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Question et réponse écrite n° : 0154 - Législature : 56


Auteur Julie Taton, MR (07800)
Département Vice-premier ministre et ministre des Affaires sociales et de la Santé publique, chargé de la Coopération au développement et de la Politique des Grandes Villes
Sous-département Aff soc, Santé, Coop Dével, Grandes Villes
Titre La présence de mercure dans les boîtes de thon.
Date de dépôt19/12/2024
Langue F
Statut questionRéponses reçues
Date de délai28/01/2025

 
Question

Spécialisées dans la défense des océans, l'association Bloom et l'association de défense des consommateurs Foodwatch ont publié, le 29 octobre 2024, un rapport sur la teneur en mercure du thon en boîte. L'enquête réalisée par l'ONG révèle que pour les 148 boîtes de conserve sélectionnées de manière aléatoire dans cinq pays européens (France, Allemagne, Angleterre, Espagne et Italie) et testées par un laboratoire indépendant, toutes sont contaminées au mercure. Selon ces associations, pour plus d'une boîte sur deux, la teneur en mercure dépasse la limite maximale fixée pour d'autres espèces de poissons, soit 0,3 mg/kg. Quand on sait que le consommateur français, et par extrapolation le Belge, consomme environ 2,7 kg de thon par an, on peut s'interroger sur la dangerosité du thon en boîte. Selon le toxicologue, professeur et directeur de recherches Albert Bernard, la balance est favorable aux bénéfices du poisson - Oméga-3 et iode - sauf si les thons sont très contaminés au méthylmercure. Les femmes enceintes constituent le principal groupe à risque, alors que l'iode et les Oméga-3 sont extrêmement bénéfiques pour le développement cognitif du cerveau du foetus. Selon Albert Bernard, les femmes enceintes ne devraient pas manger plus de 100 g de thon en conserve par semaine, car il s'agit de la dose hebdomadaire tolérable établie par l'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) afin de les protéger. Le rapport assure que les teneurs maximales en mercure du thon aujourd'hui en vigueur en Europe ont été établies en fonction du taux de contamination des thons constatés et non en fonction du danger que représente le mercure pour la santé humaine. Elles ont ainsi été fixées à 1 mg/kg pour le "poids frais" et non le produit fini, dans la conserve. Pour les alternatives, on se rabattra sur des poissons comme les sardines et les maquereaux entre autres, ou sur des poissons à chair comme le cabillaud. Ce rapport n'est pas vraiment une surprise pour le Pr Bernard: "On sait en effet que le mercure, une fois qu'il est libéré dans les océans, sera transformé en méthylmercure qui est alors à peu près 10 fois plus toxique que le mercure. Le phénomène est évidemment extrêmement pervers, car il y a une bioaccumulation dans chaque espèce de la chaîne alimentaire en fonction de sa durée de vie. Et comme le thon est un poisson prédateur en bout de chaîne alimentaire, ce n'est pas étonnant qu'on y retrouve des valeurs plus élevées." Selon les ONG Bloom et Foodwatch, la limite de mercure actuellement fixée à 1 milligramme par kilo pour le thon frais en Europe est bien trop basse. Elle a pour conséquence d'exposer les populations à une contamination excessive au regard des seuils sanitaires établis par les autorités. L'EFSA estime en effet qu'il est possible d'absorber chaque semaine 1,3 microgramme de mercure par kilo de poids corporel. Et pour son homologue américaine, ce taux est de 0,7 microgramme par kilo de poids personnel par semaine. Sur les 148 boîtes de thon analysées par Bloom, plus de la moitié (57 %) présentait un taux supérieur à 0,3 mg/kg de mercure. Au-delà de ce seuil, s'il s'agissait de cabillaud, de sardines ou d'anchois, ces produits seraient interdits à la vente en Europe, tandis que pour la majorité des autres produits de la mer, les teneurs maximales sont de 0,5 mg/kg. Au même titre que l'espadon ou le requin, le thon bénéficie donc d'une sorte de dérogation, les teneurs en mercure étant autorisées jusqu'à 1 mg/kg. En 2018, l'association Testachats s'était aussi penchée sur la composition des boîtes de thon, mais avec des résultats significativement différents. L'association de protection des consommateurs avait analysé plusieurs marques de conserves et avait conclu que toutes, à une exception près, respectaient les normes en vigueur en matière de mercure. L' Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA) assure que des contrôles sont effectués régulièrement pour vérifier que les boîtes de thon en vente sur le marché belge sont conformes aux normes européennes: "Chaque année, on réalise des contrôles du mercure dans les poissons vendus en Belgique. Environ 300 analyses ont été effectuées en 2023 et idem pour 2024 et tous les résultats étaient conformes, c'est-à-dire inférieurs au seuil de risque". 1. Que vous inspire ce dernier rapport publié par les associations Bloom et Foodwatch sur la teneur en mercure du thon en boîte? 2. Êtes-vous favorable à une révision des normes et des seuils de risque suivis par l'EFSA en la matière? Dans quelles proportions? 3. Quels sont les résultats chiffrés des analyses menées en 2023 et en 2024 par l'AFSCA portant sur la teneur en mercure dans les poissons? Et en particulier dans les boîtes de thon?


 
Statut 1 réponse normale - normaal antwoord - Réponse publiée
Publication réponse     B006
Date publication 24/01/2025, 20242025
Réponse

1. Ce rapport confirme à nouveau les conséquences de la présence de mercure dans les milieux marins et du phénomène de bioaccumulation le long de la chaîne alimentaire. Face à ce constat, deux types d'actions peuvent être prises par les autorités sanitaires pour protéger la santé des consommateurs: d'une part informer ces consommateurs, et en particulier les populations les plus à risque, et d'autre part fixer des limites maximales de mercure dans les produits concernés. Les risques potentiels de mercure et méthylmercure liés à la consommation de poisson et de fruits de mer sont décrits en détail dans l'avis conjoint du Conseil Supérieur de la Santé et du Comité Scientifique de l'Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (AFSCA): Avantages et inconvénients de la consommation de poisson et fruits de mer Partie 1: Mercure et méthylmercure dans les poissons. Sur base de cet avis, le SPF Santé publique, Sécurité de la Chaîne alimentaire et Environnement a publié sur son site web et dans les média sociaux plusieurs communications avec des conseils de consommation de poissons à l'attention des consommateurs. Les avis de consommation jouent un rôle complémentaire aux normes et peuvent participer à la protection de la santé vis-à-vis des risques liés à l'ingestion de mercure par la consommation de poisson. Pour la population générale, Il est recommandé de manger du poisson, des fruits de mer et des crustacés à raison d'une à deux fois par semaine, dont au moins une fois du poisson gras. Et il est préférable de varier l'espèce de poisson d'une semaine à l'autre pour limiter l'exposition au mercure. En suivant ces conseils, le bénéfice pour la santé est supérieur au risque. Pour la population à risque, c'est-à-dire les femmes enceintes et allaitantes et les enfants de trois à neuf ans, il faudrait réduire la fréquence de consommation de thon à moins de une fois par semaine, et éviter complètement de manger de l'espadon car il peut contenir des quantités élevées de méthylmercure. En ce qui concerne l'action législative, des normes européennes spécifiques pour le mercure n'existent actuellement que pour la chair de poisson frais et pas pour les produits transformés tels que les conserves p. ex. Pour ces produits transformés, la législation prévoit d'ajuster la limite maximale spécifique, c'est-à-dire 1 mg/kg fixée pour le thon frais, en y appliquant un facteur de transformation qui va prendre en compte les modifications de la teneur en mercure dues au processus de production. Il revient à l'exploitant de définir ce facteur et de fournir les preuves nécessaires à l'autorité compétente comme le prévoit l'article 3 du règlement (UE) n° 2023/915 concernant les teneurs maximales pour certains contaminants dans les denrées alimentaires. En pratique, il peut s'avérer difficile d'appliquer cette approche, surtout quand la production se situe hors Belgique. 2. Les limites maximales de la législation alimentaire européenne sont régulièrement réévaluées et progressivement renforcées, en s'appuyant sur les progrès réalisés et les nouvelles informations disponibles. Elles sont fixées aux niveaux les plus bas que l'on peut atteindre raisonnablement, en appliquant de bonnes pratiques. C'est le principe ALARA ou As Low As Reasonably Achievable. Ce principe traduit l'équilibre délicat et évolutif entre la protection de la santé et le pourcentage de rejet des produits. On peut faire remarquer que, par rapport aux standards internationaux, qui sont fixés dans le Codex Alimentarius, les normes de l'UE pour le mercure dans le thon sont plus sévères. Suite au rapport publié par Bloom et Foodwatch, le SPF Santé publique, Sécurité de la Chaîne alimentaire et Environnement a porté le sujet au niveau du groupe d'experts européen qui est compétent pour la révision des normes pour les contaminants dans les denrées alimentaires. La discussion est en cours et porte sur les éventuelles mesures de gestion des risques spécifiques au thon en conserve. Deux options principales sont actuellement à l'étude: - l'établissement d'un facteur de transformation harmonisé qui serait applicable dans toute l'Union européenne et qui permettrait de calculer la norme applicable au thon en conserve à partir de celle relative au thon frais. Ce facteur de processus ne doit pas inclure une estimation déraisonnable. - la définition d'une norme spécifique applicable au thon en conserve sur base d'un jeu de données analytiques sur la présence de mercure dans le thon en conserve et d'un objectif de réduction de l'exposition des consommateurs afin de réduire le risque au maximum. 3. Cette question relève de la compétence de mon collègue le ministre de l'Agriculture David Clarinval qui est en charge de l'AFSCA.

 
Desc. Eurovoc principalPOLITIQUE DE LA SANTE
Descripteurs EurovocMERCURE | POLITIQUE DE LA SANTE | PRODUIT DE LA PECHE
Mots-clés libresAFSCA