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Question et réponse écrite n° : 0094 - Législature : 56


Auteur Anthony Dufrane, MR (06327)
Département Premier ministre
Sous-département Premier ministre
Titre La cybersécurité et protection des données en Belgique suite au piratage en Suède (QO 007986C).
Date de dépôt24/09/2025
Langue F
Statut questionRéponses reçues
Date de délai22/10/2025

 
Question

Une cyberattaque d'ampleur a récemment frappé la Suède, où les données personnelles de près de 1,5 million de citoyens, soit environ 15 % de la population, ont été mises en ligne après l'intrusion dans les systèmes d'un fournisseur informatique. De nombreuses collectivités locales et entreprises stratégiques ont été touchées, tandis que les auteurs de l'attaque ont exigé une rançon. Cet épisode démontre la vulnérabilité que peuvent représenter certains prestataires de services informatiques face à la cybercriminalité. La Belgique n'est pas épargnée par ce type de menaces, comme en témoignent les incidents récents ayant visé différents services publics et institutions. Le Centre pour la Cybersécurité Belgique (CCB) joue un rôle central dans la prévention, la détection et la coordination de la réponse à ces attaques, mais les événements en Suède interrogent sur notre niveau de préparation face à un scénario similaire. L'enjeu dépasse la seule sphère technique, il touche à la confiance des citoyens dans les institutions publiques et dans la protection de leurs données personnelles. Il est donc primordial que les fournisseurs d'accès à Internet (FAI), et en particulier Proximus qui est géré par l'État, puissent offrir une sécurité pour les usagers. 1. Quelle est l'évaluation actuelle, par le CCB, du risque qu'une attaque de cette ampleur puisse frapper un fournisseur informatique en Belgique? 2. Quelles obligations pèsent aujourd'hui sur les prestataires de services informatiques travaillant pour les autorités publiques afin de garantir un haut niveau de cybersécurité? 3. Le CCB dispose-t-il de moyens suffisants pour prévenir ce type de cyberattaques massives et pour assurer une réponse coordonnée en cas de crise? 4. Quelles coopérations européennes ou internationales la Belgique développe-t-elle afin de détecter plus rapidement les groupes de cybercriminels actifs? 5. Quelles mesures concrètes sont prévues pour renforcer la protection des organismes fédéraux et des acteurs stratégiques face à la cybercriminalité organisée?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B029
Date publication 05/11/2025, 20252026
Réponse

1. Le Centre pour la Cybersécurité Belgique (CCB) considère le risque de cyberattaques visant des fournisseurs de services informatiques comme réel et significatif, notamment parce que ces prestataires gèrent souvent des infrastructures critiques. Le CCB suit avec attention les évolutions internationales en matière de cyberattaques, y compris l'incident récent qui a touché la Suède. Ce type d'attaque, visant un fournisseur de services informatiques, démontre l'importance de la protection de la chaîne d'approvisionnement numérique. En Belgique, le paysage des fournisseurs de services gérés est sensiblement différent. Le marché est plus fragmenté et composé d'un grand nombre de prestataires de plus petite taille. Cette configuration réduit le risque qu'une seule attaque puisse avoir un impact de très grande ampleur comparable à celui observé en Suède. Néanmoins, la vigilance reste de mise. 2. Les prestataires de services informatiques travaillant pour les autorités publiques en Belgique sont soumis à un cadre réglementaire et organisationnel de plus en plus exigeant, destiné à garantir un haut niveau de cybersécurité. Depuis octobre 2024, la loi NIS2 du 26 avril 2024 sur la sécurité des réseaux et systèmes d'information est entrée en vigueur. Cette loi transpose en droit belge la directive européenne NIS2, faisant de la Belgique l'un des premiers États membres à l'appliquer. Elle impose à certaines entités essentielles et importantes, notamment dans les secteurs critiques et parmi les prestataires informatiques, de renforcer leur cybersécurité. Ces entités doivent désormais mettre en place des mesures concrètes de protection, comme la gestion des risques, la segmentation des réseaux, l'utilisation du chiffrement, la surveillance continue et des capacités de détection et de réponse en cas d'incident. En tant qu'autorité nationale de cybersécurité, le CCB veille, en collaboration avec les autorités sectorielles compétentes, au respect de ces obligations et accompagne les organisations concernées dans leur mise en conformité. À travers le référentiel CyberFundamentals (CyFun®), le CCB leur fournit un outil pour évaluer leur maturité actuelle en cybersécurité, déterminer le niveau requis (small, basic, important ou essential) et identifier des pistes d'amélioration afin d'atteindre ce niveau. À ce cadre s'ajoute la directive 01/2024 du CCB, qui définit un socle minimal de sécurité pour les prestataires informatiques des autorités publiques. Les administrations doivent intégrer ces exigences dans leurs contrats afin de garantir un niveau de protection équivalent chez leurs fournisseurs. La directive 01/2025 étend ces obligations à toutes les organisations, en prévoyant leur mise en oeuvre progressive à travers le cadre CyberFundamentals. En complément, une circulaire fédérale du 11 septembre 2023 relative à la réduction des risques de sécurité dans le cadre des marchés publics des pouvoirs adjudicateurs fédéraux, précisent des mesures qui peuvent être prises pour les marchés publics susceptibles d'avoir un impact sur la sécurité nationale. Enfin, les fournisseurs d'accès à Internet doivent aussi se conformer à la loi relative aux communications électroniques, qui leur impose des obligations de sécurité et d'intégrité des réseaux, sous la supervision de l'Institut belge des services postaux et des télécommunications. 3. Étant donné l'ampleur croissante et la sophistication des menaces, il est essentiel de renforcer de continuer à investir dans la cybersécurité, afin d'assurer une protection efficace et durable des infrastructures critiques et de la société dans son ensemble. Dans ce contexte, le CCB a présenté au printemps une nouvelle Stratégie nationale de cybersécurité 3.0 (2026-2030), visant à déployer davantage les capacités nationales et à renforcer la coordination entre les acteurs concernés. Le CCB fournit une veille permanente sur les menaces, diffuse des alertes techniques et assiste directement les opérateurs en cas d'incident. Lorsqu'un cyberincident d'ampleur nationale se produit, le CCB coordonne la réponse, enregistre et clôture les incidents, rédige un rapport et informe les entités concernées. En cas de crise nationale, cette coordination est assurée conjointement avec le Centre de Crise National (NCCN), en collaboration avec les services de police, le ministère public, les autorités sectorielles et les administrations concernées. Le CCB exploite également un système d'alerte précoce pour informer les secteurs vitaux et critiques des menaces émergentes. Le CCB contacte ainsi de manière proactive les organisations ciblées et leur fournit des recommandations correctives. Le projet Spear Warning complète ce dispositif en identifiant les systèmes vulnérables en Belgique et en envoyant des avertissements personnalisés à leurs propriétaires assortis de recommandations concrètes pour remédier à ces vulnérabilités. Le CCB renforce également la préparation opérationnelle en coordonnant la participation de la Belgique à des exercices nationaux et internationaux de cybersécurité, qui testent la réactivité des opérateurs et des autorités, améliorent la coordination entre acteurs publics et privés et permettent d'ajuster les procédures. Enfin, à travers l'initiative Safeonweb, le CCB mène une sensibilisation à large échelle des citoyens, des administrations et des entreprises. Cette initiative est largement reconnue par le grand public: plus de 82 % de la population belge connaît ce service. Safeonweb fournit des conseils et des alertes sur les menaces actuelles, telles que le phishing, les logiciels malveillants, les applications non sécurisées, etc. Le point de signalement suspect@safeonweb.be permet aux citoyens de transmettre les messages suspects qu'ils reçoivent, renforçant ainsi la cybersécurité nationale. Très utilisé, il a recueilli près de 9 millions d'e-mails en 2024 et déjà plus de 4,3 millions au premier semestre 2025. 4. Le CCB participe à plusieurs coopérations européennes et internationales qui permettent de mieux détecter et comprendre l'activité des groupes de cybercriminels. Le CCB est membre du CSIRT Network, le réseau européen qui réunit toutes les équipes nationales de réponse aux incidents de cybersécurité. Ce cadre facilite un échange rapide d'informations techniques entre États membres et renforce la coordination en cas d'attaques transfrontalières. Le CCB prend également part au EU CyCLONe (Cyber Crisis Liaison Organisation Network). Ce réseau européen réunit les autorités compétentes pour la gestion des crises cyber et permet d'organiser une réaction harmonisée au niveau de l'Union en cas d'incident majeur. Le règlement de l'UE sur la cybersolidarité (2024) prévoit notamment une réserve cyber européenne et un système d'alerte à l'échelle de l'UE reposant sur un réseau de hubs transfrontaliers (ECAS). Le CCB vise à adhérer à l'un des consortiums au sein de ce système. Enfin, en juin 2025 l'UE a adopté un schéma directeur pour une meilleure gestion des crises et incidents de cybersécurité en Europe. 5. Le CCB, en tant qu'autorité nationale pour la cybersécurité, a élaboré une politique fédérale reposant sur quatre piliers, visant à renforcer structurellement la cyberrésilience de l'administration publique. Cette approche s'inscrit dans la mise en oeuvre de la directive européenne NIS2, en vigueur depuis octobre 2024, qui oblige les organismes publics à s'enregistrer auprès du CCB, à signaler les incidents et à mettre en place des mesures de sécurité appropriées. Le premier pilier est le CyberFundamentals Framework (CyFun), développé par le CCB et repris dans la loi NIS2 comme norme de référence. Le deuxième pilier concerne la disponibilité de services de sécurité centralisés, permettant aux organismes publics ne disposant pas d'une expertise interne suffisante d'assurer néanmoins un haut niveau de protection. Grâce au contrat-cadre Security-as-a-Service 2 (SECaaS2) avec Proximus et au modèle IAP de Smals, les services fédéraux peuvent recourir à plus de 75 services de cybersécurité gérés, directement alignés sur le cadre CyberFundamentals. Le troisième pilier est la surveillance et la certification. Le CCB contrôle le respect des obligations NIS2, tandis que le Service fédéral d'audit interne (FIA), accrédité par BELAC, réalise les audits selon la norme CyberFundamentals Essential. Cela garantit un contrôle indépendant et fiable du niveau de sécurité au sein de l'administration fédérale. Le quatrième pilier est la coordination et le soutien centralisés. Le CCB fournit des services essentiels tels que le système d'alerte précoce (Early Warning System), qui avertit les organisations en cas de menace urgente, et intervient lors d'incidents graves. La SPF Stratégie et Appui coordonne la mise en oeuvre de NIS2 au sein des administrations fédérales, assure le suivi des progrès et signale les besoins budgétaires éventuels. En outre, la coopération structurelle entre le CCB et les entités fédérées sera consolidée. Cette coopération, déjà active dans le cadre de la mise en oeuvre de NIS2, sera formalisée afin d'intégrer les équipes d'intervention en cas d'incident des entités fédérées, garantissant ainsi une approche coordonnée de la cybersécurité à tous les niveaux de gouvernance. Enfin, le CCB et le NCCN actualisent actuellement le Plan national d'urgence cyber, qui définit les rôles et procédures de chaque service afin d'assurer une réponse coordonnée et efficace en cas d'attaque à grande échelle.