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| Auteur | Kathleen Depoorter, N-VA (07387) |
| Département | Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Coopération au développement |
| Sous-département | Aff. étrangères, Aff. europ. et Coop. dévelop. |
| Titre | La conférence de Filip Reyntjens à l'Institut Egmont. |
| Date de dépôt | 24/09/2025 |
| Langue | N |
| Statut question | Réponses reçues |
| Date de délai | 22/10/2025 |
| Question |
Le 5 septembre 2025, la Mission d'établissement des faits du Conseil des droits de l'homme de l'ONU a publié un rapport faisant état de possibles crimes de guerre et crimes contre l'humanité dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu. Le rapport en attribue la responsabilité à plusieurs groupes armés, dont le mouvement rebelle M23 et l'armée rwandaise. Selon l'ONU, des civils, des femmes et des enfants sont victimes de ces violences perpétrées de manière systématique et brutale. De plus, en dépit d'accords de paix antérieurs, le rôle du Rwanda est explicitement remis en question. Dans ce contexte, l'annulation récente d'une conférence critique sur le Rwanda à l'Institut Egmont, peut-être à votre demande, est d'autant plus inquiétante. Bien que les médias se concentrent principalement sur la question de la censure et de l'indépendance académique, le contexte plus large semble tout aussi préoccupant. 1. Quelle est votre position par rapport au rapport de l'ONU du 5 septembre et à ses conclusions sur le rôle du Rwanda dans la guerre dans l'Est du Congo? 2. Quel a été votre rôle dans l'annulation de la conférence à l'Institut Egmont et quelle en était la motivation? 3. Le gouvernement belge prend-il actuellement des mesures en vue d'un rapprochement diplomatique avec le Rwanda? Dans l'affirmative, dans quelle mesure ces initiatives prennent-elles en considération les actions du Rwanda dans la région et les constatations de l'ONU? |
| Statut | 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée |
| Publication réponse |
B028
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| Date publication | 22/10/2025, 20252026 |
| Réponse |
Mes équipes et moi-même sommes bien informés du dernier rapport du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme et de sa mission d'établissement des faits sur la situation dans le Nord et le Sud Kivu en République démocratique du Congo (RDC). Ce rapport documente notamment l'incapacité de toutes des parties au conflit à protéger adéquatement les civils pendant la conduite des hostilités, en particulier lors de la prise de Goma par le M23. Mon voyage en août dernier en République démocratique du Congo et dans la région m'a encore confirmé que l'urgence par rapport à la crise persistante à l'Est de la RDC reste plus que jamais de mise. Les négociations de Doha et de Washington peuvent donner une fausse impression que tout est réglé, mais la situation sur le terrain le dément. L'impact pour les populations civiles est même pire que durant les premiers mois de l'année. La situation des civils dans les zones sous contrôle du M23 et aux alentours dépasse l'entendement. Des violences de masse sont commises. Les viols sont en augmentation. Des recrutements d'enfants ont lieu, et j'en passe. L'ONU parle potentiellement de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. La population est littéralement étouffée. Tout cela est insoutenable. Concernant, la rupture de nos relations diplomatiques avec le Rwanda, j'ai toujours dit que nous n'avions jamais voulu en arriver là et que cette rupture unilatérale de nos relations était regrettable. En même temps, j'ai toujours fait comprendre au Rwanda que nous étions disposés à renouer un dialogue, même de façon informelle et minimale dans un premier temps. C'est dans ce contexte que j'ai pu rencontrer mon homologue rwandais à Doha durant une longue rencontre. À cette occasion, nous sommes allés assez loin dans les explications et même dans les reproches que nous pouvions nous faire mutuellement. Mais je puis vous assurer que cela s'est fait dans une atmosphère constructive. Toutefois, bien que cela fasse partie de mes objectifs à terme, il ne s'agit certainement pas de rétablir à ce stade des relations diplomatiques à proprement parler. Les choses ne sont clairement pas mûres et il faut laisser du temps au temps. Je veux aussi être très clair sur le fait que le souhait de retisser progressivement et prudemment certains liens avec le Rwanda ne change rien à notre position vis-à-vis du conflit à l'Est de la RDC et du rôle que le Rwanda y joue. Nous continuerons à demander le plein respect du droit international et de l'intégrité territoriale de la RDC tout en demandant le retrait des troupes rwandaises. De même, nous poursuivrons nos dénonciations des graves crimes et violations des droits humains commis par toutes les parties, y compris par le M23 qui demeure soutenu par le Rwanda. Ce sont des questions de principe sur lesquelles je ne compte pas transiger. De façon parallèle, nous continuons à demander des réformes de gouvernance et des services de sécurité du côté congolais, la fin de la coopération avec les Forces démocratiques de libération du Rwanda ainsi qu'une lutte déterminée contre les discours de haine. Comme je l'ai dit à de nombreuses reprises, la situation à l'Est de la RDC n'exonère en rien les autorités congolaises de leur propre responsabilité et de la nécessité de réformes. En ce qui concerne la présentation du livre du professeur Reyntjens à l'Institut Egmont, je peux confirmer que mon cabinet a, à ma demande, pris contact avec le directeur général de l'Institut afin de suggérer l'annulation de l'événement. Compte tenu des liens étroits entre le SPF Affaires étrangères et l'Institut Egmont, et compte tenu des relations très tendues entre le professeur Reyntjens et les autorités rwandaises, cette initiative aurait pu être interprétée comme un signal inamical de la Belgique à l'égard du Rwanda. Je souhaitais donc simplement apporter ma contribution afin de respecter l'esprit constructif de notre rencontre à Doha. Il s'agissait donc d'une décision mûrement réfléchie du point de vue de notre politique étrangère, dont j'assume l'entière responsabilité. Elle n'a donc rien à voir avec une décision motivée par la crainte d'un soi-disant diktat rwandais ou quelque chose de similaire. Je n'ai pas non plus pris cette décision par naïveté. Je suis conscient que le Rwanda peut avoir un double agenda et recourt régulièrement à des tactiques d'intimidation. Je constate en outre que les campagnes de désinformation contre la Belgique menées par le Rwanda battent toujours leur plein. Néanmoins, dans les circonstances actuelles, j'estime que le maintien d'un dialogue présente plus d'avantages que d'inconvénients. C'est pourquoi je souhaite continuer à privilégier une approche prudente mais constructive jusqu'à nouvel ordre. Je respecte bien sûr pleinement la liberté académique. Il n'est certainement pas dans mon intention de m'immiscer dans les événements culturels ou scientifiques en Belgique ou à l'étranger. Je n'ai jamais eu non plus l'intention de juger le travail du professeur Reyntjens. La présentation du livre a d'ailleurs pu avoir lieu quelques jours plus tard sous une autre forme, sans aucune entrave, et cela ne me pose aucun problème. L'Institut Egmont est un thinktank indépendant qui conserve une autonomie totale dans ses choix académiques et ses publications. Il existe toutefois un lien structurel avec le SPF Affaires étrangères. L'Institut Egmont est financé par le SPF Affaires étrangères et est hébergé dans nos bâtiments. Ce lien reflète le rôle historique de l'Institut Egmont en tant que pont entre la pratique diplomatique et la réflexion académique. Des échanges fructueux ont donc régulièrement lieu entre diplomates et chercheurs, ce qui contribue à l'enrichissement de ces deux mondes. Cette coopération n'implique toutefois aucune ingérence dans le fonctionnement de l'Institut. Il est important de souligner qu'il n'y a jamais de lecture préalable ni d'ingérence dans les projets de textes et les plans de recherche de l'Institut à des fins de censure ou de contrôle. Cela dit, ce lien institutionnel peut parfois être interprété différemment par des observateurs externes. Dans certains contextes, notamment lorsque le sujet est sensible, on peut avoir l'impression que l'Institut est plus étroitement lié à la politique qu'il ne l'est en réalité. Cette perception peut poser problème et mérite donc d'être clarifiée avec soin. C'est aussi clairement pour éviter une instrumentalisation de cette conférence par un narratif inapproprié anti-Belge que la décision a été prise. |