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Bulletin n° : B041 - Question et réponse écrite n° : 0669 - Législature : 56


Auteur Sophie Thémont, PS (07262)
Département Vice-premier ministre et ministre de l'Emploi, de l'Économie et de l'Agriculture
Sous-département Emploi, Économie, Agriculture
Titre La concurrence bancaire et la sous-rémunération de l'épargne.
Date de dépôt18/12/2025
Langue F
Publication question     B041
Date publication 10/02/2026, 20252026
Statut questionRéponses reçues
Date de délai28/01/2026

 
Question

Alors que l'épargne belge dépasse aujourd'hui les 300 milliards d'euros, un article récent met en lumière une réalité préoccupante: les grandes banques organisent désormais une épargne à plusieurs vitesses, où la majorité des comptes proposés aux ménages sont très faiblement rémunérés, bien en dessous de l'inflation. Selon les données relayées dans la presse, les comptes dits "historiques" affichent des taux de 0,25 % à 0,60 %, alors que l'inflation prévue atteint 2,5 % en 2025. Résultat: les épargnants perdent du pouvoir d'achat année après année. À l'inverse, quelques comptes mieux rémunérés - 2,25 % à 2,85 % - ne sont accessibles qu'avec des conditions restrictives, comme des versements limités à 500 ou 600 euros par mois, empêchant la majorité des Belges d'en bénéficier pleinement. Cette segmentation brouille la lisibilité du marché, affaiblit la concurrence réelle entre établissements bancaires et limite la capacité des consommateurs à se tourner vers les produits les plus avantageux. Or, une concurrence efficace est essentielle pour garantir une épargne justement rémunérée et orientée vers l'économie réelle. 1. Comment analysez-vous l'impact économique de cette sous-rémunération généralisée de l'épargne sur le pouvoir d'achat des ménages et sur la capacité d'investissement de notre économie? 2. Considérez-vous que le marché bancaire offre aujourd'hui des conditions de concurrence suffisantes pour assurer des produits d'épargne transparents et réellement compétitifs? 3. Le gouvernement prévoit-il des mesures pour renforcer la mobilité bancaire, notamment en soutenant la portabilité du numéro IBAN, afin de faciliter la comparaison des offres et stimuler la concurrence? 4. Quelles initiatives entendez-vous défendre pour encourager les banques à mieux rémunérer l'épargne des citoyens et renforcer leur rôle dans le financement de l'économie productive?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B047
Date publication 31/03/2026, 20252026
Réponse

1 à 4. À la demande du ministre des Finances, la Banque nationale de Belgique (BNB) a réalisé, le 17 décembre 2025, une analyse des principaux facteurs pouvant expliquer la récente baisse des taux d'intérêt sur les dépôts d'épargne, la mesure dans laquelle cette évolution diffère de la situation dans d'autres pays de la zone euro et le rôle éventuel de la concurrence. Cette analyse est accessible au public: https://www.nbb.be/fr/media/23735. L'avis de la BNB révèle notamment que: - les comptes d'épargne (environ 300 milliards d'euros) représentent environ un quart du bilan total du secteur bancaire belge. Par conséquent, ces comptes constituent une source importante de financement pour les prêts accordés aux ménages et aux entreprises en Belgique, ces prêts étant souvent caractérisés par un taux d'intérêt fixé pour une longue période; - la Belgique se caractérise depuis longtemps par l'octroi de prêts hypothécaires à taux fixe et par une adaptation progressive de la rémunération des dépôts d'épargne aux variations des taux d'intérêt à court et à long terme. Grâce à cette harmonisation de la variabilité des rendements entre l'actif et le passif, les banques belges ont pu gérer leur risque de taux de manière adéquate; - aucun signe évident n'indique que le comportement actuel en matière de rémunération des dépôts d'épargne belges diffère fortement de celui observé dans le passé; - si l'intensité de la concurrence pour les produits d'épargne semble fluctuer ces dernières années, la concurrence entre les banques sur le marché du crédit reste très forte, ce qui fait que les taux d'intérêt des nouveaux prêts hypothécaires et des prêts aux entreprises sont inférieurs à ce que l'on pourrait attendre sur la base de l'évolution des taux d'intérêt du marché; - il n'est guère pertinent de comparer la rémunération des dépôts d'épargne avec celle de nos pays voisins, car le dépôt d'épargne réglementé belge présente un profil unique en raison de l'avantage fiscal et des conditions d'utilisation qui y sont associés; - la répartition des taux d'intérêt moyens sur le marché des dépôts d'épargne montre que certaines banques proposent des taux nettement plus élevés que d'autres acteurs. Néanmoins, la plupart des épargnants belges font preuve d'une mobilité relativement faible. Avant d'envisager d'autres mesures, il est donc souhaitable de stimuler leur mobilité. En ce qui concerne la stimulation de la mobilité entre les banques, je peux vous informer que: - sous le gouvernement précédent, un protocole a été conclu avec Febelfin afin d'accroître la transparence de l'offre de comptes d'épargne réglementés, notamment en limitant à quatre le nombre de formules proposées par chaque établissement et en les classant en trois catégories différentes en fonction de leurs caractéristiques et de leurs objectifs. Le protocole prévoit également que chaque établissement de crédit doit créer une page web présentant l'ensemble de son offre de comptes d'épargne réglementés. Les analyses réalisées depuis lors par l'Autorité des services et marchés financiers (FSMA) montrent que cette approche a considérablement amélioré la lisibilité et la comparabilité de l'offre de comptes d'épargne; - la FSMA a mis en place un outil de comparaison gratuit et accessible à tous, qui permet aux citoyens de comparer objectivement tous les comptes d'épargne réglementés proposés sur le marché belge; - la portabilité du numéro IBAN n'a que peu d'importance pour les comptes d'épargne. En effet, les comptes d'épargne ne sont pas destinés à effectuer des virements interbancaires. L'objectif de la portabilité du numéro IBAN (et des mécanismes similaires) est précisément de garantir la continuité des virements interbancaires. La solution structurelle permettant d'offrir à nos citoyens le rendement le plus élevé possible pour leurs dépôts tout en donnant à nos entreprises l'accès au financement nécessaire à leur croissance et à leur innovation nécessite toutefois la mise en place de l'Union (européenne) de l'épargne et des investissements. Selon les estimations, 10.000 milliards d'euros d'épargne des ménages sont actuellement détenus dans l'UE sous forme de dépôts bancaires à faible rendement plutôt que d'être investis sur les marchés des capitaux, où les rendements pourraient être beaucoup plus élevés. Dans le même temps, les petites et moyennes entreprises européennes ont souvent des difficultés à obtenir des financements. Cette incohérence empêche que l'épargne soit utilisée efficacement pour soutenir les investissements des entreprises et l'économie réelle au sens large. En conséquence, il existe un écart entre les financements disponibles et les besoins d'investissement croissants de l'économie de l'UE. En intégrant les marchés des capitaux et le secteur bancaire, l'Union de l'épargne et des investissements permettrait une canalisation plus efficace de l'épargne vers les investissements. Le Conseil européen estime qu'une véritable Union de l'épargne et de l'investissement pourrait générer chaque année des centaines de milliards d'euros d'investissements supplémentaires dans l'économie européenne. La Commission européenne a présenté la stratégie pour l'Union de l'épargne et de l'investissement en mars 2025. Dans le cadre de la mise en oeuvre de cette stratégie, la Commission a lancé un premier paquet de propositions législatives le 4 décembre 2025. Celles-ci sont actuellement examinées par le Parlement européen et le Conseil de l'UE.