...

Question et réponse écrite n° : 0093 - Législature : 56


Auteur Anthony Dufrane, MR (06327)
Département Premier ministre
Sous-département Premier ministre
Titre Les vagues de cyberattaques visant le secteur des télécoms et des paiements (QO 007992C).
Date de dépôt23/09/2025
Langue F
Statut questionRéponses reçues
Date de délai22/10/2025

 
Question

Les cyberattaques se multiplient et touchent désormais massivement les télécoms et les grandes plateformes de paiement. Récemment, l'opérateur Orange, mais aussi PayPal et Google, ont confirmé la diffusion de données sur le dark web, après une intrusion qui a conduit à la fuite d'informations sensibles. Ces attaques mettent en lumière la vulnérabilité des infrastructures critiques et la valeur considérable que représentent les données personnelles pour les cybercriminels. Ces incidents rappellent que des groupes structurés industrialisent désormais la cybercriminalité en diffusant des outils de ransomware, exploitant des failles connues et multipliant les cibles. Les données volées continuent d'alimenter un marché souterrain, servant au phishing, au chantage, à l'usurpation d'identité ou encore à des attaques plus ciblées. Dans ce contexte, la question de la résilience des systèmes critiques et de la sensibilisation des citoyens devient plus que jamais prioritaire. L'ampleur croissante et la sophistication de ces cyberattaques posent la question de l'efficacité des dispositifs actuels, tant en matière de prévention que de réaction rapide. La coopération entre les opérateurs privés, les plateformes internationales et les autorités nationales est un enjeu crucial pour garantir la sécurité numérique et la confiance des citoyens. 1. Comment évaluez-vous aujourd'hui le niveau de protection des infrastructures critiques belges, notamment dans le secteur des télécommunications et des paiements, face à cette recrudescence de cyberattaques? 2. Quelles sont les mesures mises en place pour améliorer la coordination entre le Centre pour la Cybersécurité Belgique, les opérateurs privés/publics et les autorités judiciaires afin de prévenir et de répondre efficacement à ces intrusions? 3. Disposez-vous d'une estimation du coût économique et sociétal que ces cyberattaques représentent chaque année en Belgique? 4. Quelles initiatives sont prévues pour renforcer la sensibilisation et l'accompagnement des citoyens dans l'adoption de bonnes pratiques de cybersécurité?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B029
Date publication 05/11/2025, 20252026
Réponse

1. La protection des services essentiels, comme le secteur des télécommunications et des paiements, repose sur un cadre juridique et opérationnel national et européen solide. Ces secteurs figurent d'ailleurs parmi les plus matures en Europe en matière de cybersécurité, comme le confirment les rapports récents de l'Agence de l'Union européenne pour la cybersécurité (ENISA) sur les incidents dans le secteur des télécommunications (2024) et sur les menaces dans la finance (février 2025). Depuis son entrée en vigueur en octobre 2024, la loi NIS2 du 26 avril 2024, par laquelle la Belgique a été parmi les premiers États membres à transposer la directive européenne NIS2 en droit national, impose aux entités essentielles ou importantes actives dans les secteurs critiques de renforcer leurs réseaux et systèmes d'information par des mesures concrètes, telles que l'adoption de politiques de gestion des risques, la segmentation des réseaux, la surveillance continue des systèmes et la mise en place de capacités de détection et de réaction en cas d'incident. En tant qu'autorité nationale de cybersécurité, le Centre pour la Cybersécurité Belgique (CCB) veille, en collaboration avec les autorités sectorielles compétentes, au respect de ces obligations et accompagne les organisations dans leur mise en conformité. A travers le référentiel CyberFundamentals (CyFun), le CCB leur fournit un outil pour évaluer leur niveau de cybersécurité actuel, déterminer le niveau requis (small, basic, important ou essential) et identifier des pistes d'amélioration afin d'atteindre ce niveau. Les organisations dans le domaine des paiements et des services financiers sont également soumises aux exigences sectorielles qui découlent du règlement européen Digital Operational Resilience Act (DORA). En Belgique, l'application de ce règlement est contrôlée par la Banque nationale de Belgique et l'Autorité des services et marchés financiers. Le CCB collabore étroitement avec ces dernières afin de garantir une simplification administrative pour les entités soumises à la fois à la NIS2 et au DORA. 1. Le CCB renforce également la protection des infrastructures critiques grâce à plusieurs initiatives. Il fournit une veille permanente sur les menaces, diffuse des alertes techniques et assiste directement les opérateurs en cas d'incident. L'Early Warning System (EWS) fournit aux secteurs vitaux et critiques relevant de la NIS2 des alertes précoces et ciblées sur les vulnérabilités de leurs systèmes et les menaces en cours. Le CCB contacte proactivement les organisations figurant sur des listes de cibles de cybercriminels pour les avertir et leur proposer un accompagnement. Le projet Spear Warning permet d'identifier les systèmes les plus vulnérables en Belgique et contacte directement leurs propriétaires avec des recommandations sur mesure pour renforcer leur sécurité. 2. Le CCB est l'acteur central qui coordonne la protection du pays contre les cyberattaques. En cas d'incident national, le CCB enregistre les faits, assure le suivi et établit un rapport. Si une crise nationale survient, la coordination est exercée conjointement avec le Centre de crise national. Le CCB soutient également les autorités judiciaires lorsqu'une enquête est ouverte, en mettant son expertise technique au service de la recherche et de la poursuite des auteurs. La prévention est tout aussi essentielle. C'est pourquoi le CCB a mis en place un système d'alerte précoce (EWS), qui avertit directement les organisations critiques lorsqu'elles sont visées par des menaces, et les aide à anticiper les attaques. Le CCB favorise aussi l'échange d'informations et de bonnes pratiques entre acteurs publics et privés à travers ses événements Connect and Share et à travers une participation active à des centres sectoriels de partage et d'analyse d'informations (ISAC). Chaque trimestre, le CCB publie et présente également un Quarterly Cyber Threat Report, qui met en lumière les menaces émergentes et les tendances récentes en cybersécurité, afin que tous les acteurs soient mieux armés pour se protéger. Le CCB organise et participe régulièrement à des exercices de simulation de crises afin de tester les mécanismes de réaction et d'améliorer la coordination entre les acteurs. Le CCB réunit à travers la Cyber Security Sectoral Authority Platform (CYSSAP) les autorités sectorielles fédérales et fédérées, les opérateurs essentiels et importants relevant de la directive NIS2, ainsi que les autorités de régulation. Ce forum permet de clarifier les responsabilités et de garantir que les informations critiques circulent efficacement entre ces acteurs. Le CCB a également lancé le Belgian Anti-Online-Fraud Coordination Board en 2025, réunissant le CCB, le SPF Économie et des acteurs privés pour coordonner une stratégie nationale contre la fraude en ligne, mieux comprendre son ampleur et développer des mesures concrètes pour protéger les citoyens et l'économie. 3. À ce jour, il n'existe pas de chiffre officiel qui permette de mesurer avec précision le coût économique et sociétal total des cyberattaques en Belgique. Au niveau européen, ENISA estime toutefois dans un rapport de 2022 qu'un incident grave représente en moyenne 100.000 euros de dommages directs, et que ce coût peut atteindre plus de 300.000 euros dans des secteurs critiques comme les banques ou les soins de santé. Ces montants ne reflètent pourtant qu'une partie de la réalité. Une cyberattaque entraîne presque toujours des conséquences indirectes beaucoup plus lourdes: interruption de services essentiels, perte de confiance des citoyens et des entreprises, atteinte à la réputation, voire effets déstabilisateurs sur l'économie et la société dans son ensemble. C'est pourquoi le message est clair: le coût de l'inaction est bien plus élevé que celui de l'investissement dans la cybersécurité. Renforcer nos capacités de protection et de réaction reste indispensable pour protéger notre économie, nos services vitaux et, au-delà, la stabilité de notre démocratie. 4. La cybersécurité n'est pas seulement un défi technique, c'est surtout un défi humain. La meilleure protection repose sur des citoyens, des organisations et des administrations bien informés et capables d'adopter des comportements sûrs dans leur vie numérique. C'est pourquoi le CCB investit fortement dans la sensibilisation et l'accompagnement. Le CCB informe les citoyens principalement à travers son initiative Safeonweb, un programme de sensibilisation largement reconnu par le grand public: plus de 82 % de la population belge connaît ce service. Safeonweb joue un rôle central dans la prévention et l'avertissement contre les cybermenaces en fournissant aux citoyens, aux organisations et aux agents publics des informations pratiques, des conseils et des alertes sur les menaces actuelles, telles que le phishing, les logiciels malveillants, les applications non sécurisées, etc. Un instrument important à cet égard est le point de signalement suspect@safeonweb.be, où les citoyens peuvent transmettre les messages suspects qu'ils reçoivent. Cet instrument ne contribue pas seulement à une sensibilisation directe, mais leur permet également de participer activement à la cybersécurité de notre pays. L'utilisation de ce canal est considérable: en 2024, le CCB a reçu près de 9 millions de courriels suspects et, rien que durant le premier semestre de 2025, déjà plus de 4,3 millions. Ces signalements permettent d'avertir les citoyens en temps utile, de détecter des campagnes de phishing à grande échelle et de renforcer collectivement la résilience de la population. Le site www.safeonweb.be constitue la référence nationale pour les citoyens en matière de cybersécurité. On y trouve des informations actualisées sur les menaces, des conseils pour éviter de tomber dans les pièges, des instructions pratiques en cas de problème ainsi que des outils interactifs tels que des quiz pour tester ses compétences numériques. Le CCB organise également des campagnes ciblées de sensibilisation, comme celle organisée en octobre 2024, qui visait à promouvoir l'utilisation de l'authentification à deux facteurs (2FA) auprès des particuliers et des entreprises. En octobre 2025, le CCB lance une nouvelle campagne nationale de sensibilisation via Safeonweb, qui portera sur le thème de la fraude à l'investissement, comment reconnaitre les signaux et se protéger. Le CCB organise également des webinaires réguliers afin d'aborder les cybermenaces émergentes et les solutions concrètes pour s'en protéger. Ces sessions sont ouvertes tant au secteur public qu'au secteur privé et contribuent à renforcer l'apprentissage collectif et la coopération. Les thèmes récents portaient notamment sur l'importance de déclarer les cyberincidents au CCB, ou encore sur la manière pour les entreprises de se conformer à la directive NIS2.