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Question et réponse écrite n° : 0624 - Législature : 56


Auteur Anthony Dufrane, MR (06327)
Département Ministre de la Sécurité et de l'Intérieur, chargé de Beliris
Sous-département Sécurité, Intérieur, Beliris
Titre Les réseaux de blanchiment de véhicules de luxe (QO 009133C).
Date de dépôt22/10/2025
Langue F
Statut questionRéponses reçues
Date de délai24/11/2025

 
Question

Les polices italienne, espagnole et belge ont récemment démantelé un vaste réseau international de trafiquants spécialisés dans le vol et le blanchiment de voitures de luxe. L'opération, baptisée "Palma", a mobilisé la Guardia Civil espagnole, les Carabiniers italiens et la police fédérale belge, avec l'appui d'Europol et d'Eurojust. Ce réseau, composé principalement de ressortissants moldaves, russes, ukrainiens et roumains, opérait selon une structure pyramidale, chaque membre jouant un rôle précis dans la chaîne criminelle. Les véhicules, essentiellement des Range Rover, Lexus et Toyota, étaient volés en Italie et en Espagne, avant d'être acheminés vers la Belgique pour y être "blanchis". Les numéros de châssis y étaient remplacés, les plaques falsifiées et les voitures ensuite expédiées depuis le port d'Anvers vers Dubaï. Ce trafic aurait généré plusieurs millions d'euros, faisant une nouvelle fois de la Belgique une plaque tournante de ce type d'activités criminelles transnationales. Cette situation interroge sur la place de notre pays dans les circuits du crime organisé européen, mais aussi sur les moyens et méthodes d'investigation déployés par nos forces de l'ordre dans les enquêtes conjointes. Elle soulève également la question des risques sécuritaires liés à la présence sur notre territoire de réseaux structurés opérant à l'international. 1. Comment s'organisent concrètement les enquêtes conjointes entre la police fédérale belge et les services étrangers dans ce type de dossiers? 2. Quelles sont les principales raisons qui expliquent que la Belgique soit régulièrement utilisée comme base logistique ou plaque tournante par des réseaux criminels internationaux? 3. Quels moyens humains, technologiques et judiciaires sont mobilisés pour lutter contre ces trafics, notamment dans le cadre de la coopération avec Europol et Eurojust? 4. Quelles évaluations de risques sécuritaires sont menées lorsqu'il s'agit de réseaux étrangers implantés en Belgique? 5. Comment les autorités fédérales assurent-elles la prévention de leur enracinement durable?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B032
Date publication 26/11/2025, 20252026
Réponse

1. Dans le dossier en question, la coordination et la coopération se sont faites via Europol. Dans des dossiers similaires en Europe ou ayant leur centre de gravité en Europe, Europol est le canal le plus approprié et le plus opportun pour la coopération policière. En outre, en fonction du contexte, la coopération peut également se faire via le canal Interpol (centre de gravité dans les pays hors d'Europe qui n'ont pas conclu d'accord de coopération avec Europol), ou de manière bilatérale ou multilatérale si une situation spécifique l'exige. La composante internationale est de plus en plus un facteur constant dans les enquêtes sur les organisations criminelles et est intégrée dans la politique de recherche de la DGJ et dans la politique nationale de police. La facilitation des canaux internationaux par les projets EMPACT et le réseau anti-mafia européen (ATON), comme c'était le cas ici, offre une valeur ajoutée en termes de contacts, de coordination et de soutien financier. 2. Plusieurs éléments peuvent expliquer pourquoi les réseaux criminels se retrouvent en Belgique. - Sa situation stratégique (géographique), au coeur de l'Europe occidentale. - À cela s'ajoute la présence de "pôles logistiques". Les grands ports, aéroports et centres de distribution jouent un rôle crucial dans le crime organisé. Ces noeuds constituent une porte d'entrée pour les flux de marchandises illégales, notamment les drogues, les armes, les produits contrefaits et les marchandises de contrebande. Ces hubs servent également de bases opérationnelles aux groupes criminels, qui y mettent en place des structures pour coordonner leurs activités illégales. - Les éléments susmentionnés font également de la Belgique un important pays de transit pour les marchandises et les personnes vers d'autres pays de l'UE (à la fois légalement et illégalement). - La présence d'une diaspora permet aux groupes criminels d'origine étrangère de mettre en place en Belgique un réseau qui s'étend également à l'échelle internationale. 3. Cela dépend de l'enquête. Dans ce dossier, le port d'Anvers était uniquement utilisé comme plaque tournante logistique par les organisations criminelles étrangères, et la police dépendait donc des enquêtes menées à l'étranger sur ces groupes criminels. 4. Une évaluation des risques pour la sécurité est effectuée tant pendant l'enquête que lors de l'intervention. 5. La police intégrée adopte une approche globale combinant renseignement criminel, coopération internationale et une approche proactive sur le terrain, pour lutter contre la criminalité organisée. Pour contrer leur dimension transnationale, la Belgique renforce la coopération policière et judiciaire avec les partenaires internationaux comme Europol, facilitant ainsi le suivi international des criminels et coordonnant les actions à l'échelle européenne et internationale. La Belgique met également en oeuvre une stratégie efficace de type Follow The Money pour empêcher la reconstitution des groupes criminels démantelés. En complément des efforts opérationnels, un projet de sensibilisation et de formation des policiers de première ligne est en développement pour aborder la criminalité organisée avec une approche centrée sur les groupes criminels. Ce cours sera intégré dans la formation des aspirants inspecteurs de police, afin de les préparer à détecter et contrer plus efficacement ces réseaux. Enfin, la police fédérale applique également une approche administrative pour lutter contre la criminalité organisée, notamment pour entraver l'installation des criminels sur le territoire belge. Cette approche vise à identifier et interdire l'infiltration de ces groupes dans des activités légales.