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Bulletin n° : B043 - Question et réponse écrite n° : 0793 - Législature : 56


Auteur Gilles Foret, MR (06712)
Département Vice-premier ministre et ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, chargé de la Lutte contre la pauvreté
Sous-département Aff. sociales, Santé publ., Lutte contre la pauvreté
Titre Jeunes travailleurs. - L'explosion des incapacités de travail liées à la santé mentale (QO 011952C).
Date de dépôt15/01/2026
Langue F
Publication question     B043
Date publication 27/02/2026, 20252026
Statut questionRéponses reçues
Date de délai20/02/2026

 
Question

Une étude récente des Mutualités Libres met en lumière une évolution particulièrement préoccupante: les incapacités de travail chez les jeunes de 18 à 34 ans augmentent à un rythme inédit, principalement en raison de troubles psychosociaux tels que le burn-out, la dépression ou l'anxiété. Entre 2018 et 2024, le burn-out a plus que doublé dans cette tranche d'âge, avec une hausse de 136 %, et près de 40 % des nouvelles incapacités de travail chez les jeunes sont désormais liées à ces troubles. Cette situation marque une véritable rupture générationnelle. Les jeunes travailleurs basculent plus rapidement en incapacité, et une part non négligeable de ces situations évolue vers une invalidité de longue durée. L'étude identifie plusieurs facteurs explicatifs: une transition parfois brutale entre études et emploi, un sentiment d'insécurité professionnelle, l'isolement accru par le télétravail, le manque de reconnaissance en début de carrière, ainsi qu'une hyperconnectivité permanente qui altère le repos mental et le sommeil. Si ces constats relèvent en partie de dynamiques sociétales plus larges, ils interrogent aussi l'organisation du travail, la prévention en entreprise et l'accompagnement des jeunes travailleurs par notre système de soins et de sécurité sociale. 1. Comment analysez-vous cette dégradation rapide de la santé mentale des jeunes actifs? 2. Quelles mesures spécifiques sont aujourd'hui mises en oeuvre ou envisagées pour mieux prévenir les incapacités de travail liées aux troubles psychosociaux chez les jeunes? 3. Comment renforcer, de manière équilibrée, la responsabilité des employeurs, l'encadrement du télétravail et l'accès précoce à des trajets de soins adaptés?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B053
Date publication 15/06/2026, 20252026
Réponse

1. Les risques psychosociaux et leurs causes relèvent de la compétence de mon collègue, le ministre de l'Emploi et de son administration, le SPF Emploi, Travail et Concertation sociale (ETCS). Cela étant dit, il peut être fait référence à une étude scientifique pertinente, à savoir le cinquième cycle de l'Étude longitudinale de l'Observatoire sur la santé et le mieux-être au travail (ELOSMET). Cette étude a suivi 86 milieux de travail canadiens et a porté sur un total de 1.466 travailleurs âgés de 18 ans et plus, interrogés entre le 3 octobre 2023 et le 21 avril 2025. Elle présente des résultats provisoires relatifs à la contribution de facteurs liés au travail, hors travail et individuels à deux indicateurs de santé mentale: la détresse psychologique et le burn-out. En ce qui concerne les facteurs liés au milieu de travail, les éléments suivants sont identifiés comme des facteurs de protection importants pour la santé mentale: des exigences physiques plus élevées, le soutien de la hiérarchie, la reconnaissance du travail accompli et le fait de travailler dans une organisation dont les pratiques et procédures reposent sur des principes d'équité. À l'inverse, les facteurs de risque associés à une augmentation des symptômes de troubles de la santé mentale comprennent notamment des exigences psychologiques telles qu'une charge de travail élevée, un rythme de travail soutenu, des exigences contradictoires, des conflits interpersonnels et l'insécurité de l'emploi. S'agissant des facteurs extérieurs au travail, la santé mentale devient plus fragile à mesure qu'il est difficile de concilier vie professionnelle et vie familiale et que les tensions avec le partenaire et les enfants augmentent. Selon cette étude, le conflit entre le travail et la famille constitue le seul facteur significatif associé au burn-out. En ce qui concerne les facteurs individuels, les résultats indiquent qu'un âge plus élevé et un capital psychologique plus important (caractérisé notamment par l'espoir, l'auto-efficacité, l'optimisme et la résilience) sont associés à une perception moindre de problèmes de santé mentale. Cette étude suggère donc dès lors que les jeunes pourraient être davantage exposés à un risque accru de perception de problèmes de santé mentale. En revanche, le fait d'être une femme et de présenter un état de santé fragilisé en raison d'une ou de plusieurs maladies chroniques est plus fréquemment associé à une perception accrue de problèmes de santé mentale. 2. Le Plan global de Prévention et de Retour au travail doit permettre d'agir de manière préventive, avant l'apparition de la maladie, mais également d'éviter que les personnes présentant des problèmes de santé ne soient absentes durablement du travail. Ce plan vise également à faciliter une reprise rapide du travail, le cas échéant partielle, et à soutenir les personnes gravement malades dans leur trajet de retour au travail (RAT). Les mesures seront déployées dans le cadre des troisième et quatrième vagues de réformes. Nous voulons y rappeler à chacun ses responsabilités : non seulement les médecins, les mutualités et les travailleurs, mais aussi les employeurs. Dès le début de l'incapacité de travail, des actions rapides sont mises en place afin de garantir un dialogue constructif entre le médecin traitant, le médecin-conseil et le médecin du travail. Cela leur permet de réfléchir conjointement aux possibilités d'un trajet RAT, en tenant compte de l'état de santé et du potentiel de travail du jeune. Le fit-note et la plateforme TRIO renforcent cette communication et favorisent la coopération (continue) entre les parties concernées. Mieux vaut prévenir que guérir. Dans le but de prévenir et accompagner autant que possible l'incapacité de travail de longue durée chez les jeunes présentant des problèmes psychiques, je vous présente ci-dessous quelques initiatives concrètes susceptibles d'y contribuer: - L'étude EPCAP (Evaluation of Primary Care Psychology) a mis en évidence l'importance des interventions psychologiques précoces. Les jeunes peuvent également recourir à l'offre de soins psychologiques de première ligne de l'Institut national d'assurance maladie-invalidité (INAMI). Il s'agit de soins psychologiques de première ligne, tant en matière de bien-être psychique que de soins plus spécialisés en cas de troubles psychiques sous-jacents. En référence aux conclusions de l'étude des Mutualités libres (O.A. 500), les psychologues de première ligne peuvent également jouer un rôle face aux attentes trop élevées que les jeunes s'imposent à eux-mêmes et que leur environnement leur impose. Afin d'atteindre les jeunes le plus rapidement et efficacement, nous augmentons le budget de la convention soins psychologiques de première ligne de 16,9 millions euros d'ici 2030. Grâce à cet investissement, nous pouvons éviter, via des interventions rapides et accessibles, que des jeunes se retrouvent en incapacité de longue durée ou tombent dans l'absentéisme. En outre, le caractère proactif et de proximité du fonctionnement des ELP sera renforcé. - Le projet pilote "Stress, Travail et Première Ligne" (INAMI) constitue une initiative complémentaire dans ce cadre. Il vise à examiner dans quelle mesure le travail et l'incapacité de travail peuvent jouer un rôle au sein de la convention de soins psychologiques de première ligne, via des cellules de référence, un module d'information (webinaire) et des intervisions multidisciplinaires. Cette approche sensibilise les médecins généralistes et les psychologues de première ligne, et soutien aussi, indirectement les patients - y compris les jeunes - en ce qui concerne leur santé mentale et leur retour au travail. Ce projet pose ainsi les premières étapes en vue d'accorder au sein de la première ligne davantage d'attention en ce qui concerne le thème du travail et de l'incapacité de travail. - Enfin, l'Agence fédérale des risques professionnels (Fedris) propose déjà un programme de prévention du burn-out destiné aux travailleurs du secteur privé ainsi qu'aux administrations locales et provinciales qui rencontrent des difficultés au travail ou qui ont interrompu leur activité professionnelle depuis moins de deux mois. Ce trajet d'accompagnement comprend un ensemble de mesures axées tant sur la personne que sur l'environnement de travail. Ce programme a pour objectif de permettre aux travailleurs de rester au travail ou de reprendre le travail le plus rapidement possible. Celui-ci est également ouvert aux jeunes. - Pour les jeunes présentant des problématiques psychiques modérées à sévères, un accompagnement intensif est prévu via la méthodologie Individual Placement and Support (IPS). Ce modèle accompagne les jeunes vers l'emploi le plus tôt possible et offre un soutien individuel durable après l'obtention d'un emploi. Dans notre politique, nous misons fortement sur la prévention, afin que les jeunes présentant des troubles psychiques ne décrochent pas avant même que leur carrière n'ait réellement commencé. Grâce à cette approche intégrée, qui renforce la prévention, les soins et le soutien, nous aspirons à accompagner de manière optimale les jeunes en incapacité de travail vers un retour durable à l'emploi. 3. Je vous renvoie vers le SPF ETCS pour les questions relatives à la responsabilité des employeurs et aux éléments liés au télétravail. Dans ce contexte, la nouvelle mesure prévue dans le cadre de la réintégration 3.0, à savoir l'obligation pour l'employeur de prendre contact avec les personnes en incapacité de travail, peut être utile pour attribuer également une plus grande responsabilité aux employeurs. En ce qui concerne les questions relatives aux trajets de soins adaptés, je vous renvoie vers la réponse au point 2.