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| Auteur | Werner Somers, VB (07888) |
| Département | Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Coopération au développement |
| Sous-département | Aff. étrangères, Aff. europ. et Coop. dévelop. |
| Titre | La signification géopolitique de la parade militaire du 3 septembre 2025 à Pékin. |
| Date de dépôt | 02/10/2025 |
| Langue | N |
| Statut question | Réponses reçues |
| Date de délai | 07/11/2025 |
| Question |
Une impressionnante parade militaire a eu lieu le 3 septembre 2025 à Pékin pour commémorer le 80e anniversaire de la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Cette cérémonie était particulièrement remarquable étant donné que le président Xi Jinping y était présent aux côtés de Vladimir Poutine (Russie) et de Kim Jong-un (Corée du Nord), deux dirigeants de plus en plus controversés, dans un contexte international plus large, en raison de leur bellicisme, de leur autoritarisme et de leurs aspirations nucléaires. La parade en elle-même a été l'occasion de présenter des technologies d'armement avancées, parmi lesquelles des missiles hypersoniques, des drones sous-marins, des systèmes de défense antiaérienne et d'autres équipements stratégiques. 1. Partagez-vous l'analyse selon laquelle la parade, et en particulier l'apparition de Xi Jinping, Vladimir Poutine et Kim Jong-un comme un trio, loin d'être une simple cérémonie ou un hommage historique, visait plutôt à lancer un signal stratégique à l'Ouest? 2. Comment le gouvernement évalue-t-il les conséquences éventuelles de cette démonstration pour l'architecture de sécurité européenne, en particulier en ce qui concerne la position de la Chine vis-à-vis des États membres de l'OTAN et de l'UE? 3. Dans quelle mesure estimez-vous qu'il est vraisemblable que cette parade ait fait partie d'une stratégie plus large de la Chine visant à resserrer les liens entre États autoritaires et à constituer un axe visant à combattre les normes et institutions occidentales (droits humains, démocratie, souveraineté, État de droit)? 4. Quel sera, selon le gouvernement, l'effet du positionnement de plus en plus marqué de la Chine comme un adversaire géopolitique de l'Occident sur la politique étrangère de la Belgique, sur les partenariats commerciaux, sur les relations diplomatiques et sur la politique de sécurité? 5. La Belgique va-t-elle entreprendre des démarches, avec ou sans l'Union européenne, en vue de réévaluer les risques et les coûts diplomatiques liés au maintien de liens étroits avec la Chine, notamment en matière de coopération militaire, de transfert de technologies, de normes en matière de droits de l'homme et d'autonomie stratégique? 6. Le gouvernement voit-il dans cette démonstration un éventuel indice d'une coopération militaire renforcée entre la Chine, la Russie et la Corée du Nord? Dans l'affirmative, quelles mesures la Belgique va-t-elle prendre pour préserver sa propre sécurité, notamment par le biais de l'échange de renseignements, d'une coordination de la défense avec l'OTAN et l'UE et de la réalisation d'investissements stratégiques en défense et en cybersécurité? |
| Statut | 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée |
| Publication réponse |
B030
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| Date publication | 13/11/2025, 20252026 |
| Réponse |
L'apparition conjointe de Xi Jinping, Vladimir Poutine et Kim Jong-un en marge du défilé militaire à Pékin le 3 septembre, largement diffusée via les images contrôlées par la chaîne d'État chinoise, visait selon certains analystes à envoyer un signal géopolitique à l'Occident. Les implications à long terme des discussions entre ces trois pays restent toutefois à déterminer. Les intérêts de ces pays, ainsi que ceux d'autres États présents, ne sont pas nécessairement convergents, bien au contraire. Il ne faut donc pas surinterpréter cette rencontre. La Chine promeut sa propre vision du monde et de l'ordre multilatéral, sans qu'il soit pour autant question d'une formation d'axe. Les chefs d'État de l'OTAN ont qualifié, dans leur déclaration du sommet de Washington (juillet 2024), la Chine de "facilitateur décisif" de la guerre menée par la Russie contre l'Ukraine et ont souligné les "défis systémiques" émanant de Pékin, y compris dans les domaines cyber, spatial et nucléaire. Cette analyse reste d'actualité et constitue le contexte dans lequel s'inscrivent les évaluations de sécurité européennes - y compris celles de la Belgique. Du côté de l'UE, le cadre stratégique adopté en 2019 considère la Chine à la fois comme "partenaire, concurrent économique et rival systémique". Depuis lors, la ligne européenne a évolué vers une stratégie de de-risking (sécurité économique, contrôle des exportations et filtrage des investissements), sans aller jusqu'à un "découplage" complet. Pour la Belgique, trois principes constants demeurent dans ce contexte: - ancrage dans les cadres de l'UE et de l'OTAN; - réduction des dépendances critiques tout en maintenant une coopération sélective; - engagement constant en faveur des droits humains, de la démocratie et du droit international. Concrètement, cela se traduit par un renforcement du filtrage des investissements étrangers, un contrôle plus strict des exportations de biens à double usage et une vigilance accrue concernant les technologies critiques. Depuis le 1er juillet 2023, la Belgique dispose d'un mécanisme interfédéral de contrôle des investissements directs étrangers (IDE) pour les investisseurs non européens dans des secteurs sensibles (notamment IA, semi-conducteurs, technologies de défense, infrastructures de données). Cet instrument est systématiquement appliqué aux transactions pertinentes et contribue directement à réduire l'exposition stratégique. Sur le plan diplomatique, la Belgique continue d'appliquer le cadre européen "partenaire, concurrent, rival systémique", en laissant place à une coopération constructive (p. ex. sur le climat) tout en fixant des limites claires en matière de droits humains, cybersécurité et ingérences indésirables. À ce jour, il n'existe pas d'indications de manoeuvres militaires trilatérales directes entre la Chine, la Russie et la Corée du Nord. La coopération militaire entre la Russie et la Corée du Nord pourrait inquiéter la Chine, car elle perdrait ainsi un élément de contrôle sur un voisin imprévisible et sur d'éventuels développements nucléaires dans la péninsule coréenne. La coopération militaire entre la Russie et la Chine, en revanche, n'est pas nouvelle et continue d'être suivie. L'intensification des échanges d'informations au sein de l'OTAN et de l'UE, y compris sur les chaînes d'approvisionnement, la cybersécurité et les menaces hybrides, s'inscrit dans ce contexte. Pour la Belgique, les messages clés sont: vigilance sans alarmisme, ancrage dans les cadres de l'UE et de l'OTAN, réduction ciblée des dépendances stratégiques et engagement constant en faveur de l'ordre juridique international et des droits humains. Cette politique cohérente reste la meilleure garantie pour concilier ouverture économique, marge diplomatique et sécurité. |