...
| Auteur | Julien Matagne, LENGAG (07818) |
| Département | Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Coopération au développement |
| Sous-département | Aff. étrangères, Aff. europ. et Coop. dévelop. |
| Titre | Les relations entre la Belgique et l'Islande. |
| Date de dépôt | 26/03/2026 |
| Langue | F |
| Statut question | Réponses reçues |
| Date de délai | 05/05/2026 |
| Question |
L'Islande est un partenaire européen étroitement intégré au marché intérieur via l'Espace économique européen (EEE) et associée à l'espace Schengen, tout en restant en dehors de l'Union européenne (UE), de l'union douanière et des politiques communes de la pêche et de l'agriculture. Ses relations avec l'UE s'articulent également autour d'un dialogue politique régulier, d'une forte convergence sur de nombreux dossiers de politique étrangère et d'une coopération en matière de sécurité et de défense solidement ancrée dans le cadre de l'OTAN. Le débat sur l'adhésion de l'Islande à l'UE a récemment repris. À la suite des élections législatives de novembre 2024, le nouveau gouvernement de coalition a décidé d'organiser d'ici 2027 un référendum national visant à déterminer l'opportunité d'ouvrir des négociations d'adhésion à l'UE. Dans un contexte marqué par des tensions géopolitiques, notamment en ce qui concerne les routes maritimes et l'Arctique, il apparaît pertinent d'examiner l'état des relations belgo-islandaises au sein de ce cadre européen, ainsi que les perspectives concrètes d'approfondissement, en particulier à la lumière du débat sur une éventuelle adhésion à l'UE. 1. Quels sont les principaux axes de coopération bilatérale entre la Belgique et l'Islande, notamment en matière économique, culturelle et touristique? Le gouvernement belge envisage-t-il des mesures spécifiques pour soutenir ou diversifier les échanges économiques avec l'Islande? 2. L'Islande est membre de l'EEE et associée à Schengen, mais reste en dehors de l'UE et de l'union douanière. Comment la Belgique perçoit-elle ce statut particulier dans le cadre des discussions européennes et de la coordination politique? 3. Le gouvernement islandais a décidé d'organiser un référendum national d'ici 2027 pour décider de l'ouverture de négociations d'adhésion à l'UE. Quelle est la position de la Belgique sur une éventuelle adhésion de l'Islande à l'Union? 4. Dans l'hypothèse d'un référendum qui s'avère positif, la Belgique prévoit-elle de soutenir ou d'accompagner l'Islande dans ledit processus éventuel, p. ex. à travers des échanges d'expertise sur le marché intérieur, la réglementation européenne ou les politiques communes? 5. Quels seraient, selon le gouvernement belge, les avantages et les défis d'une intégration plus poussée de l'Islande dans le cadre de l'UE, pour nos relations bilatérales et pour le marché intérieur européen? 6. Dans un contexte de changements climatiques et de pression sur les ressources maritimes, quelles initiatives conjointes la Belgique et l'Islande pourraient-elles développer pour protéger la biodiversité marine et assurer une pêche durable? |
| Statut | 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée |
| Publication réponse |
B050
|
| Date publication | 04/05/2026, 20252026 |
| Réponse |
Les relations bilatérales entre la Belgique et l'Islande reposent aujourd'hui sur un ensemble d'axes économiques, culturels, politiques et touristiques qui, bien que modestes en volume, s'inscrivent dans une dynamique de rapprochement progressif. La Belgique jouit en Islande d'une bonne image, tandis que l'Islande bénéficie d'une popularité croissante comme destination de voyage pour les Belges, ce qui entraîne une mobilité plus soutenue. Sur le plan politique, l'intérêt grandissant pour le Grand Nord, conjugué aux défis liés au climat, aux routes maritimes et à la sécurité énergétique, a favorisé un intérêt accru . Sur le terrain économique, la Belgique représente environ 1,5 % des exportations islandaises, essentiellement composées de produits de la mer et d'aluminium, tandis que ses propres exportations vers l'Islande, plus diversifiées, atteignent un niveau légèrement supérieur. Les investissements bilatéraux suivent la même tendance: les investissements belges en Islande sont principalement liés au secteur touristique, tandis que certaines entreprises islandaises sont actives en Belgique, comme Icelandair Cargo, qui utilise l'aéroport de Liège-Bierset comme hub européen, ou la société Pieters dans le secteur de la distribution de produits de la mer. Cette situation se double d'opportunités émergentes, notamment dans les secteurs liés au climat et aux énergies renouvelables. L'Islande offre un potentiel important pour la capture et le stockage du carbone, ainsi que pour la production d'hydrogène vert grâce à l'hydroélectricité ou à l'énergie géothermique ou éolienne. L'intérêt belge pour ces secteurs est réel et constitue une piste pour soutenir les échanges économiques. L'Islande réfléchit cependant toujours à la stratégie à suivre pour l'utilisation prioritaire de ce potentiel. Par ailleurs, la valorisation du tourisme et de la connectivité aérienne - déjà bien ancrée grâce à Icelandair - constitue un vecteur concret pour stimuler les échanges bilatéraux, tout en renforçant la visibilité de la Belgique en Islande. En ce qui concerne le domaine de la protection de la biodiversité marine et de la pêche durable, la Belgique et l'Islande collaborent déjà étroitement dans le cadre du partenariat entre l'UE et l'Islande. Le protocole d'accord de 2025 renforce encore cette coopération, notamment par le biais d'un dialogue annuel de haut niveau et d'actions conjointes concernant les stocks halieutiques partagés et la mise en oeuvre de cadres internationaux en matière de biodiversité, tels que le cadre de Kunming-Montréal et le traité BBNJ. Pour l'avenir, la Belgique voit des opportunités d'approfondir encore cette coopération: en mettant en place davantage de projets de recherche communs dans le cadre d'Horizon Europe, en encourageant l'innovation dans les techniques de pêche sélectives et en avançant, avec l'Islande, dans la transition énergétique du secteur de la pêche. En outre, la Belgique souhaite contribuer activement à la protection des écosystèmes marins vulnérables, conformément à ses ambitions internationales en matière de biodiversité. En tant que membre de l'Espace économique européen et État associé à l'espace Schengen, l'Islande est fortement intégrée au marché intérieur, participe à des programmes et agences de l'Union européenne et contribue financièrement à la politique de cohésion de l'UE par le biais du mécanisme dit des fonds EEE (EEA Grants). Aux côtés de la Norvège et du Liechtenstein, l'Islande est l'un des pays tiers avec lesquels l'UE entretient les relations les plus étroites. Il est toutefois essentiel, afin de préserver l'intégrité du marché intérieur, que l'Islande - dans le cadre de l'EEE - incorpore en temps utile la législation pertinente de l'UE dans son ordre juridique interne et résorbe le retard d'incorporation (backlog) existant. La coopération est également excellente dans le domaine de la sécurité, l'Islande s'alignant pleinement, en tant que partenaire partageant les mêmes valeurs, sur la politique étrangère et de sécurité commune (PESC) de l'UE. Je salue, à cet égard, la signature, le 18 mars 2026, d'un Partenariat en matière de sécurité et de défense entre l'UE et l'Islande. Celui ci nous permettra de renforcer et approfondir davantage la coopération en matière de sécurité et de défense avec un allié de l'OTAN et partenaire partageant les mêmes valeurs, notamment dans le contexte de la région arctique, dont l'importance géostratégique ne cesse de croître. Nous avons pris note avec intérêt de la proposition du gouvernement islandais d'organiser, le 29 août 2026, un référendum sur une éventuelle reprise des négociations d'adhésion. Comme vous le savez, l'Islande a obtenu le statut de pays candidat en février 2010. Les négociations d'adhésion ont été ouvertes la même année. Toutefois, trois ans plus tard - en 2013 - ces négociations ont été suspendues à la demande du gouvernement islandais. À ce moment là, les négociations d'adhésion étaient déjà bien avancées, onze chapitres de négociation sur trente cinq ayant été clôturés. Il revient évidemment au peuple islandais de se prononcer sur l'adhésion à l'UE. Néanmoins, la Belgique voit très positivement un approfondissement des relations entre l'UE et l'Islande, et dès lors la possible reprise des négociations d'adhésion. Si celle ci était confirmée, l'Islande devrait, comme tous les pays candidats, satisfaire aux critères de Copenhague. La même méthodologie s'appliquerait; toutefois, compte tenu du haut degré d'alignement déjà atteint avec l'acquis du marché intérieur de l'UE, ainsi que de l'excellente situation de l'Islande en matière d'État de droit, le pays satisfait déjà dans une large mesure aux critères d'adhésion. Les négociations d'adhésion pourraient donc, en principe, se dérouler relativement rapidement. Le principal défi dans le cadre d'éventuelles négociations d'adhésion serait lié à la participation de l'Islande à la politique commune de la pêche. L'adhésion à l'UE impliquerait que l'Islande perde son droit exclusif de pêche dans sa propre zone économique exclusive (ZEE). Étant donné l'importance du secteur de la pêche pour l'économie islandaise, l'Islande insistera vraisemblablement sur des périodes transitoires ou des dérogations. Compte tenu des circonstances géopolitiques actuelles, je considère que la candidature de l'Islande à l'adhésion à l'UE doit être examinée favorablement. L'Islande, pays prospère situé dans la région stratégique de l'Arctique, pourrait, en tant qu'allié de l'OTAN, apporter une importante valeur ajoutée à l'Union européenne dans la perspective du renforcement de notre sécurité collective, de notre prospérité et de notre autonomie stratégique. La Belgique est toujours disposée à soutenir l'Islande dans son processus d'adhésion et à mettre à disposition l'expertise nécessaire, le cas échéant. |