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Bulletin n° : B045 - Question et réponse écrite n° : 0839 - Législature : 56


Auteur Hervé Cornillie, MR (06318)
Département Vice-premier ministre et ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, chargé de la Lutte contre la pauvreté
Sous-département Aff. sociales, Santé publ., Lutte contre la pauvreté
Titre Conservateurs alimentaires. - Risques de cancer et de diabète (QO 012376C).
Date de dépôt03/02/2026
Langue F
Publication question     B045
Date publication 13/03/2026, 20252026
Statut questionRéponses reçues
Date de délai06/03/2026

 
Question

Deux études françaises menées par l'Inserm auprès de plus de 100.000 participants, publiées en janvier 2026, établissent une association entre la consommation de certains additifs conservateurs couramment utilisés dans les aliments industriels (nitrites, sulfites, sorbates) et un risque accru de certains cancers et le diabète. Les résultats montrent une augmentation d'environ un tiers du risque de cancer de la prostate associée au nitrite de sodium (E250), ainsi qu'un risque de diabète multiplié par deux en cas de consommation régulière de sorbate de potassium (E202). Si ces risques restent modérés à l'échelle individuelle sans conclure formellement à un lien de causalité, leur impact potentiel en santé publique est jugé significatif (omniprésence dans l'alimentation). Les auteurs soulignent le caractère inédit et robuste de ces travaux, tout en appelant à une interprétation prudente. Ils estiment que l'usage de ces additifs est aujourd'hui très fréquent et insuffisamment évalué au regard de leurs effets à long terme. Dans un contexte de débats sur la régulation des aliments ultra-transformés et de blocage récent de certaines initiatives publiques en France, ces études plaident pour une réévaluation de l'encadrement des additifs, incluant d'éventuelles limites plus strictes, ainsi qu'un renforcement des politiques de prévention et d'information. 1. Avez-vous pris connaissance de ces études? 2. Les risques sanitaires liés à l'usage de ces additifs sont-ils suffisamment évalués/pris en compte dans les politiques de santé publique et de sécurité alimentaire? 3. La Belgique envisage-t-elle de soutenir une réévaluation des additifs concernés, notamment le nitrite de sodium (E250) et sorbate de potassium (E202), en vue d'un éventuel durcissement des seuils autorisés? 4. Quelle est la position de la Belgique dans les discussions UE relatives à l'encadrement des aliments ultra-transformés et à l'utilisation des additifs? 5. Des mesures sont-elles envisagées pour renforcer l'information des consommateurs (étiquetage plus lisible, campagnes de prévention)? 6. Quelles initiatives comptez-vous prendre pour intégrer ces nouvelles données dans les stratégies belges de prévention des cancers et du diabète, en coordination avec les régions compétentes en matière de nutrition et de promotion de la santé?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B047
Date publication 31/03/2026, 20252026
Réponse

1. Les experts du SPF Santé publique ont effectué une analyse de ces publications de l'INSERM. On peut dire que les résultats de cette étude doivent être interprétés avec précaution. En effet, les méthodes de cohorte épidémiologique rétrospective ou prospective, comme c'est le cas pour l'étude de l'INSERM, sont intéressantes pour explorer les effets de l'exposition combinée à plusieurs substances mais elles permettent rarement d'établir un lien de causalité et elles peuvent être biaisées par des facteurs de confusion dit confounding factor. 2. Les additifs alimentaires sont réglementés au niveau européen afin d'assurer le niveau le plus élevé de protection de la santé des consommateurs comme le prévoit le Traité sur l'Union Européenne. Ils sont réévalués conformément au programme de réévaluation qui a été établi par le Règlement (UE) No 257/2010 et qui est en cours depuis 2010. Il s'agit d'un processus continu au cours duquel les conditions d'utilisation des additifs existants sont mises à jour (p. ex. le dioxyde de titane, l'ascorbate de sodium, etc.) sur la base des données scientifiques les plus récentes. 3. En ce moment, il n'y a aucune raison pour durcir les conditions d'utilisation du nitrite de sodium et du sorbate de potassium. La réévaluation des nitrites a déjà été effectuée par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). La Commission européenne, en collaboration avec les autorités des États membres, ont pris des mesures de suivi. Des conditions d'utilisation plus strictes ont été introduites pour les nitrites dans la législation et elles sont d'application depuis le 9 octobre 2025 (voir https://www.health.belgium.be/fr/actualites/2025-10-moins-nitrites-nitrates-nos-aliments). Leurs spécifications ont aussi été adaptées et elles sont applicables depuis le 29 octobre 2023. La réévaluation des sorbates a également été finalisée. Leurs spécifications ont été adaptées avec des limites plus basses pour les teneurs en métaux lourds et elles sont applicables depuis le 27 avril 2025. Par contre, il n'a pas été jugé nécessaire de renforcer leurs conditions d'utilisation. 4. Il n'existe pas d'initiative législative de la Commission européenne visant à encadrer spécifiquement les aliments dits ultra-transformés (UPF). Il n'existe pas non plus de définition et de classification normalisée des UPF. À ce sujet, il est utile de mentionner que l'ANSES a conclu, dans un avis de 2024, que les défauts de la classification NOVA, et des autres systèmes de classification, pour les UPF et la faiblesse des preuves obtenues par des études qui utilisent ces classifications, ne peut pas servir directement de base à la construction d'outils ou de stratégie de prévention des maladies chroniques non transmissibles. Aucun lien de causalité n'a été démontré par l'étude de l'INSERM, mais uniquement des associations. Par conséquent, elle ne permet pas d'attribuer ces associations à la présence d'additifs ou d'une autre substance dans les des aliments étudiés. Le SPF Santé publique, qui représente la Belgique dans les processus normatifs européens, mène une politique qui vise à protéger au maximum la santé des consommateurs. Dans le domaine législatif sur les additifs, il attache une grande importance au programme de réévaluation, il soutient l'interdiction des additifs lorsqu'ils sont évalués dangereux par l'EFSA, ou lorsqu'il n'y a pas de confirmation de leur sécurité, il défend un renforcement des conditions d'utilisation lorsque les quantités ingérées d'un additif pourrait dépasser la dose journalière acceptable et il plaide pour des spécifications très strictes en ce concerne la présence d'impuretés toxiques. La même politique est menée dans le domaine législatif relatif à la présence de contaminants toxiques dans les denrées alimentaires, qu'elles soient transformées ou non. 5. En ce qui concerne l'information du consommateur, le règlement (UE) No 1169/2011, dit Règlement FIC, constitue un cadre suffisant. 6. Comme je viens de le dire, les experts du SPF Santé publique ont examiné les résultats de l'étude de l'INSERM. Ils ne permettent pas d'établir un lien de causalité entre la consommation de certains additifs conservateurs présents dans l'alimentation et un risque accru de certains cancers et le diabète. De plus, des facteurs de confusion non mesurés ou résiduels ne peuvent pas être exclus. Cette analyse figure par ailleurs dans une publication de scientifiques de l'université de Harvard du 7 janvier 2026. Par ailleurs, une seule étude n'est pas suffisante pour mettre en place une stratégie et des mesures de protection de la santé au niveau national.