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Question et réponse écrite n° : 0396 - Législature : 56


Auteur Charlotte Deborsu, MR (08138)
Département Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Coopération au développement
Sous-département Aff. étrangères, Aff. europ. et Coop. dévelop.
Titre Les mutilations génitales féminines en Gambie (QO 013114C).
Date de dépôt17/02/2026
Langue F
Statut questionRéponses reçues
Date de délai20/03/2026

 
Question

Alors que la Gambie avait franchi un pas important en interdisant officiellement les mutilations génitales féminines (MGF), une partie de la classe politique gambienne tente aujourd'hui de revenir en arrière, au nom d'arguments profondément nauséabonds: le respect des coutumes ancestrales et la non-immixtion de l'État dans la religion de la population. Certes, cette interdiction était encore trop peu appliquée et les condamnations restaient rares. Mais, c'était un début, un signal. Car les MGF ne sont pas une tradition: ce sont des violences. Des pratiques brutales d'un autre temps, qui, en Gambie, coûtent la vie à une fille toutes les douze minutes. Le risque d'une dépénalisation est aujourd'hui bien réel. Et au-delà de la Gambie, c'est l'effet domino dans toute la région qui inquiète, dans un contexte de regain de conservatisme, de traditionalisme et d'un patriarcat que l'on espérait dépassé. 1. Quelle est la nature des contacts avec les autorités gambiennes? Cette question a-t-elle été abordée lors de nos échanges diplomatiques? 2. La Belgique, seule ou dans le cadre de l'Union européenne, dispose-t-elle de leviers pour soutenir les forces politiques et les associations locales qui se battent pour préserver ces acquis, déjà fragiles et insuffisamment respectés? 3. Plus largement, observez-vous au sein du pays un recul des droits et des protections des femmes, qui restent pourtant extrêmement vulnérables? 4. Même si la Gambie est un pays anglophone, une grande partie de la région est francophone: constatez-vous également dans ces États des dynamiques similaires, marquées par des élans traditionalistes dangereux pour la santé et les droits fondamentaux des femmes?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B045
Date publication 13/03/2026, 20252026
Réponse

La protection et la promotion des droits sexuels et reproductifs des femmes et des jeunes filles constituent un volet essentiel de la politique extérieure de la Belgique en matière de droits humains. Mes services poursuivent activement leur plaidoyer en ce sens, tant au niveau bilatéral qu'au sein des enceintes multilatérales. S'agissant des mutilations génitales féminines (MGF), le Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) mène, en collaboration avec l'UNICEF, le plus important programme international visant à accélérer l'abandon de cette pratique. La Coopération belge soutient notamment les mandats du FNUAP et de l'UNICEF au moyen de contributions à leurs fonds réguliers. Concernant les développements récents en Gambie, et en particulier la possible dépénalisation des mutilations génitales féminines, nos services à Dakar et à Bruxelles suivent la situation de très près. La Cour suprême gambienne devrait prochainement se prononcer sur l'éventuelle annulation de la loi pénalisant les MGF. Malgré les réformes législatives récentes visant à renforcer le rôle des femmes dans les secteurs public et politique, la discrimination et les violences fondées sur le genre demeurent répandues et compromettent la mise en oeuvre effective de ces réformes. Nous resterons attentifs à ces évolutions. La Belgique n'a pas d'ambassade en Gambie et s'inscrit pleinement dans l'action de l'Union européenne dans ce pays. La question des mutilations génitales féminines a notamment été soulevée auprès des autorités gambiennes lors du dernier dialogue de partenariat UE-Gambie en mai 2025. À cette occasion, l'Union européenne a exprimé ses préoccupations et plaidé pour le maintien de la loi pénalisant les MGF. Lors des contacts bilatéraux entre la Gambie et la Belgique, nous veillons également à aborder la question du respect des droits humains. Sur le plan multilatéral, la Belgique plaide auprès de nombreux États pour la pleine réalisation de la santé et des droits sexuels et reproductifs. Nous utilisons notamment le mécanisme de l'Examen périodique universel (EPU). Ainsi, lors du dernier EPU de la Gambie en janvier 2025, la Belgique a recommandé aux autorités gambiennes d'intensifier leurs efforts pour lutter efficacement contre les mutilations génitales féminines. Cette recommandation n'a pas été acceptée, ce que nous regrettons. S'agissant plus largement de l'évolution mondiale, je partage vos préoccupations quant aux tendances qui restreignent les droits des femmes et des jeunes filles. L'influence croissante des mouvements antigenre et les attaques contre l'égalité de genre feront l'objet d'un suivi attentif de la part de mes services. Nous conserverons une approche durable dans notre soutien aux droits sexuels et reproductifs des femmes, en tenant compte des spécificités de chaque contexte national. Nous continuerons également à plaider en faveur de ces droits auprès des autorités gambiennes, ainsi que d'autres États, lors de nos échanges bilatéraux et au sein des enceintes multilatérales.