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Bulletin n° : B039 - Question et réponse écrite n° : 0644 - Législature : 56


Auteur Sophie Thémont, PS (07262)
Département Vice-premier ministre et ministre de l'Emploi, de l'Économie et de l'Agriculture
Sous-département Emploi, Économie, Agriculture
Titre L'impact social de l'adoption accélérée de l'IA dans le secteur bancaire.
Date de dépôt10/12/2025
Langue F
Publication question     B039
Date publication 22/01/2026, 20252026
Statut questionRéponses reçues
Date de délai15/01/2026

 
Question

BNP Paribas Fortis, première banque du pays, déploie actuellement une stratégie d'adoption massive de l'intelligence artificielle (IA) générative et, prochainement, de l'IA agentique. Les chiffres communiqués sont impressionnants: 16 % des travailleurs utilisent déjà quotidiennement l'assistant IA Yara, plus de 100 outils IA internes ont été développés, l'IA effectue l'équivalent du travail de 270 collaborateurs, et les gains de productivité attendus atteignent 50 millions d'euros cette année et 70 millions en 2026. Selon la banque l'objectif est de "décharger" les travailleurs et d'améliorer les processus. Mais l'article relève explicitement que l'IA accomplit déjà une part du travail de milliers d'employés, et que la prochaine génération, l'IA agentique, pourra prendre des décisions, agir de manière autonome et transformer encore davantage l'organisation du travail. Si la banque se veut rassurante sur l'emploi, elle reconnaît elle-même que seul l'avenir permettra de répondre à la question. Cette situation soulève de fortes inquiétudes sociales: quelles garanties pour les travailleurs dont les tâches sont progressivement absorbées par des systèmes automatisés? Comment éviter que cette transition technologique ne devienne une transition sociale brutale, comme observé dans d'autres secteurs à l'international? 1. Vos services disposent-ils d'une analyse de l'impact potentiel de l'IA générative et agentique sur l'emploi dans le secteur bancaire belge, en particulier chez BNP Paribas Fortis? 2. Quel cadre de protection envisagez-vous pour garantir que les gains de productivité liés à l'automatisation ne se traduisent pas par des suppressions de postes, directes ou indirectes? 3. Le gouvernement prévoit-il d'imposer des obligations spécifiques aux entreprises qui automatisent massivement leurs processus (plans de formation obligatoires, garanties de reconversion, maintien de l'emploi)? 4. Un mécanisme de dialogue social renforcé est-il envisagé pour accompagner ces transformations, afin d'assurer que les travailleurs ne soient pas les grands oubliés de cette révolution technologique?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B041
Date publication 10/02/2026, 20252026
Réponse

1. Mes services ne disposent pas d'une étude spécifique sur l'impact de l'intelligence artificielle (IA) dans le secteur bancaire belge, mais peuvent s'appuyer sur des études plus générales qui nous permettent de tirer un certain nombre d'enseignements. La principale conclusion qui en ressort est que la plupart des professions sont composées de différentes tâches. Dès lors, une application capable de prendre en charge un volume important de tâches auparavant réalisées par de nombreux travailleurs ne se traduit pas mécaniquement par une réduction équivalente des effectifs. Une méta-analyse récemment publiée dans le cadre du Social Situation Monitor de la Commission européenne (réalisée par le HIVA-KULeuven et l'université Sapienza de Rome) confirme que l'IA n'est pas une technologie qui remplace exclusivement des emplois, mais dont les effets dépendent de la manière dont elle est intégrée dans les processus de production et les pratiques organisationnelles. L'IA peut avoir des effets globaux positifs sur l'emploi (comme le montre l'étude, et comme c'est généralement le cas pour les technologies qui augmentent la productivité), tout en entraînant des dynamiques d'économie de travail pour des professions, des groupes et des régions spécifiques. 2. Afin d'éviter les risques liés à la polarisation des emplois, à l'intensification du travail ou à l'inégalité d'accès aux gains de productivité, il est nécessaire de mettre en place des politiques qui soutiennent à la fois l'innovation et les travailleurs. Cela passe par des politiques efficaces de formation continue et de reconversion facilitant les transitions professionnelles au sein des entreprises, et les secteurs. Ces politiques de formation et d'activation relèvent principalement de la compétence des régions et des communautés avec le soutien du, gouvernement fédéral. Les filets de sécurité sociale restent essentiels pour soutenir ces transitions, la formation devant s'inscrire dans une approche plus large qui oriente l'introduction de l'IA vers des usages permettant d'accroître la productivité et la qualité du travail, plutôt que vers de simples stratégies de réduction des coûts. Spécifiquement pour le secteur bancaire, l'accord sectoriel 2023-2024 prévoit que des formations en IA soient proposées via le fonds de formation, et plusieurs formations sont d'ores et déjà disponibles par l'intermédiaire de la fédération sectorielle Febelfin. 3. Dans ce contexte, le dialogue social joue un rôle essentiel pour accompagner les transformations liées à l'introduction de l'IA. Les partenaires sociaux sont activement engagés sur cette question, tant au niveau interprofessionnel que sectoriel. Le Conseil national du travail prépare un avis sur l'intelligence artificielle et la garantie du principe human in command, en s'appuyant notamment sur l'accord-cadre européen relatif à la transformation numérique de 2020 et sur la convention collective de travail (CCT) n°39 concernant l'information et la concertation sur les conséquences sociales de l'introduction de nouvelles technologies. Par ailleurs, dans plusieurs secteurs, des groupes de travail ont été mis en place et les fonds de formation se sont saisis de cette problématique. Au regard des compétences fédérales, les instruments existants apparaissent à ce stade adaptés pour accompagner les évolutions liées à l'IA sur le marché du travail. L'objectif des politiques publiques demeure de soutenir un taux d'emploi aussi élevé que possible, notamment en favorisant l'employabilité et la mobilité professionnelle.