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Bulletin n° : B047 - Question et réponse écrite n° : 0891 - Législature : 56


Auteur Sophie Thémont, PS (07262)
Département Vice-premier ministre et ministre de l'Emploi, de l'Économie et de l'Agriculture
Sous-département Emploi, Économie, Agriculture
Titre Sécurité de l'emploi et évolution des priorités des travailleurs belges.
Date de dépôt23/02/2026
Langue F
Publication question     B047
Date publication 31/03/2026, 20252026
Statut questionRéponses reçues
Date de délai27/03/2026

 
Question

Les derniers chiffres du SPF Emploi montrent qu'en 2025, 8.480 travailleurs ont perdu leur emploi dans le cadre de licenciements collectifs. Selon Statbel, 29.842 emplois supplémentaires ont été supprimés suite à des faillites. Dans ce contexte d'instabilité croissante, une enquête de Partena Professional révèle que la sécurité de l'emploi est devenue le premier facteur de fidélité envers l'employeur (52,6 %), bien avant le salaire ou les avantages. Cette tendance semble indiquer que de nombreux travailleurs restent en poste par crainte de perdre leur revenu, dans un marché de l'emploi marqué par les restructurations, la précarité croissante et des perspectives limitées de mobilité professionnelle. 1. Votre administration dispose-t-elle d'analyses récentes quant à l'évolution des priorités des travailleurs en matière d'emploi, notamment dans un contexte d'insécurité accrue? 2. Comment évaluez-vous l'impact des restructurations et faillites sur la qualité de l'emploi et les opportunités de mobilité professionnelle? 3. Ces données mettent-elles en évidence des catégories de travailleurs particulièrement exposées à une fidélité "contrainte" liée à la peur de perdre tout revenu? 4. Quelles mesures entendez-vous prendre pour renforcer la sécurité de l'emploi et éviter que la volatilité économique ne conduise à davantage de précarité? 5. Quelles initiatives sont prévues pour soutenir des parcours professionnels stables et attractifs, afin que la fidélité à l'employeur ne résulte pas uniquement de l'insécurité sociale?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B048
Date publication 09/04/2026, 20252026
Réponse

1. Mon administration, le SPF Emploi, Travail et Concertation sociale (SPF ETCS), ne dispose pas elle-même de ces données. Outre l'analyse de Partena, il y a les études récentes de Securex et de Randstad, ainsi que de données issues de l'enquête européenne sur les conditions de travail réalisée par Eurofound. Ces études montrent en effet que la sécurité de l'emploi est un facteur important pour les travailleurs belges, d'autant plus en période de conjoncture économique difficile. Il ne s'agit toutefois pas du facteur le plus important dans toutes les études. Selon le Workmonitor 2026 de Randstad, l'équilibre entre vie professionnelle et vie privée est mentionné comme la principale raison de rester dans son emploi actuel. En outre, l'enquête d'Eurofound montre que les travailleurs belges accordent autant d'importance à la sécurité de l'emploi que la moyenne européenne. 2. En 2018, le SPF ETCS a analysé l'impact des restructurations sur les travailleurs concernés. Les données montrent que les personnes qui perdent leur emploi dans le cadre d'une procédure de restructuration retrouvent plus rapidement du travail que celles qui se retrouvent au chômage pour une autre raison. Cela pourrait s'expliquer par les mesures d'accompagnement obligatoires en cas de restructuration (la politique de gestion active des restructurations). Des études sur la mobilité professionnelle, telles que celles du SPF ETCS (2022) et de HIVA (2019), soulignent en effet l'importance d'un accompagnement professionnel proactif. 3. Diverses études indiquent que les trajectoires professionnelles peuvent évoluer avec l'âge. Les travailleurs expérimentés peuvent, dans certains cas, rencontrer des transitions plus longues entre deux emplois, notamment en raison de facteurs liés au marché du travail ou à l'adéquation des compétences. Cela peut contribuer à une plus grande prudence face aux changements professionnels. Dans ce contexte, il est essentiel de continuer à renforcer les politiques d'accompagnement et de valorisation des compétences des travailleurs de plus de 55 ans, afin de soutenir leur mobilité et leur maintien durable dans l'emploi. Ces personnes ont en outre plus de difficultés à trouver un nouvel emploi avec un salaire identique ou supérieur. Parallèlement, les enquêtes montrent que la majorité des travailleurs belges préfèrent un niveau élevé de sécurité de l'emploi, ce qui indique qu'il existe généralement une mentalité qui incite à éviter les risques dans la carrière. Tout comme les jeunes, les personnes hautement qualifiées sont un peu plus mobiles que la moyenne, ce qui s'explique peut-être par une offre d'emploi plus importante pour ces profils. En outre, la mobilité est légèrement plus élevée pour les personnes dont la rémunération est relativement faible dans leur profession actuelle, dont les tâches ne sont pas liées aux tâches principales de leur fonction, qui s'investissent beaucoup dans leur profession (p. ex. formation) et qui exercent un deuxième emploi en plus de leur emploi principal. En d'autres termes, des facteurs tant push que pull peuvent influencer la probabilité de changer d'emploi, et les données ne nous permettent pas de déterminer si la décision de partir ou de rester relève du travailleur ou de l'employeur. 4. Votre question met en évidence le délicat équilibre que nous devons trouver entre une protection solide des travailleurs et un degré adéquat de flexibilité tant pour les travailleurs que pour les employeurs. Notre sécurité sociale et le soutien des services régionaux de l'emploi pour matcher les personnes avec le bon emploi sont des leviers importants à cet égard. Mais pour renforcer encore davantage cette approche, à partir du 1er mars, les travailleurs belges qui démissionnent pourront prétendre à une indemnité de chômage une fois dans leur carrière. Les personnes qui se sentent coincées dans un emploi qu'elles souhaitent quitter auront ainsi plus de chances de trouver un autre emploi ou de suivre une formation, sans que cela ait de conséquences lourdes sur leurs revenus. 5. Comme nous l'avons déjà mentionné, divers facteurs entrent en ligne de compte dans la décision de changer ou non d'emploi. Les travailleurs belges sont légèrement moins mobiles que les autres, ce qui s'explique notamment par une mobilité géographique limitée, des différences de mentalité, une législation forte en matière de protection du travail et un système de détermination des salaires qui accorde une grande importance à l'ancienneté. Comme nous ne devons évidemment pas miser sur n'importe quelle forme de mobilité, mais plutôt nous efforcer de faire en sorte que la bonne personne se trouve au bon endroit, le gouvernement fédéral, en collaboration avec les régions et les partenaires sociaux, continue à moderniser le droit du travail et à miser sur une politique active du marché de l'emploi. Les différentes réformes du marché du travail mises en oeuvre cette année s'inscrivent dans cette ambition.