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Question et réponse écrite n° : 0363 - Législature : 56


Auteur Charlotte Deborsu, MR (08138)
Département Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Coopération au développement
Sous-département Aff. étrangères, Aff. europ. et Coop. dévelop.
Titre Bilan de la rencontre avec le secrétaire d'État américain Marco Rubio (QO 012132C).
Date de dépôt21/01/2026
Langue F
Statut questionRéponses reçues
Date de délai20/02/2026

 
Question

Nous traversons une période que l'on peut clairement qualifier de tendue, voire de crise, dans les relations entre l'Union européenne et les États-Unis, à la suite de plusieurs prises de position et déclarations de l'administration américaine. Dans ce contexte, vous avez rencontré à Washington le secrétaire d'État américain, Marco Rubio. Vous avez parlé d'un échange "ouvert et franc". De son côté, le Département d'État américain indique que les discussions ont porté sur le Venezuela, la lutte contre le trafic de drogue et les négociations de paix à Gaza. 1. Quels messages clairs et concrets avez-vous portés au nom de la Belgique lors de cet échange qualifié d'"ouvert et franc"? 2. Comment cette rencontre s'inscrit-elle dans la volonté de la Belgique de préserver une relation transatlantique solide, alors même que les tensions entre l'Union européenne et l'administration américaine ne cessent de s'accroître? Avez-vous exprimé des préoccupations face aux récentes déclarations et positions de l'administration américaine à l'égard de l'Union européenne? Si tel est le cas, sur quels points précis? 3. Concernant le Venezuela, avez-vous constaté une réelle convergence de vues avec la partie américaine, ou au contraire des divergences, notamment sur les sanctions, le dialogue politique et le respect des droits humains? 4. S'agissant de la lutte contre le trafic de drogue, quels engagements concrets ont été évoqués, au regard du rôle stratégique de la Belgique et du port d'Anvers dans les chaînes logistiques internationales? 5. Sur Gaza, quels messages fermes avez-vous transmis quant à la nécessité d'un cessez-le-feu durable, de l'accès humanitaire et du respect du droit international humanitaire? 6. Le secrétaire d'État américain vous a-t-il apporté des éléments réellement rassurants quant à l'état et aux perspectives des négociations de paix?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B042
Date publication 19/02/2026, 20252026
Réponse

Ma visite à Washington s'est tenue dans un contexte marqué par la publication de la nouvelle Stratégie américaine de Sécurité, l'intervention au Vénézuéla et les déclarations du président Trump au sujet du Groenland. Les échanges que j'ai eus, notamment avec mon homologue, le secrétaire d'État Marco Rubio, ont permis un dialogue franc et direct sur ces enjeux. J'étais d'ailleurs l'un des premiers ministres des Affaires étrangères européens - voire le premier - à pouvoir les aborder directement avec lui. Sur le plan bilatéral, j'ai mis en avant l'excellence de nos relations économiques, le tournant pris par le gouvernement belge en matière de dépenses de défense et les liens profonds entre nos deux pays, honorés notamment par la diplomatie du souvenir. J'ai également rappelé que le statut de la Belgique comme Gateway to Europe' s'accompagne de défis - crime organisé, trafic de drogue, terrorisme - qui donnent lieu à une coopération bilatérale intense avec les États-Unis. S'agissant de la Stratégie nationale de Sécurité américaine, j'ai reconnu la validité de certains éléments, dont les attentes légitimes vis-à-vis des Européens en matière de défense. J'ai toutefois insisté sur le fait que les intérêts européens et américains ne doivent pas être mis en opposition: nous faisons face aux mêmes défis et nous devons nous renforcer mutuellement. C'est pourquoi j'ai fait part de ma préoccupation quant à la manière dont l'Union européenne est présentée dans ce document, et rappelé avec fermeté que toute tentative d'immixtion dans nos processus démocratiques internes est inacceptable. Sur le Vénézuéla, si j'ai admis la nécessité de tourner la page du régime Maduro, j'ai fait part de mes préoccupations quant à la méthode, en soulignant l'importance, pour un pays comme la Belgique, du respect du droit international et notamment de la Charte des Nations Unies. Ces préoccupations résonnaient d'autant plus fortement à la lumière des déclarations du président Trump au sujet du Groenland. J'ai été très clair: si les préoccupations des États-Unis en matière de sécurité dans la région arctique sont compréhensibles, il est inacceptable de remettre en question l'intégrité territoriale d'un pays ami et allié. L'OTAN et les accords de sécurité existants avec le Danemark offrent le cadre approprié pour une coopération étroite et efficace. Entre-temps, comme vous le savez, des discussions trilatérales entre les États-Unis, le Danemark et le Groenland ont été engagées. À propos du Plan de Paix pour Gaza, j'ai salué les résultats obtenus par les États-Unis dans la région tout en soulignant les inquiétudes persistantes concernant l'accès humanitaire et la politique de colonisation israélienne. J'ai également, à l'époque, demandé des éclaircissements sur ce que deviendrait le Board of Peace, et j'ai rappelé que l'Union européenne - qui bénéficie de la confiance de l'Autorité palestinienne - ne peut être réduite à un simple "payeur". Avec l'arrivée de la nouvelle administration américaine, la relation transatlantique connait indéniablement un recalibrage profond. Je reste cependant convaincu de son importance. Nous devons continuer à investir dans ce partenariat. Mais il faut impérativement le rééquilibrer et défendre nos positions avec détermination, y compris par le biais d'échanges ouverts et francs comme ceux que j'ai pu avoir à Washington et que j'entends poursuivre.