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| Auteur | Julien Matagne, LENGAG (07818) |
| Département | Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Coopération au développement |
| Sous-département | Aff. étrangères, Aff. europ. et Coop. dévelop. |
| Titre | La Pax Silica. |
| Date de dépôt | 12/01/2026 |
| Langue | F |
| Statut question | Réponses reçues |
| Date de délai | 13/02/2026 |
| Question |
Les États-Unis ont annoncé la conclusion d'un accord stratégique inédit en matière de chaînes d'approvisionnement liées à l'intelligence artificielle (IA) avec plusieurs partenaires clés de la région Asie-Pacifique tels que le Japon, la Corée du Sud, Singapour et l'Australie ainsi qu'avec Israël. Ce partenariat, baptisé Pax Silica, vise explicitement à sécuriser l'accès aux composants critiques de l'économie de l'IA et à réduire la dépendance stratégique à l'égard de la Chine, laquelle exploite aujourd'hui près de 70 % des terres rares essentielles à ces technologies. Plusieurs autres partenaires occidentaux dont les Pays-Bas, le Royaume-Uni, le Canada et les Émirats arabes unis ont été invités à participer à un sommet à Washington, laissant entrevoir une possible extension de cette initiative. Cette dynamique soulève plusieurs questions majeures pour la Belgique et pour l'Union européenne. D'une part, elle interroge la place de l'Europe dans la structuration des nouvelles architectures géopolitiques de l'IA, alors même que l'Union a fait le choix d'un encadrement normatif ambitieux avec l'AI Act. D'autre part, elle pose la question de la sécurité d'approvisionnement en matières premières critiques, du respect de standards éthiques et juridiques communs, ainsi que de l'autonomie stratégique européenne face à des initiatives portées par des puissances tierces. 1. Quelle analyse faites-vous, avec le SPF Affaires étrangères, de l'initiative américaine Pax Silica, tant sur le plan géopolitique que sur le plan économique et technologique? 2. La Belgique a-t-elle été informée, directement ou via les canaux européens, des contours précis de cet accord et de ses modalités pratiques, notamment en matière de gouvernance, d'accès aux infrastructures et de sécurisation des chaînes d'approvisionnement? 3. Cette initiative a-t-elle été abordée au sein des instances européennes compétentes, notamment au Conseil Affaires étrangères ou au Conseil Compétitivité, et quelle est la position défendue par la Belgique dans ces discussions? 4. Comment évaluez-vous la compatibilité de ce partenariat avec l'approche européenne fondée sur une régulation de l'IA, en particulier au regard de l'AI Act et des exigences européennes en matière d'éthique, de sécurité et de responsabilité? 5. La Belgique envisage-t-elle, seule ou via l'Union européenne, de participer à ce type de partenariat ou à des initiatives analogues visant à sécuriser les chaînes d'approvisionnement de l'IA, notamment en ce qui concerne les semi-conducteurs et les terres rares? |
| Statut | 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée |
| Publication réponse |
B042
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| Date publication | 19/02/2026, 20252026 |
| Réponse |
Tout comme vous, mes services ont suivi de près les annonces faites par le Département d'État américain concernant la création d'une coopération Pax Silica. L'objectif déclaré de cette coalition est de développer et de sécuriser la chaîne de valeur des technologies cruciales, en particulier l'IA, entre pays alignés. Les participants s'engagent à coopérer afin de réduire leur dépendance vis-à-vis de la Chine et leur vulnérabilité face à la coercition économique. Pour l'instant, l'accent semble être mis sur les puces avancées (nécessaires à l'IA) et les matières premières critiques qui y sont associées. Les participants au premier sommet Pax Silica ont donc été invités en raison de leur expertise spécifique ou de leur rôle potentiel, en tant que producteurs, dans des maillons cruciaux de la chaîne de valeur. Cela va de l'extraction de métaux rares (p. ex. l'Australie avec Rio Tinto) à la fabrication d'équipements pour semi-conducteurs (p. ex., les Pays-Bas avec ASML) en passant par la recherche en IA (p. ex. le Royaume-Uni avec DeepMind). Les objectifs présentés concernent la coopération pour renforcer la présence dans les chaînes de valeur, réduire la dépendance vis-à-vis des maillons critiques de la chaîne de valeur et promouvoir l'adoption de technologies "fiables". Les pays qui ont participé au sommet et signé la déclaration Pax Silica sont le Japon, la Corée du Sud, Singapour, le Royaume-Uni, Israël, les Émirats arabes unis et l'Australie. Entre-temps, le Qatar a également signé la déclaration et Taïwan et les États-Unis ont approuvé les principes de la Déclaration Pax Silica dans une "déclaration conjointe". Les Pays-Bas ont participé au sommet, mais ne sont pas encore signataires. Taïwan, l'Union européenne, le Canada et l'Organisation de Coopération et de Développement Économiques ont contribué au sommet en tant qu'invités. La Belgique n'a pas été invitée ni informée de cette initiative. Celle-ci illustre donc parfaitement la tendance croissante des États-Unis à créer, sous leur direction, des "mini-latéraux" autour de questions stratégiques de ce type. Je suis tout à fait d'accord avec la conclusion selon laquelle l'accès à et le contrôle des technologies de pointe telles que l'IA sont essentiels pour notre sécurité physique et économique. De plus, des exemples tels que les restrictions à l'exportation imposées par la Chine sur les métaux rares et l'affaire Nexperia soulignent la nécessité de sécuriser et de garantir l'ensemble de la chaîne de valeur dans ce domaine, tout en misant sur l'innovation continue. En outre, aucun pays ne peut internaliser entièrement cette chaîne de valeur complexe et à forte intensité de capital. L'Europe et les pays alignés doivent coopérer à cet effet et continuer à développer leur propre expertise. Il reste à voir quelles initiatives concrètes découleront de cette alliance. Parmi les mesures envisagées figurent notamment des investissements coordonnés dans des usines, des centres de données ou des projets de raffinage de métaux rares, une réponse coordonnée aux pratiques de dumping, des assurances d'achat, etc. Bien que la Belgique n'ait pas été invitée, nous estimons qu'il est positif que l'UE ait été représentée au sommet. Cette initiative a déjà été évoquée lors des discussions au sein des groupes de travail du Conseil de l'UE, où il a été particulièrement souligné que l'UE devait agir de manière coordonnée et unie sur de telles questions stratégiques. Il est important que l'UE suive la mise en oeuvre de cette initiative afin qu'elle puisse contribuer à garantir la chaîne de valeur et les accords internationaux en la matière, que l'UE décide de le faire en tant que membre, en tant que participant invité ou indépendamment de l'alliance. L'Europe doit également miser sur son innovation dans les technologies critiques et sur la diversification et la sécurisation de ses chaînes d'approvisionnement. Nous devons être ouverts à la technologie des grands acteurs de ce secteur, sans toutefois empêcher les nouvelles PME et start-up européennes de se positionner dans cette chaîne de valeur cruciale. L'UE ne peut pas non plus contrôler seule l'ensemble de la chaîne de valeur et doit coopérer avec des partenaires internationaux, tant ceux qui sont réunis dans l'initiative Pax Silica que les pays alignés en dehors de celle-ci. Étant donné que l'objectif de Pax Silica est de réduire les dépendances et de sécuriser les chaînes d'approvisionnement, il est fondamentalement différent de l'objectif de l'AI Act, qui réglemente l'utilisation de l'IA. En ce sens, les deux initiatives ne sont pas comparables. On peut toutefois faire référence ici au European Chips Act, qui vise à renforcer l'autonomie stratégique de l'UE dans le domaine des semi-conducteurs, à améliorer la sécurité d'approvisionnement et à augmenter la production de puces électroniques dans l'UE. Malgré leur forte convergence sur le fond, les deux initiatives sont également complémentaires en ce que le EU Chips Act se concentre sur les capacités au sein de l'UE, tandis que Pax Silica se concentre sur les chaînes transnationales. Le futur European Chips Act 2.0, prévu pour mars 2026, mettra d'ailleurs encore davantage l'accent sur les capacités de fabrication de pointe dans l'UE. En ce qui concerne les matières premières critiques nécessaires à la réalisation de ces ambitions, je renvoie à la loi sur les matières premières critiques (CRMA) et au plan d'action REsourceEU. Tous deux ont pour objectif principal de garantir l'accès aux matières premières critiques et stratégiques indispensables à la transition verte et numérique. L'UE a déjà pris différentes initiatives pour renforcer sa position dans ces chaînes de valeur. L'action belge s'inscrit avant tout dans le cadre de ces initiatives européennes. Il reste toutefois important de rester ouvert aux partenariats tout en développant ces initiatives européennes conformément à nos propres valeurs et normes. |