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Question et réponse écrite n° : 0143 - Législature : 56


Auteur Anthony Dufrane, MR (06327)
Département Ministre de l'Énergie
Sous-département Énergie
Titre Sécurité d'approvisionnement. - Dépendance accrue de la Belgique au GNL américain.
Date de dépôt11/03/2026
Langue F
Statut questionRéponses reçues
Date de délai13/04/2026

 
Question

Les importations belges de gaz naturel liquéfié (GNL) américain ont connu une progression fulgurante, passant de 14,1 TWh en 2024 à 55,5 TWh en 2025. Si cette stratégie a permis de réduire drastiquement la dépendance au gaz russe, elle expose désormais la Belgique et l'Union européenne à une nouvelle vulnérabilité géopolitique. Avec une administration américaine dont les priorités commerciales pourraient fluctuer, la perspective de voir les États-Unis représenter 80 % du GNL européen d'ici 2030 impose une réflexion urgente sur la diversification de nos sources d'énergie. 1. a) Comment évaluez-vous les risques géopolitique et énergétique d'une dépendance quasi exclusive au GNL américain pour notre mix énergétique? b) Quelles mesures concrètes sont envisagées pour diversifier nos fournisseurs et éviter de remplacer une dépendance par une autre? 2. a) Quelle est votre analyse des contrats à long terme liant encore l'opérateur Fluxys à des acteurs russes pour le terminal de Zeebrugge? b) Comment comptez-vous concilier ces engagements contractuels avec les objectifs de sanctions européennes et la volonté de sortir totalement des énergies fossiles russes? 3. a) Des négociations sont-elles en cours avec d'autres pays producteurs (comme la Norvège, le Qatar ou certains pays africains) pour garantir une plus grande stabilité des prix et des volumes? b) Quels sont les principaux obstacles juridiques et économiques qui freinent actuellement cette diversification? c) Est-ce que certains contrats sont actuellement impactés par des questions diplomatiques? 4. Quelles alternatives structurelles au GNL sont explorées pour renforcer l'autonomie énergétique de la Belgique, notamment via la production locale de biométhane ou d'hydrogène vert? 5. a) Comment coordonnez-vous cette stratégie avec la Commission européenne pour éviter une concurrence entre États membres sur les cargaisons de GNL? b) Quel rôle le terminal de Zeebrugge doit-il jouer dans la future dorsale européenne de l'hydrogène pour assurer la transition vers une économie décarbonée?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B049
Date publication 21/04/2026, 20252026
Réponse

1. a) Le gaz naturel liquéfié (GNL) américain constituera l'une des alternatives permettant à l'Europe de compenser, en partie, l'arrêt des importations de GNL russe à partir du 1er janvier 2027 (cf. règlement REPowerEU). La diversification des sources d'énergie demeure toutefois essentielle afin d'éviter de remplacer une dépendance par une autre. b) En raison de la libéralisation du marché du gaz naturel, ce sont les fournisseurs et autres acteurs de marché qui jouent un rôle central dans l'approvisionnement des marchés belge et européen. Il leur appartient de constituer leur portefeuille d'approvisionnement en fonction du type et des besoins de leur clientèle. Dans la mesure où de nombreux fournisseurs sont actifs dans plusieurs États membres, ces portefeuilles ne sont pas nécessairement établis à l'échelle d'un seul État, mais bien optimisés à l'échelle européenne afin de répondre aux besoins globaux de leur clientèle. Dans ce contexte, la diversification relève davantage du niveau européen que national, en cohérence avec l'organisation du marché libéralisé. 2. a) Les contrats conclus entre Fluxys et ses clients sont de nature commerciale et couverts par des obligations de confidentialité. Les autorités ne disposent dès lors pas d'un accès direct à leur contenu détaillé, mais suivent attentivement leur mise en oeuvre au regard du cadre européen applicable. b) Il convient tout d'abord de souligner que la portée pratique de ces contrats a déjà été fortement réduite. En application du 14e paquet de sanctions, il est interdit depuis le 27 mars 2025 de procéder au transbordement de GNL d'origine russe dans les terminaux de l'Union, y compris au terminal de Zeebruges, et ce également pour les contrats conclus avant le 25 juin 2024, sous réserve d'exceptions strictement encadrées par la réglementation européenne. Cette dynamique s'inscrit dans le cadre du règlement REPowerEU, qui vise à réduire progressivement la dépendance de l'Union européenne aux combustibles fossiles russes. La Belgique s'inscrit pleinement dans ce cadre européen afin de garantir une sortie progressive, ordonnée et juridiquement sécurisée, tout en veillant à préserver les impératifs de sécurité d'approvisionnement. 3. a) Comme indiqué, la libéralisation du marché du gaz implique que ce ne sont pas les États membres qui négocient les contrats, mais bien les acteurs de marché. b) La directive (UE) 2024/1760 du Parlement européen et du Conseil du 13 juin 2024 relative au devoir de vigilance des entreprises en matière de durabilité et modifiant la directive (UE) 2019/1937 ainsi que le règlement (UE) 2023/2859 (dite "directive CSDD", Corporate Sustainability Due Diligence Directive), ainsi que le règlement (UE) 2024/1787 du Parlement européen et du Conseil du 13 juin 2024 relatif à la réduction des émissions de méthane dans le secteur de l'énergie et modifiant le règlement (UE) 2019/942, imposent des normes environnementales strictes qui seront d'application à partir de 2027 Ces nouvelles règles entraînent un durcissement du cadre législatif qui pourrait limiter les exportations de GNL vers l'Europe au profit du marché asiatique, avec lequel l'Europe est en concurrence directe et qui n'impose pas nécessairement des normes équivalentes. Ce cadre législatif pourrait freiner la diversification des sources de GNL et constituer un obstacle à un moment où les acteurs de marché de l'Union européenne s'efforcent de remplacer le gaz russe, et plus récemment qatari, afin de protéger le marché européen contre d'éventuelles pénuries et/ou d'en limiter les hausses de prix. c) Les contrats conclus entre Fluxys et ses clients sont de nature commerciale et couverts par des obligations de confidentialité. Les autorités ne disposent dès lors pas d'un accès direct à leur contenu détaillé. 4. La production locale d'hydrogène vert devrait rester limitée en Belgique, compte tenu de la disponibilité restreinte des énergies renouvelables et du principe de "l'efficacité énergétique d'abord". L'importation d'hydrogène, sous forme de dérivés ou non, s'inscrit dans la stratégie belge en matière d'hydrogène et peut contribuer à l'autonomie énergétique stratégique, dans la mesure où l'hydrogène peut être produit dans de nombreuses régions du monde, ce qui permet d'éviter la concentration du marché et le pouvoir de marché qui en découle. La dépendance aux importations d'hydrogène n'est donc pas nécessairement aussi vulnérable que celle aux importations de combustibles fossiles. Par ailleurs, le développement du marché mondial de l'hydrogène (vert) progresse nettement plus lentement que prévu, ce qui rend difficiles les estimations en termes d'échelle et de calendrier. Concernant le biométhane, son avantage est qu'il est produit localement (en Wallonie) avec une technologie éprouvée et un prix qui ne dépend pas du contexte géopolitique. La production et le soutien ad-hoc est néanmoins une compétence régionale. 5. a) Une fois la cargaison achetée, ce sont les acteurs de marché qui en déterminent la destination finale, et non les États membres ou la Commission européenne. b) Notre situation géographique reste un énorme atout dans le contexte européen, et c'est dans ce sens que nous travaillons pour positionner notre pays comme un hub d'importation de l'hydrogène en Europe, apte à apporter des solutions décarbonées à nos acteurs économiques. Le terminal de Zeebruges joue ici un rôle clé, offrant en théorie la possibilité de se reconvertir vers d'autres vecteurs énergétiques, tels que l'hydrogène liquide. La pertinence d'une telle transition dépend toutefois des conditions de marché. Des alternatives sont actuellement développées dans différentes zones portuaires, notamment via l'importation d'ammoniac et son craquage à proximité de l'utilisateur final.