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Bulletin n° : B021 - Question et réponse écrite n° : 0065 - Législature : 56


Auteur Franky Demon, cd&v (06805)
Département Premier ministre
Sous-département Premier ministre
Titre La course à l'informatique quantique et les (cyber)risques y afférents (QO 006795C).
Date de dépôt09/07/2025
Langue N
Publication question     B021
Date publication 18/08/2025, 20242025
Statut questionRéponses reçues
Date de délai11/08/2025

 
Question

Le monde de la technologie est à un tournant. La course à l'informatique quantique bat son plein et n'a plus rien de futuriste. En Europe, le PIAST-Q a été récemment inauguré. Il s'agit d'une initiative stratégique visant à renforcer notre position dans le domaine. Toutefois, nous devons être critiques et observer des pays comme la Chine et des géants du numérique tels que Microsoft, qui réalisent des investissements massifs. Ainsi, Microsoft a récemment annoncé une percée avec la nouvelle puce Majorana 1, qui a le potentiel de contenir des millions de qubits. En comparaison, la Commission européenne évoque seulement 20 qubits pour le PIAST-Q. Les répercussions de l'informatique quantique ne doivent pas être sous-estimées. Elle transformera des industries telles que l'aéronautique et l'aérospatial, la chimie, les soins de santé, l'industrie pharmaceutique, etc. Elle permet de résoudre des problèmes complexes à une rapidité inégalée. Elle suscite néanmoins des préoccupations. Il ressort d'une étude de l'ISACA que 67 % des professionnels européens de l'informatique s'attendent à ce que l'informatique quantique accroisse ou modifie les risques pour la cybersécurité dans les dix années à venir. Seulement 4 % d'entre eux affirment que leur organisation a une stratégie claire. La Belgique ne doit pas se bercer d'illusions: sans politique stratégique et sans les investissements nécessaires, nous risquons de manquer le train. 1. Grâce aux budgets publics, l'Europe est au plus haut niveau mondial, mais nos investissements et nos efforts en matière de recherche sont fragmentés. Quelles sont les conséquences pour notre position européenne dans cette course? Dans quelle mesure notre autonomie stratégique est-elle assurée? 2. Dans quelle mesure la Belgique possède-t-elle sa propre stratégie dans le domaine de l'informatique quantique? Selon un article paru dans DeTijd le 15 novembre 2024, nous sommes à la traîne par rapport à nos voisins et nous ne disposons pas encore d'une stratégie en matière d'informatique quantique. Pouvez-vous fournir des précisions à ce sujet? Est-il prévu d'élaborer une informatique quantique propre à notre pays? Dans quelle mesure les acteurs essentiels sont-ils associés? 3. Quelle est notre position actuelle dans la recherche relative à l'informatique quantique? 4. La Belgique abrite un secteur chimique et pharmaceutique solide qui offre de nombreuses possibilités pour l'informatique quantique. Pourrons-nous les exploiter à temps? 5. Un plan d'action existe-t-il déjà pour assurer notre cybersécurité et préserver la continuité de nos activités de ces risques? Comment nous préparons-nous à une technologie en pleine évolution? Une réglementation est-elle prévue? Nos services publics, nos banques, nos opérateurs de télécommunications et nos autres acteurs clés sont-ils préparés aux risques?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B024
Date publication 24/09/2025, 20242025
Réponse

1. Bien que l'Europe soit dans le top mondial en ce qui concerne le développement de la technologie quantique grâce à des budgets publics importants, l'écosystème européen reste fragmenté. Au cours des cinq dernières années, l'Union européenne (UE) a investi près de 2 milliards d'euros dans l'information quantique, auxquels s'ajoutent plus de 9 milliards d'euros de financement public provenant des États membres. Ces moyens ont été investis dans la recherche et la formation, la création de pôles quantiques nationaux, des centres de supercalcul hybrides quantiques-classiques et des coopérations internationales. Malgré ces efforts, l'éparpillement entre les États membres et les instruments de financement entraîne un chevauchement des initiatives, des lacunes dans des domaines stratégiques et une concurrence accrue pour attirer les talents rares. Pour relever ces défis, la Commission européenne est en train d'élaborer une série d'initiatives, notamment: - une initiative ciblée Quantum Europe Research and Innovation Initiative, telle que prévue dans la stratégie quantique de l'UE. Cette initiative vise à améliorer la coordination entre l'UE et les États membres en matière de politique de recherche et d'innovation dans le domaine des technologies quantiques; - une analyse approfondie des risques relative aux technologies quantiques, en particulier en matière de sécurité économique et de compétitivité. Tous les États membres sont invités à y contribuer. La stratégie quantique de l'UE et le futur Quantum Act de l'UE apporteront des réponses concrètes à ces défis. L'analyse permettra également d'identifier des actions dans lesquelles la Belgique pourra jouer un rôle stratégique pour contribuer à la souveraineté technologique de l'Europe. Ces actions seront déployées dans un cadre de gouvernance européen, qui sera développé en détail dans le futur Quantum Act (attendu pour fin 2025 ou début 2026). Entre-temps, le Centre pour la Cybersécurité Belgique (CCB) suit également de près les développements dans le domaine de la technologie quantique, en particulier en ce qui concerne la cryptographie post-quantique (PQC). En tant que représentant belge au sein du Centre européen de compétences en matière de cybersécurité (ECCC), le CCB encourage les entreprises et organisations belges à participer activement aux possibilités de financement offertes par l'Union européenne. Ainsi, le Digital Europe Work Programme 2025-2027 et Horizon Europe, le principal programme européen de financement pour la recherche et l'innovation, comprennent déjà des appels spécifiques concernant la cryptographie post-quantique et la transition vers une infrastructure à clés publiques qui assure la sécurité quantique. 2. À l'heure actuelle, la Belgique ne dispose pas encore d'une stratégie quantique nationale. En collaboration avec une grande partie des autres États membres de l'UE, le pays a toutefois signé la European Declaration on Quantum Technologies. La Belgique reconnaît ainsi explicitement l'importance stratégique de la technologie quantique pour l'avenir de l'Europe. Dans la foulée de cette déclaration, un groupe de travail intra-belge sur la technologie quantique a été créé à l'initiative du SPF Économie. Le SPF Économie assure la direction générale dans le domaine de la technologie quantique. Ce groupe de travail réunit des représentants des régions et de différentes administrations fédérales, dont le SPF Stratégie et Appui (BOSA) et le CCB. Des discussions ont également été menées avec des experts émanant du monde académique et des centres d'expertise. Cette approche ascendante constitue une base précieuse pour la poursuite de la coopération, même si le trajet n'a pas encore débouché sur une stratégie nationale ou un plan d'action concret. Le CCB assume un rôle de pionnier dans ce processus en ce qui concerne l'impact de la technologie quantique sur la cybersécurité. Dans la future nouvelle stratégie nationale de cybersécurité, le CCB prévoit un objectif stratégique clair, assorti d'actions appropriées, afin d'identifier et de maîtriser à temps les risques que représente l'informatique quantique pour l'écosystème numérique. À ce sujet, l'accent sera notamment mis sur la transition cruciale vers la cryptographie post-quantique, ce qui permettra à la Belgique de se préparer à un avenir numérique sûr. 3. La Belgique occupe une position de pointe dans la recherche sur la cryptographie post-quantique (PQC), une technologie clé pour protéger les infrastructures numériques contre les menaces futures posées par les ordinateurs quantiques. Les chercheurs académiques belges comptent parmi les leaders mondiaux dans ce domaine. Le CCB collabore étroitement avec ces experts afin de développer des actions concrètes pour une transition sûre et en temps opportun vers la PQC. Bien que le CCB, en tant qu'autorité nationale en charge de la cybersécurité, ne soit pas directement impliqué dans le développement même des ordinateurs quantiques, il considère qu'une connaissance approfondie des technologies quantiques est nécessaire d'un point de vue stratégique. Le CCB se concentre, dès lors, sur la manière dont ces technologies peuvent influencer fondamentalement le paysage de la cybersécurité. L'accent est mis sur l'identification précoce des risques et la préparation d'une transition résiliente vers la cryptographie post-quantique. Dans ce cadre, le CCB a signé avec d'autres États membres de l'UE un call to action conjoint pour une transition coordonnée vers la PQC au sein des services publics, des infrastructures critiques et du secteur privé. Cette initiative émanant des autorités françaises et allemandes chargées de la cybersécurité, souligne l'urgence de mesures proactives contre les menaces émergentes, telles que le scénario store now, decrypt later. La déclaration y afférente, intitulée Securing Tomorrow, Today: Transitioning to Post-Quantum Cryptography, appelle à une action rapide. En outre, le CCB a apporté une contribution importante à l'élaboration de l'EU Roadmap for post quantum cryptography. Cette feuille de route a été élaborée au sein du groupe de coopération NIS suite à la recommandation de la Commission européenne du 11 avril 2024 (EU reinforces its cybersecurity with post-quantum cryptography). La feuille de route encourage les États membres à réaliser une transition nationale coordonnée et bien préparée vers la PQC - une ambition à laquelle le CCB s'engage activement. 4. Les technologies quantiques offrent sans aucun doute des applications prometteuses pour des secteurs tels que la chimie et les produits pharmaceutiques, notamment dans le domaine des simulations avancées, de la science des matériaux et du développement de médicaments. Cependant, le CCB n'est pas habilité à identifier les opportunités technologiques ou économiques dans ces secteurs. Nous tenons toutefois à souligner que ces secteurs doivent également se préparer à temps à l'impact de la technologie quantique sur la sécurité de l'information. Selon la feuille de route de l'UE pour la cryptographie post-quantique, il est en effet essentiel que les organisations ayant des applications critiques ou sensibles passent à des systèmes à sécurité post-quantique d'ici 2030. Du point de vue de la cybersécurité, il est, dès lors, essentiel que les entreprises et les institutions, dès maintenant: - dressent un inventaire des applications cryptographiques utilisées dans leurs processus et systèmes; - engagent le dialogue avec leurs fournisseurs au sujet de leur préparation post-quantique et de leurs stratégies de migration. 5. Dans le cadre de la nouvelle stratégie nationale de cybersécurité, actuellement encore en cours de préparation, le CCB travaille activement à des actions liées à l'émergence de la technologie quantique et à son impact sur la cybersécurité et la continuité des activités. Cette politique comprendra notamment une feuille de route et des orientations pour le traitement sécurisé des données non classifiées, en vue des évolutions technologiques futures telles que l'informatique quantique. Ce plan sera élaboré en étroite collaboration avec des partenaires nationaux, régionaux et internationaux. Grâce au CCB, la Belgique est également directement impliquée dans l'élaboration de l'EU Coordinated Roadmap for the Transition to Post-Quantum Cryptography publiée en juin 2025. Cette feuille de route constitue une première étape importante vers une approche coordonnée au sein de l'UE. Elle invite tous les États membres à élaborer, d'ici fin 2026, un plan national de transition vers des infrastructures sécurisées contre les attaques quantiques grâce à la cryptographie post-quantique (PQC). À l'heure actuelle, il n'existe pas encore de réglementation spécifique au niveau européen, mais l'accent est mis sur la sensibilisation, la préparation et la coopération. Le CCB s'engage pleinement à sensibiliser davantage les acteurs publics et privés à cette question. À cette fin, il collabore étroitement à des initiatives telles que la Cyber Security Coalition belge et le Belgian Quantum Circle, où les questions de cybersécurité liées au quantique occupent une place prépondérante.

 
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