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Question et réponse écrite n° : 0128 - Législature : 56


Auteur Gilles Foret, MR (06712)
Département Ministre des Classes moyennes, des Indépendants et des PME
Sous-département Classes moyennes, Indépendants,PME
Titre Le risque accru de burn-out chez les indépendants (QO 008710C).
Date de dépôt18/02/2026
Langue F
Statut questionRéponses reçues
Date de délai20/03/2026

 
Question

Depuis plusieurs années, les signaux d'alarme s'accumulent concernant la santé mentale des indépendants et chefs d'entreprise en Belgique. Horaires à rallonge, pression financière constante, charge administrative lourde et isolement professionnel exposent cette catégorie de travailleurs à un risque accru de stress chronique, d'épuisement professionnel et de burn-out. Une étude de l'Université de Liège avait déjà démontré en 2012 que les indépendants présentaient des indicateurs de santé mentale plus préoccupants que la moyenne de la population active, en raison notamment du manque de sommeil, de l'absence d'activité physique régulière et du nombre d'heures travaillées par semaine. Plus récemment, un article de Trends-Tendances (septembre 2024) confirmait que, malgré un haut niveau de satisfaction au travail, les indépendants restent fortement exposés au burn-out, davantage encore que les salariés. Ce constat est préoccupant non seulement pour la santé publique, mais également pour l'économie nationale, car les indépendants constituent une part essentielle du tissu entrepreneurial et de la création de richesse en Belgique. Or, les dispositifs de prévention et d'accompagnement restent encore très limités pour cette catégorie de travailleurs, qui ne bénéficient pas toujours du même accès aux programmes de bien-être ou de prévention existants pour les salariés. 1. Partagez-vous l'analyse selon laquelle les indépendants constituent un public prioritaire en matière de prévention du burn-out et d'accompagnement psychologique? 2. Des concertations spécifiques ont-elles été menées avec les organisations patronales et professionnelles afin d'identifier les leviers concrets pour réduire la charge psychosociale pesant sur les indépendants? 3. Le gouvernement fédéral envisage-t-il de mettre en place une campagne de sensibilisation nationale, en collaboration avec les mutuelles, les organisations professionnelles et les caisses sociales, afin d'informer les indépendants sur les signes précurseurs du burn-out et sur les services d'aide disponibles? 4. Une meilleure coordination interfédérale (notamment avec les régions, compétentes en matière d'accompagnement économique) est-elle envisagée pour développer des outils conjoints de prévention et de soutien adaptés aux réalités du travail indépendant?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B046
Date publication 23/03/2026, 20252026
Réponse

1. Je partage pleinement le constat selon lequel les travailleurs indépendants constituent un public particulièrement exposé aux risques de stress chronique, d'épuisement professionnel et de burn-out. Les indépendants assument en effet souvent une charge de travail importante, une pression financière élevée et des responsabilités multiples, parfois dans un contexte d'isolement professionnel. C'est pourquoi la promotion du bien-être mental au travail constitue une priorité pour le gouvernement. Dans ce cadre, plusieurs initiatives ont été développées ces dernières années afin de renforcer la résilience mentale de l'ensemble de la population active, y compris les travailleurs indépendants. En 2021, le Conseil des ministres a approuvé le plan d'action fédéral "Bien-être mental au travail". Ce plan vise notamment à renforcer la détection précoce du stress et du burn-out et à mettre en oeuvre des mesures de prévention des risques psychosociaux au travail pour l'ensemble des travailleurs, qu'ils soient salariés, fonctionnaires ou indépendants. Dans ce cadre, un Réseau fédéral Mental Health@Work, coordonné par le SPF Sécurité sociale, a été mis en place. Il rassemble l'ensemble des institutions fédérales concernées afin de favoriser une approche intégrée, coordonner les initiatives et formuler des recommandations en matière de bien-être mental au travail. 2. S'agissant plus spécifiquement des travailleurs indépendants, plusieurs initiatives concrètes ont été mises en oeuvre en concertation avec les organisations représentatives du secteur. En 2023, plusieurs caisses d'assurances sociales ont mené des projets pilotes visant à renforcer la prévention des risques psychosociaux chez les indépendants. Les caisses d'assurances sociales, qui sont en contact direct avec les travailleurs indépendants, jouent en effet un rôle essentiel dans l'identification précoce de leurs besoins et dans leur accompagnement. Ces projets pilotes ont permis de sensibiliser les indépendants aux risques liés au stress et au burn-out et de leur fournir des outils pour éviter de tomber en incapacité de travail. Ils ont porté à la fois sur la prévention primaire, visant à éviter les situations à risque, et sur la prévention secondaire, destinée à accompagner les travailleurs indépendants présentant un risque accru ou se trouvant déjà dans une situation de vulnérabilité. L'évaluation de ces projets pilotes a mis en évidence la nécessité de développer des services structurels en matière de bien-être mental pour les indépendants. C'est pourquoi, depuis le 1er janvier 2024, une nouvelle mission légale a été confiée aux caisses d'assurances sociales: sensibiliser et soutenir les travailleurs indépendants afin de promouvoir leur bien-être mental dans l'exercice de leur activité professionnelle. Cette mission a été mise en place en concertation avec les organisations d'indépendants. Dans ce cadre, les caisses d'assurances sociales reçoivent une allocation annuelle afin de mettre en oeuvre différents services. Ceux-ci comprennent notamment des actions de sensibilisation et de promotion, l'orientation vers des dispositifs d'aide et de soutien, ainsi que des actions de prévention primaire via la formation de leurs collaborateurs. D'autres services, actuellement facultatifs, portent notamment sur la détection précoce, le dépistage et la prévention secondaire. Un rapport d'activité annuel relatif à l'exécution de cette mission est transmis au service d'audit externe de l'Institut national d'assurances sociales pour travailleurs indépendants, qui en assure l'évaluation. Les résultats de cette évaluation sont ensuite examinés par le comité général de gestion pour le statut social des indépendants, au sein duquel siègent les organisations représentatives du secteur, avant de m'être transmis. Par ailleurs, les indépendants peuvent également bénéficier de l'offre de soins psychologiques de première ligne, développée dans le cadre d'une convention avec l'Institut national d'assurance maladie-invalidité (INAMI). Cette offre vise à rendre les soins psychologiques plus accessibles, tant en termes de disponibilité que de coût. Elle permet de bénéficier d'un soutien en matière de bien-être psychique ou de soins plus spécialisés lorsque cela s'avère nécessaire. Le projet pilote "Stress, Travail et Première ligne" vient compléter ce dispositif. Il vise à analyser dans quelle mesure les problématiques liées au travail et à l'incapacité de travail peuvent être intégrées dans les soins psychologiques de première ligne. En outre, les indépendants confrontés à des troubles psychiques modérés à sévères peuvent également bénéficier de la méthodologie Individual Placement and Support. Cette approche vise à accompagner les personnes concernées vers un retour au travail le plus rapidement possible, tout en leur offrant un accompagnement individualisé et soutenu. 3. En ce qui concerne la sensibilisation et la prévention, plusieurs initiatives sont déjà en cours. Au sein de l'INAMI, un groupe de travail mixte consacré à la réintégration des travailleurs indépendants en incapacité de travail a été mis en place. Il rassemble différents acteurs concernés, notamment les organisations d'indépendants, les mutualités et les administrations. Ce groupe de travail vise à identifier les problématiques spécifiques auxquelles sont confrontés les indépendants et à formuler des propositions concrètes en matière de prévention et de réintégration. Plus largement, le gouvernement s'est engagé à renforcer la politique de retour au travail dans notre pays. Lors du conclave budgétaire, une quatrième vague de mesures a ainsi été décidée afin de soutenir cette politique. Ce plan met notamment l'accent sur la prévention, avec l'extension de l'offre de soins psychologiques de première ligne, ainsi que sur un suivi plus efficace et plus régulier des personnes reconnues en incapacité de travail depuis longtemps. Dans ce cadre, la problématique du burn-out sera également abordée dans une perspective plus large, afin de mobiliser l'ensemble de l'expertise disponible et de renforcer la coordination des initiatives existantes. Ces actions seront coordonnées par le Réseau fédéral Mental Health@Work. 4. Enfin, s'agissant de la coordination interfédérale, celle-ci constitue effectivement un élément important. Il existe déjà aujourd'hui une collaboration avec les régions, qui sont compétentes notamment en matière d'emploi, de formation et d'accompagnement économique. Cette collaboration est notamment essentielle dans le cadre de l'élaboration de trajectoires de retour au travail adaptées et de qualité. La dimension interfédérale continuera d'être prise en compte dans la mise en oeuvre des nouvelles mesures, notamment dans le cadre de la quatrième vague de la politique de retour au travail. L'objectif reste clair, mieux accompagner les travailleurs indépendants confrontés à des difficultés liées au stress ou à l'épuisement professionnel, renforcer les dispositifs de prévention et soutenir leur retour à l'activité dans les meilleures conditions possibles.

 
Descripteurs EurovocPREVENTION DES MALADIES | POLITIQUE DE LA SANTE | PROFESSION INDEPENDANTE | SANTE PUBLIQUE | STATISTIQUE | TENSION MENTALE | SANTE MENTALE