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Question et réponse écrite n° : 0139 - Législature : 56


Auteur Charlotte Deborsu, MR (08138)
Département Vice-premier ministre et ministre des Affaires étrangères, des Affaires européennes et de la Coopération au développement
Sous-département Aff. étrangères, Aff. europ. et Coop. dévelop.
Titre Les conséquences de l'élection présidentielle anticipée en Corée du Sud (QO 006489C).
Date de dépôt01/07/2025
Langue F
Statut questionRéponses reçues
Date de délai04/08/2025

 
Question

Le 3 juin 2025, le candidat centriste, Lee Jae-myung, a remporté l'élection présidentielle anticipée en Corée du Sud. Cette élection marque a priori la fin de six mois de chaos politique, entamé par la tentative de coup d'État raté du président Yoon Suk Yeo, désormais déchu. Depuis 2017, deux présidents ont été destitués. Partenaire économique, allié démocratique, la Corée du Sud est un pays sur lequel on peut historiquement compter dans la région. Alors qu'en 2026 nous célébrerons les 125 ans du Traité d'amitié belgo-coréen et les 15 ans de l'accord de libre-échange entre l'Union européenne et la Corée du Sud, la stabilité politique du pays nous concerne directement. Les défis sont immenses pour le pays: crise économique, crise de la natalité, forte inflation, la question des droits des femmes, etc. Les sujets ne manquent pas. Mais surtout, le président élu a réaffirmé dans son discours d'investiture sa volonté de "renouer le dialogue" avec la Corée du Nord. C'est une rupture fondamentale avec son prédécesseur, qui prônait la diplomatie "des valeurs communes", fondée sur la démocratie et les droits humains. 1. Quelle est la position de la Belgique sur cette inflexion diplomatique sud-coréenne, en particulier vis-à-vis du dialogue avec Pyongyang, qui reste un régime autoritaire sous sanctions internationales? 2. Dans un contexte de recomposition géopolitique, la Corée du Sud adopte une nouvelle posture d'ouverture vis-à-vis de tous les acteurs: États-Unis bien sûr, mais aussi Chine, Russie, et même Corée du Nord. Plus largement, quelle lecture la diplomatie belge fait-elle des recompositions d'alliances en Asie? Quelles opportunités ou risques cela pose-t-il pour notre politique étrangère et notre sécurité?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B020
Date publication 29/07/2025, 20242025
Réponse

La politique sud-coréenne est marquée par l'alternance au pouvoir des deux partis principaux, à savoir le parti démocratique (PD) de centre-gauche et le parti populaire du peuple (PPP) de tendance conservatrice. Depuis la démocratisation du pays en 1988, la politique alterne entre l'ouverture et le dialogue vis-à-vis de Pyongyang et une position de fermeté et de dissuasion. L'administration Moon, qui avait précédé l'administration Yoon, avait mené des tentatives de dialogue sous la politique du rayon de soleil (Sunshine Policy), estimant que l'isolement de Pyongyang renforce son agressivité et que l'engagement est un levier de transformation à long terme. Le président Trump lui-même avait, durant son premier mandat, entamé un dialogue avec le leader nord-coréen qui avait abouti à aux sommets de Singapour en 2018, de Hanoï en 2019 et la rencontre de la DMZ en 2019, Trump devenant le premier président américain à entrer en Corée du Nord. Force est de constater que ces diverses tentatives n'avaient pas été marquées d'un grand succès et que le régime de Pyongyang reste un des plus hermétiques et autoritaires au monde. En fait, le Président Yoon avait une ligne beaucoup plus forte contre la RPDC, ce qui a conduit à une forte détérioration des relations intercoréennes. La déclaration du leader Kim Jong-un (KJU) qualifiant la République de Corée de territoire ennemi lors d'un discours de janvier 2024, marquant la fin de toute perspective de réunification pacifique à court terme, et un tournant vers une posture plus agressive et militarisée. L'envoi de troupes nord-coréennes sur le front ukrainien en est la preuve. Malgré cette déclaration, le président Lee semble chercher à établir un dialogue avec la Corée du Nord, compte tenu de la situation toujours tendue dans la zone démilitarisée (DMZ) et pour éviter ou désamorcer d'éventuels malentendus. La nouvelle administration Lee vient seulement de prendre forme et le ministre des Affaires étrangères, Son Excellence CHO Hyun est un diplomate chevronné qui a officié dans les enceintes multilatérales à l'ONU et à l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) notamment. Séoul reste un acteur de premier plan au niveau de l'Asie-pacifique et un allié proche de la Belgique, de l'Union européenne et de l'OTAN, partageant un grand nombre de positions sur la scène internationale et des positions like-minded. L'UE a signé fin 2024 un accord de partenariat en matière de Sécurité et de Défense avec la Corée, et l'OTAN possède un partenariat similaire avec la Corée le Japon, l'Australie et la Nouvelle Zélande ( IP4, quatre pays de l'Indopacifique). La diplomatie belge, ancrée dans le cadre plus large de l'Union européenne, développe une lecture nuancée des recompositions géopolitiques en Asie. Nous n'anticipons pas de modification majeure dans nos relations bilatérales suite aux nouvelles élections en Corée. En revanche les défis posés par l'administration Trump et le leadership chinois dans la région encouragent à resserrer les liens entre l'UE est la Corée d'un point de vue scientifique, recherche et développement, défense et sécurité notamment. La stratégie européenne pour l'indopacifique reste pleinement d'application et des opportunités sont en effet à chercher au niveau de la mise en oeuvre du programme Horizon 2030 dont la Corée est le premier partenaire asiatique. La Belgique, fidèle à sa tradition diplomatique multilatérale, soutient toute initiative favorisant la stabilité en Asie, y compris les efforts de dialogue intercoréen, tant qu'ils s'inscrivent dans un cadre pacifique et respectueux du droit international. La politique étrangère belge s'aligne étroitement sur celle de l'Union européenne, qui promeut une approche fondée sur la paix, la démocratie, les droits humains et le multilatéralisme. L'UE a renforcé ses partenariats stratégiques en Asie, notamment avec la République de Corée, le Japon et l'ASEAN. La Belgique reste attentive aux tensions en mer de Chine méridionale, aux ambitions militaires de la Chine, et aux risques de prolifération nucléaire en Corée du Nord. L'UE déplore également le Traité de partenariat stratégique global signé entre Moscou et Pyongyang et qui a ouvert la voie à des transferts militaires te technologiques préoccupants, ainsi qu'une présence militaire sur le front ukrainien. L'intensification des rivalités régionales se traduit par une augmentation des cyberattaques ou des campagnes d'influence, y compris en Europe. Ces éléments sont perçus comme des menaces à la sécurité globale. Dans un monde multipolaire, la Belgique cherche à renforcer ses liens avec des puissances asiatiques émergentes pour réduire sa dépendance vis-à-vis des États-Unis ou de la Chine. Les relations avec la Corée offrent des opportunités commerciales et technologiques, notamment dans les secteurs des semi-conducteurs, de l'énergie verte et de la cybersécurité. Les recompositions peuvent affecter les chaînes d'approvisionnement critiques, notamment dans les technologies sensibles, mais la Corée continuera à chercher une relation proche avec la Chine et les USA dont elle est directement dépendante. La Belgique, via l'UE, devra renforcer ses mécanismes de résilience sécuritaire et économique.

 
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