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Question et réponse écrite n° : 1077 - Législature : 56


Auteur Catherine Delcourt, MR (08086)
Département Ministre de la Justice, chargée de la Mer du Nord
Sous-département Justice, Mer du Nord
Titre Les agressions à répétition envers le personnel pénitentiaire.
Date de dépôt02/04/2026
Langue F
Statut questionRéponses reçues
Date de délai11/05/2026

 
Question

Des faits récents survenus à la prison de Lantin ont une nouvelle fois mis en lumière la question de la sécurité du personnel pénitentiaire dans nos établissements carcéraux. Selon les informations rapportées, un détenu multirécidiviste, déjà condamné à plusieurs reprises pour des faits de violence grave et ayant passé de nombreuses années en détention, aurait menacé et tenté de poignarder un agent pénitentiaire à l'aide d'un couteau artisanal en janvier 2025. L'agent s'en serait sorti indemne grâce au système de protection qu'il portait. Par ailleurs, il ressort que cet agent garderait d'importantes séquelles psychologiques à la suite de ces faits. Cet incident particulièrement grave rappelle les risques auxquels les agents pénitentiaires sont confrontés dans l'exercice de leurs fonctions et soulève des interrogations quant aux moyens mis à leur disposition pour garantir leur sécurité face à des détenus présentant un profil de violence élevé. 1. Combien d'agressions ou de tentatives d'agression à l'encontre du personnel pénitentiaire ont été recensées au cours de l'année 2025 dans les établissements pénitentiaires belges? 2. Quelles mesures spécifiques sont actuellement mises en place afin de protéger les agents pénitentiaires face à des détenus présentant un profil de dangerosité élevé? 3. Les équipements de protection individuelle, tels que ceux qui ont permis à l'agent pénitentiaire de Lantin d'éviter des blessures potentiellement graves, sont-ils systématiquement mis à disposition du personnel? 4. Quelles mesures d'accompagnement et de soutien psychologique sont prévues pour le personnel pénitentiaire victime d'agressions ou de menaces graves dans l'exercice de leurs fonctions? 5. À la lumière de l'incident survenu à la prison de Lantin, envisagez-vous de renforcer les dispositifs de sécurité ou les moyens mis à la disposition du personnel pénitentiaire?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B051
Date publication 18/05/2026, 20252026
Réponse

1. Nous ne disposons pas encore d'enregistrement automatisé exhaustif de tous les incidents possibles, mais il existe en revanche un enregistrement manuel des incidents critiques, conformément au protocole conclu entre l'autorité et les organisations syndicales, qui donne une indication sur ce phénomène. Vous trouverez ces chiffres dans le tableau ci-dessous. 2. Veiller à la sécurité et au bien-être de nos agents pénitentiaires est la priorité absolue. Les processus de sécurité, notamment, qui ont été révisés il y a quelques années et sont constamment mis à jour, visent précisément cet objectif. Néanmoins, diverses mesures supplémentaires sont prises pour renforcer durablement la sécurité, dont les plus importantes sont: - Le renforcement des équipements de sécurité: Conformément à la note de politique générale 2026, 45 cellules sécurisées supplémentaires seront créées (par étapes) au cours des prochaines années. À titre préparatoire, 11 établissements ont été désignés sur la base de leur expérience et de leur niveau de sécurité pour mettre en place un trajet de détention adapté aux détenus concernés. - Une plus grande attention à la formation du personnel: Dans le cadre du projet sur la culture non violente dans les prisons et de la politique de sécurité intégrale au sein de la direction générale des Établissements pénitentiaires (DG EPI), on travaille activement sur la communication de désescalade. L'action porte pleinement sur la poursuite de la professionnalisation des processus de travail et la définition de procédures pour certaines situations. - Poursuite de l'élaboration d'une politique relative aux profils à haut risque: On travaille actuellement sur un projet visant à introduire des instructions et un trajet de détention pour les détenus présentant un comportement agressif/violent. Dans ce contexte, un renforcement de l'effectif du personnel est également prévu. Des formations complémentaires et des séances d'intervision sont en cours d'élaboration pour ces collaborateurs. Une attention particulière est accordée au retour progressif et encadré vers un régime normal, au rythme de l'évolution du détenu, pour autant que possible. - Diminution de la charge de travail du personnel: En raison de la pression au travail élevée, due notamment à la surpopulation persistante, le personnel éprouve davantage de difficultés à garantir un fonctionnement sûr et sans problème. C'est pourquoi les accords conclus au sein du gouvernement pour lutter contre la surpopulation prévoient également un certain nombre de mesures d'accompagnement visant principalement à assouplir et à accélérer le recrutement de nouveaux collaborateurs. 3. Les agents sur section n'ont pas d'équipement de protection individuelle spécifique. Pour citer le professeur Liebling: At the end of the day, nothing else that we can say will be as important as the general proposition that relations between staff and prisoners are the heart of the whole prison system and that control and security flow from getting that relationship right. C'est pourquoi l'accent est principalement mis sur les aptitudes à la communication et sur les compétences sur le plan de la maîtrise des conflits et de l'agressivité. Outre ces compétences "douces", ils bénéficient également d'une formation en techniques d'intervention pour le cas où un incident physique se produirait malgré tout. Cela fait partie du premier module de la formation de base. Par contre, les membres de l'équipe d'intervention locale ont bénéficié d'une formation spécifique approfondie et disposent d'un équipement de protection spécifique lorsqu'ils doivent intervenir, comme des tenues de protection, des casques, des boucliers et des matraques. Leur utilisation est strictement réglementée et limitée. 4. Autant que possible, une réponse appropriée est apportée aux membres du personnel pénitentiaire victimes d'agressions ou de menaces graves dans l'exercice de leurs fonctions. Tant au niveau local (proximité) que central, diverses initiatives ont été développées afin d'assurer un accompagnement adapté. Au niveau local, les agents concernés sont contactés rapidement à la suite de l'incident afin de leur apporter un premier soutien par l'équipe de soutien. Ce premier contact vise à offrir une écoute, à évaluer la situation et à informer le membre du personnel de l'existence d'une aide psychologique (partenaire actuel POBOS). Le service social du SPF Justice est ensuite informé de l'incident, soit par la direction régionale, soit directement par l'établissement pénitentiaire. L'assistant social prend contact avec la victime dans les meilleurs délais afin de lui apporter un soutien personnalisé (écoute, conseils, accompagnement) et de l'informer de manière détaillée sur les possibilités d'aide psychologique ainsi que sur les modalités d'accès à ce soutien. En première initiative, le projet "aide psychologique" a été mis en oeuvre fin 2022. Dans ce cadre, les collaborateurs nécessitant un accompagnement plus approfondi peuvent bénéficier d'un suivi psychologique auprès d'un partenaire externe (actuellement POBOS), à raison de maximum 10 séances par an, avec une prise de contact garantie dans un délai de 3 jours ouvrables. Par ailleurs, depuis 2025, des débriefings collectifs peuvent être organisés lorsqu'un incident grave impacte un groupe de collaborateurs (p. ex. en cas de prise d'otage ou d'événement majeur). Ces interventions visent à offrir un espace d'expression aux équipes, à soutenir les collaborateurs et à prévenir les conséquences psychologiques à plus long terme. Ces dispositifs s'inscrivent dans une approche globale visant à soutenir le bien-être des collaborateurs et à garantir un accompagnement adapté à la suite d'événements potentiellement traumatisants. 5. Dans le cadre du projet CelRisk, centré sur la détection et la gestion des détenus particulièrement agressifs, de nouveaux moyens et des procédures de sécurité plus adaptées sont actuellement élaborés avant leur prochaine mise place dans certains établissements. Je renvoie ici également aux cellules sécurisées et aux trajets de détention adaptés pour les détenus présentant un profil à haut risque, comme expliqué précédemment.