de vigilance constant pour garantir la survie ou la sécurité. - Confrontation régulière à des situations potentiellement traumatisantes: charges émotionnelles importantes, responsabilité prolongée concernant la sécurité d'autrui, ou interventions dans un cadre humanitaire difficile (présence de victimes civiles, catastrophes, etc.). - Durée de mission prolongée: une mission dépassant plusieurs mois peut représenter un facteur de risque en soi. L'absence prolongée du domicile rend la réintégration familiale complexe, indépendamment du contexte opérationnel. - Survenue d'incidents graves ou d'événements critiques: une mission est également considérée comme sensible lorsqu'un incident grave survient (blessés, décès, attaque) ou lorsqu'un événement potentiellement traumatique est vécu collectivement. Ce type d'événement est imprévisible. Dans ces conditions, un retour direct en Belgique ne permettrait pas d'assurer une prise en charge collective optimale, en particulier pour les déploiements impliquant de grands détachements, pour lesquels le soutien post mission nécessite des moyens importants. 4. a) L'évaluation du programme a été assurée à différents niveaux: - tout d'abord, avec l'équipe Real Life Support, responsable de la mise en place opérationnelle du TLD; - ensuite, avec l'équipe multidisciplinaire, au moyen de débriefings collectifs et individuels permettant d'identifier les points positifs ainsi que les points d'attention; - enfin, les militaires eux-mêmes ont été invités à remplir un questionnaire court en trois temps: juste avant le TLD, à leur arrivée à l'hôtel (temps 1), juste après le TLD, avant le retour en Belgique (temps 2) et quelques semaines après leur retour en Belgique (temps 3). 3. Dès les premiers TLD, la majorité des militaires ont exprimés leur satisfaction aux temps 2 et 3 quant à l'opportunité d'avoir pu participer à un TLD. La majorité des militaires considèrent progressivement le TLD comme une véritable plus-value pour leur bien-être et leur résistance mentale. Cette tendance s'accentue au fil des TLD. Il reste néanmoins complexe de mesurer l'impact précis d'un tel dispositif, puisque l'objectif est avant tout préventif: il s'agit d'éviter l'apparition de certains comportements ou réactions. Les résultats disponibles montrent toutefois que le TLD représente une réelle plus-value pour plus de la moitié des détachements déployés à l'étranger. b) Aucune comparaison n'a été réalisée entre les militaires ayant bénéficié d'un TLD et ceux qui n'en ont pas bénéficié. c) Ce type de dispositif sera en effet être adapté aux besoins des militaires et donc évalué dans le temps, sur un échantillon représentatif de l'organisation. Il est évident que le programme doit être adapté à chaque opération.