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Question et réponse écrite n° : 0282 - Législature : 56


Auteur Ellen Samyn, VB (07076)
Département Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Coopération au développement
Sous-département Aff. étrangères, Aff. europ. et Coop. dévelop.
Titre Position européenne vis-à-vis du régime syrien du président Al-Sharaa.
Date de dépôt30/10/2025
Langue N
Statut questionRéponses reçues
Date de délai08/12/2025

 
Question

Le 23 septembre 2025, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a rencontré le président syrien Ahmad al-Sharaa. À l'issue de cet entretien, elle a déclaré publiquement que l'Union européenne s'engageait en faveur d'une genuine, inclusive, peaceful and Syrian-led transition, free from harmful foreign interference. Cette déclaration soulève des questions fondamentales, notamment sur le contenu et la crédibilité de cette soi-disant transition syrienne. En effet, la réalité sur le terrain montre toujours un contexte de répression, de corruption, de discrimination ethnique et de désillusion économique, malgré le départ de l'ancien dictateur Bachar al-Assad. 1. La diplomatie belge est-elle au courant de l'entretien que la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, a eu avec le président Al-Sharaa? La Belgique a-t-elle été impliquée ou consultée à ce sujet? 2. Selon les informations dont dispose la Belgique, une attention particulière a-t-elle été accordée lors de cet entretien à la situation des minorités religieuses et ethniques en Syrie? En particulier en ce qui concerne leur sécurité, leur participation politique et l'égalité des droits dans le cadre de ladite transition? 3. Lorsque la présidente de la Commission affirme que la transition syrienne doit se dérouler free from harmful foreign interference, comment la Belgique interprète-t-elle cette déclaration? Cela signifie-t-il que l'UE fera preuve de retenue avant d'accorder un soutien politique ou financier au régime actuel, ou cela ouvre-t-il justement la voie à une normalisation des relations? 4. Selon vous, le régime du président Al-Sharaa a-t-il pris des mesures suffisamment rassurantes pour justifier un regain de soutien de l'UE à la reconstruction socio-économique? Dans l'affirmative, quelles actions ou garanties concrètes la Belgique considère-t-elle comme crédibles? 5. Pouvez-vous confirmer que la Belgique continuera, dans le cadre de l'UE, à oeuvrer en faveur d'une distinction claire entre, d'une part, l'aide humanitaire au peuple syrien et, d'autre part, le soutien politique ou économique à un régime qui continue de violer les droits humains fondamentaux?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B034
Date publication 12/12/2025, 20252026
Réponse

Je vous remercie pour vos questions. J'ai eu l'occasion de donner de nombreux éléments de réponses en lien avec ces questions ces dernières semaines et derniers mois. Je me réfère p. ex. aux sessions de la commission des Relations extérieures du 1er octobre ou du 17 juin 2025. Sans compter les nombreuses réponses aux questions écrites. L'Union européenne, tout comme la Belgique et les autres États membres, ont fait le choix - dès le début de la transition syrienne actuelle et de la chute du régime Assad - d'un réengagement diplomatique. Avec les autorités de transition mais également avec l'ensemble des acteurs de cette transition. Cela prend la forme d'engagements diplomatiques à haut niveau. Le président al-Charaa a été reçu à l'Elysée en mai 2025 et il a été reçu début novembre à la Maison Blanche. Par ailleurs, plusieurs ministres d'États membres différents se sont rendus à Damas ces derniers mois. J'ai moi-même rencontré mon homologue Al-Shaibani à Bruxelles en mars dernier. Cela prend également la forme de contacts multiples avec d'autres acteurs du changement en Syrie. Mi-novembre à Damas, l'Union européenne organisait p. ex. la tenue d'un évènement regroupant de larges pans de la société civile, intitulé Day of Dialogue. Notre ambassade compétente pour la Syrie se trouvait sur place à cette occasion. L'approche actuelle de l'Union européenne sur la Syrie a été traduite dans des nouvelles conclusions, adoptées le 23 juin dernier par le Conseil de l'UE. Celles-ci énoncent les grandes lignes du futur engagement européen, qui comprend notamment l'inclusivité nécessaire des différents groupes de population, la lutte contre l'impunité, le soutien à la reconstruction, les droits humains, etc. Je vous invite à les consulter. À travers des décisions prises en février et mai 2025, l'UE et ses États membres ont suspendu les mesures restrictives sectorielles (économiques) qui étaient d'application à l'encontre de la Syrie. Le dossier syrien est discuté régulièrement au Conseil Affaires étrangères de l'Union européenne, ainsi que dans le groupe de travail dédié au niveau expert. Il existe une concertation rapprochée sur le dossier entre États membres et institutions européennes, en ce compris avec la présidente de la Commission, Madame von der Leyen. Sur la question des interférences étrangères, l'UE a exprimé sa position à plusieurs reprises et notamment lors d'une déclaration prononcée à l'occasion du dialogue interactif sur la Commission internationale d'enquête indépendante sur la Syrie dans le cadre du 3e Comité de l'Assemblée générale des Nations Unies: "nous exprimons notre inquiétude quant à l'ingérence étrangère dans le processus de transition syrien et exhortons tous les acteurs - tant nationaux qu'externes - à respecter pleinement l'unité, l'indépendance, la souveraineté et l'intégrité territoriale de la Syrie". L'UE condamne toute forme d'ingérence étrangère préjudiciable visant à entraver la réconciliation nationale et est déterminée à soutenir une transition pacifique et inclusive, dirigée par les Syriennes et les Syriens eux-mêmes. Sur la question du respect des droits et la protection des différents groupes sociaux, ethniques et religieux, je me réfère à mes réponses précédentes sur le sujet. L'inclusivité reste l'un des éléments clés de notre approche vis-à-vis de la Syrie et est centrale dans nos discussions avec les autorités de transition: ce n'est qu'à travers une gouvernance inclusive qu'émergera de manière durable un état réunifié et pacifique. Finalement, je note que l'action de l'UE va au-delà de l'aide humanitaire et l'UE reste déterminée à soutenir la Syrie sur la voie de la stabilisation et de la reconstruction, dans le cadre de priorités telles que le renforcement des institutions et les réformes publiques, le redressement socio-économique, la cohésion sociale, les droits humains, la justice transitionnelle et la protection du riche patrimoine culturel du pays.