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Bulletin n° : B041 - Question et réponse écrite n° : 0698 - Législature : 56


Auteur Sophie Thémont, PS (07262)
Département Vice-premier ministre et ministre de l'Emploi, de l'Économie et de l'Agriculture
Sous-département Emploi, Économie, Agriculture
Titre La suppression de 600 emplois au sein de la division IA de Meta (QO 010449C).
Date de dépôt29/12/2025
Langue F
Publication question     B041
Date publication 10/02/2026, 20252026
Statut questionRéponses reçues
Date de délai30/01/2026

 
Question

Le géant technologique Meta vient d'annoncer la suppression de 600 emplois dans sa division dédiée à l'intelligence artificielle (IA). Officiellement, il s'agirait de "rationaliser" les effectifs après une phase d'expansion. En réalité, cette décision illustre une évolution préoccupante du monde du travail: celle d'une innovation qui avance plus vite que la protection sociale. Sous couvert de modernisation, les grandes entreprises du numérique multiplient les restructurations, les délocalisations et l'automatisation. L'humain devient la variable d'ajustement d'un système obsédé par la performance et la productivité. Pendant que les investissements se chiffrent en milliards pour développer la "superintelligence", ce sont des femmes et des hommes qui, du jour au lendemain, voient leur emploi disparaître. Derrière chaque annonce technologique, il y a une réalité sociale que l'on tait: celle de travailleurs qualifiés, formés, mais rendus "inutiles" par des décisions stratégiques qui échappent à tout contrôle démocratique. Ces mutations ne concernent pas uniquement Meta, mais tout un écosystème, du numérique à la logistique, où l'automatisation redéfinit les métiers sans que la sécurité de l'emploi ne suive. L'innovation ne doit pas être synonyme de précarisation. Si l'IA promet de transformer nos sociétés, elle ne peut le faire au détriment de ceux qui créent, développent et maintiennent ces technologies au quotidien. L'enjeu est clair: comment garantir un progrès technologique socialement juste et humainement durable? 1. Quelles mesures comptez-vous mettre en place pour protéger les emplois menacés par l'automatisation et les restructurations dans le secteur technologique? 2. Avez-vous engagé un dialogue avec les organisations syndicales afin d'assurer un accompagnement réel et digne des travailleurs concernés? 3. La Belgique plaidera-t-elle au niveau européen pour un encadrement social de l'IA, afin que le progrès ne rime plus avec exclusion?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B047
Date publication 31/03/2026, 20252026
Réponse

L'intelligence artificielle (IA) transforme profondément le monde du travail. Si elle représente une opportunité majeure sur le marché de l'emploi, elle s'accompagne également de défis et d'enjeux. Il est impossible d'évaluer avec précision l'impact potentiel de l'automatisation et des changements technologiques sur la perte ou la création d'emplois en Belgique. Le récent rapport du Conseil supérieur de l'emploi confirme que, à ce stade, l'impact global sur l'emploi total demeure limité, même si quatre travailleurs sur dix exercent une profession fortement exposée à l'IA. L'enjeu principal réside davantage dans la transformation des tâches que dans la disparition immédiate des emplois. Outre le coût et la disponibilité de la technologie, les préférences sociales et le rôle des partenaires sociaux déterminent également les effets sur l'emploi. Le Conseil supérieur de l'emploi souligne également que les effets varient fortement selon les usages concrets de l'IA et le degré de complémentarité entre la technologie et les travailleurs concernés. Par ailleurs, la réglementation en matière de protection sociale est beaucoup mieux développée dans notre pays qu'aux États-Unis, comme le montrent les indicateurs de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) à ce sujet. Afin que chacun puisse profiter des avantages potentiels des développements dans le domaine de l'IA et être à l'abri des inconvénients éventuels, des efforts sont certes nécessaires en matière d'upskilling et reskilling des travailleurs, ainsi que d'une adéquation efficace sur le marché du travail. Les politiques de formation et d'activation relèvent de la compétence des régions et des communautés, mais le gouvernement fédéral soutient les efforts dans ces deux domaines. Une attention particulière doit être accordée aux travailleurs peu qualifiés, aux travailleurs âgés et aux jeunes en début de carrière, qui apparaissent comme des groupes plus vulnérables face aux transformations induites par l'IA. Enfin, nous constatons que le risque d'automatisation est le plus faible dans les emplois comportant des tâches variées. La promotion des bonnes pratiques en matière d'organisation du travail est donc une priorité pour mes services. 2. Les partenaires sociaux sont également conscients de cette problématique. Dans plusieurs secteurs, des groupes de travail ont déjà été créés à ce sujet et les fonds de formation réfléchissent à ce défi. Le Conseil national du travail prépare également un avis sur ce thème. 3. Dans la mesure où un cadre réglementaire est nécessaire, il nous semble préférable qu'il soit établi au niveau international afin de garantir des conditions équitables pour nos entreprises. La Belgique soutient activement les initiatives européennes et internationales visant à encadrer l'usage de l'IA dans le respect des droits des travailleurs et d'une concurrence loyale. La directive sur le travail de plateforme est un des premiers textes qui se penche sur la gestion algorithmique et servira d'inspiration pour d'autres instruments. Elle constitue une avancée concrète en matière de transparence et de contrôle humain des systèmes automatisés de gestion. Au sein de l'Organisation internationale du Travail, une éventuelle convention à ce sujet est également en cours de négociation. En outre, l'OCDE travaille à l'élaboration d'une recommandation sur l'IA sur le marché du travail. La Commission européenne a également déjà annoncé qu'elle allait examiner cette question plus en détail. Enfin, il faut souligner que, dans le Règlement (UE) 2024/1689 concernant l'IA, des règles protectrices des travailleurs sont prévues. Ainsi, p. ex. avant de mettre en place ou d'utiliser un système d'IA à haut risque - p. ex. pour être utilisé dans le recrutement ou dans la prise de décision influant sur les conditions des relations professionnelles, l'employeur doit informer les travailleurs ainsi que les représentants des travailleurs.