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Bulletin n° : B042 - Question et réponse écrite n° : 0756 - Législature : 56


Auteur Julien Matagne, LENGAG (07818)
Département Vice-premier ministre et ministre de l'Emploi, de l'Économie et de l'Agriculture
Sous-département Emploi, Économie, Agriculture
Titre Le Forum BE Prepared de la FEB et l'idée d'un conseil public-privé sur la sécurité économique.
Date de dépôt08/01/2026
Langue F
Publication question     B042
Date publication 19/02/2026, 20252026
Statut questionRéponses reçues
Date de délai13/02/2026

 
Question

La Belgique traverse une période d'incertitude structurelle où la sécurité économique n'est plus une question théorique, mais une réalité quotidienne pour nos entreprises. Les résultats de la Business Risk Survey 2025, réalisée par l'École royale militaire et la Fédération des entreprises de Belgique, sont sans appel. Les cyberattaques, les défaillances techniques des systèmes et les tensions commerciales figurent en tête des menaces identifiées par les entreprises belges, tous secteurs et toutes tailles confondus. Plus préoccupant encore, près de deux tiers des entreprises estiment que le soutien des pouvoirs publics face à ces risques est aujourd'hui inexistant ou insuffisant, tandis que les PME apparaissent structurellement plus vulnérables et moins outillées pour faire face à des crises systémiques. Dans ce contexte, la question n'est plus seulement celle de la prévention sectorielle ou de la gestion de crise a posteriori, mais bien celle d'une gouvernance structurée de la sécurité économique, intégrant pleinement le secteur privé dans l'élaboration des politiques publiques, tout en garantissant un cadre juridique robuste et sécurisé. À cet égard, l'initiative annoncée récemment par le gouvernement japonais mérite toute notre attention. Le Japon prévoit en effet la création, dès l'exercice fiscal 2026, d'un conseil public-privé sur la sécurité économique, doté de compétences étendues couvrant les chaînes d'approvisionnement critiques, les infrastructures essentielles et les risques géopolitiques majeurs. Fait notable, les entreprises participantes seront soumises à des obligations de confidentialité équivalentes à celles des fonctionnaires, assorties de sanctions pénales, afin de permettre un partage d'informations sensibles à un niveau stratégique élevé. Cette approche illustre un changement de paradigme: passer d'une concertation ponctuelle à une coopération institutionnalisée, confidentielle et réactive, capable de se réunir rapidement en cas de menace sur la sécurité économique nationale. Dès lors, au regard des engagements du gouvernement reopening et de l'ambition affichée par le gouvernement fédéral de renforcer la résilience, la compétitivité et l'autonomie stratégique de notre économie, il apparaît légitime de s'interroger sur la manière dont la Belgique pourrait s'inspirer de telles pratiques, en tenant compte de son cadre institutionnel propre et de ses compétences fédérales. 1. Le gouvernement fédéral envisage-t-il la mise en place d'un mécanisme structuré et permanent de concertation public-privé dédié à la sécurité économique, allant au-delà des plateformes sectorielles existantes, et couvrant explicitement les chaînes d'approvisionnement critiques, les infrastructures essentielles et les risques géopolitiques? À l'instar du modèle japonais, une réflexion est-elle en cours sur la création d'un cadre juridique permettant un échange sécurisé et confidentiel d'informations stratégiques entre l'État et certaines entreprises clés, assorti d'obligations de confidentialité renforcées et de garanties juridiques claires? 2. Comment envisagez-vous l'articulation entre une éventuelle stratégie belge de sécurité économique, les compétences régionales, et les initiatives européennes en matière d'autonomie stratégique ouverte? Le gouvernement étudie-t-il la possibilité de créer des mécanismes décisionnels permettant une mobilisation rapide des autorités et des acteurs économiques concernés lorsqu'une menace grave pèse sur la sécurité économique nationale, à l'image des conseils ad hoc prévus au Japon?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B054
Date publication 26/06/2026, 20252026
Réponse

La Belgique et l'UE ont à leur actif de nombreuses initiatives destinées à renforcer la sécurité économique, mais nous avons besoin d'une stratégie holistique assortie d'un mécanisme de suivi. C'est pourquoi j'ai annoncé avec le vice-premier ministre Maxime Prévot le développement d'une proposition de stratégie interfédérale de sécurité économique. En effet, vu l'ampleur des enjeux et la dispersion des différents leviers d'action, tant sur le plan thématique qu'institutionnel, notre réponse doit être interfédérale. La stratégie de sécurité économique est liée à d'autres stratégies ou projets en préparation. Nous veillons à la cohérence sans double emploi par rapport aux processus en cours. Cet exercice se fait dans le respect de la répartition des compétences. Cette liste sera développée en fonction des consultations des parties prenantes: - la Belgique a adopté une Stratégie de sécurité nationale (SSN) au niveau fédéral en 2021, actuellement évaluée et mise à jour. La SSN constituera une stratégie couplée au niveau macro, dans laquelle une sous-stratégie de sécurité économique pourrait approfondir l'orientation stratégique et la traduire en actions opérationnelles concrètes, assorties d'un suivi. Cela reste donc un processus distinct, mais qui fait l'objet d'une coordination sur le fond; - en 2023, l'Union européenne a adopté une Stratégie européenne de sécurité économique. Elle fournit un cadre pour l'évaluation et la gestion des risques liés à la sécurité économique, tout en veillant à préserver et à renforcer le dynamisme de notre économie. À travers la nouvelle communication "Renforcer notre sécurité économique" de 2025, la Commission européenne entend mobiliser l'éventail d'instruments de politique publique, au-delà de leurs objectifs initiaux, afin de renforcer notre sécurité économique; - cohérence avec le plan MAKE 2025-2030, de l'accord de gouvernement fédéral, qui vise à mobiliser l'industrie belge pour renforcer notre autonomie stratégique ouverte et la résilience économique du pays. En coopération avec les régions et les acteurs économiques, le projet interfédéral vise à identifier les défis industriels, à proposer des actions de nature à renforcer notre compétitivité et à suivre leur mise en oeuvre. La stratégie de sécurité économique pourra s'appuyer sur ces travaux existants; - cohérence avec le Plan national pour la reprise et la résilience et avec la plateforme sur les menaces hybrides, où la sécurité économique constitue l'une des "communautés d'intérêt". Le cadre de sécurité économique se concentre sur des risques stratégiques plus larges ou des secteurs qui ne sont pas nécessairement liés aux services essentiels. À l'instar de l'initiative japonaise, la concertation belge ne se limite pas aux décideurs politiques et aux administrations fédérales et fédérées: le dialogue avec le secteur privé est indispensable. Lors des premiers échanges, les fédérations patronales et sectorielles rencontrées par le SPF Économie et le SPF Affaires étrangères ont appelé à la mise en place d'une concertation structurée, ou à des partenariats public-privé, et à travailler activement à la cohésion des politiques internes en Belgique. Je partage leur volonté. L'objectif d'une stratégie de sécurité économique interfédérale est de répondre aux défis géo-économiques que nous rencontrons sur le terrain, selon nos spécificités et nos intérêts propres. L'expertise et les avis du secteur privé sont le socle de cette analyse. Cette stratégie nous permettra d'agir de manière proactive au niveau européen, bilatéral, régional ou international. Les administrations pilotes du projet s'intéressent d'ailleurs aux développements à l'étranger, comme p. ex. à l'annonce japonaise. Au niveau de l'UE, les efforts se concentrent sur six domaines à haut risque: promouvoir la résilience des chaînes d'approvisionnement et lutter contre les dépendances dans les secteurs critiques; attirer les investissements à valeur ajoutée; soutenir une base industrielle pour la défense, le spatial et d'autres secteurs à haut risque; développer un leadership dans les secteurs critiques; protéger l'accès aux informations et aux données sensibles; protéger les infrastructures critiques contre les perturbations. Sans vouloir préjuger de la future stratégie interfédérale de sécurité économique, elle pourrait lier des acteurs privés à une obligation de confidentialité pour les échanges classifiés en raison de leur caractère stratégique. L'exploitation de mécanismes décisionnels rapides spécifiques est également une éventualité.